‹ Œuvre complètesChapitre 45 sur 267 · C'est-à-dire : L'Oucbaly ne savoit · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : L'Oucbaly ne savoit

L'OUCHALY. 63

faîct Dragut ; d advantage, qu'il est fort aisé à faire expedictions et de grandz miracles de guerre avecques de grandes^rmées où rienjie mauque ety-a-on tout à souliait ; mais faire de pierre pain (comme on dict) ainsi qu'a faict Dragut, c'est là où est la peine. Et dicton de plus que quand Dragut n'auroit faict en sa vie que ce trait des Sequennes, et d'avoir ainsi forcé nature, c'est quasi se parangonner ou à Dieu, ou au diable, comme j'^y ouy dire à aucuns.

Ehi reste, L'Ouchaly a esté petit compagnon comme Dragut. Il fut natif de Callabre; j'ay veu le lieu et aucuns de ses parens qu'il venoit voir quelquefois, et leur faisoit du bien et du plaisir. Il estoit moyne, ce disoit-on ; et s'en allant à Naples pour estudier, il fut pris et puis bC renia, et de peu à peu se faisant corssgire il s'advança comm' on l'a veu. Je croy qu'il prit Je turban plus pour cacher sa tigne, qu'on disoit l'avoir gardée toute sa vie sans s'en defiaire, que pour autre chose; et* bien qu'il fist bonne mine de renégat, il ne quitta jamays sa religion ou christianisme. Je l'ay ainsi ouy de M. de Dacqs*, ambassadeur pour le roy en Levant, qui l'avoit veu à Constantinople.

J'ay ouy dire pourtant qu'il estoit plus cruel que Dragut, et n'avoit si grande civillité que Dragut, qui aymoit les François. Aussi quand il' fut employé pour

1 . Ce qni suit jusqu'à la fin de l'alinéa est ajouté en marge de la main de Brantôme. (Ms. 3262, f 168.)

2. François de Noailles, évéque de Dax, de 1556 à 1562, mort à Bayonne en 1 585 . Il fut successivement ambassadeur à Venise, à Londres, à Rome et à Constantinople. On trouva assez singulier qu'on eût choisi un prélat pour ce dernier poste. Ses Négociations se trouvent en manuscrit à la Bibliothèque impériale.

la France, et commandé par le Grand-Seigneur pour courir les mers pour l'amour d'elle, il s'y employa de très bon cœur. Jel'ay ainsi ouy dire à M. le baron de La Garde, qui l'a mené et luy a commandé par le commandement du Grand-Seigneur. J'en ay assez dict, remettant aux grandz mariniers et bons capitaines de mer qui ont tasté de l'un et de l'autre à en discourir, et donner leur advis sur leur perfection et presséance de tous deux*.

Si faut-il, advant finir, que je die encore ce mot. La prise de la GoUette fust de telle importance au Grand-Seigneur, que dernièrement en ceste guerre [de Perse] * s'estant emeue quelque contention d'honneur et de services faictz à leur maistre (comme cela est coustumier parmy les grandz capitaines) entre Mustaffa bascha', général de l'armée en la première année et conqueste, et qui despuis fut premier vigiér* à la Porte du Grand-Seigneur après la mort de Méhémet bascha, mais après désappoincté et disgratié, et Synan bascha, qui estoit soubz luy en ceste première conqueste, et puis après général, venant donc aux reproches et à leurs valeurs et services faictz, Mustaffa* se vantant d'avoir conquis la Cypre à son

1 . .Ce qui suit jusqu'à l'article du marquis de Santa-Crox ne se trouve pas dans le manuscrit 6694.

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