‹ Œuvre de Stewart DugaldChapitre 10 sur 68 · SUJET ET DISPOSITION DE CE TRAITE · texte numérisé non relu

SUJET ET DISPOSITION DE CE TRAITE

1. La philosophie morale a pour objet de déterminer les règles générales d'une conduite sage et vertueuse , autant qu'elles peuvent l'être par les simples lumières de la raison , c'est-à-dire par l'examen des principes de la constitution humaine et des circonstances dans lesquelles nous sommes placés.

2. En envisageant sous ce point de vue les principes de notre constitution , nos recherches se distribuent sous trois chefs principaux , selon qu'elles se rapportent :

1° Aux facultés intellectuelles de l'homme ;

2° A ses facultés actives et morales ;

8° A l'homme considéré comme membre d'une association politique.

Or , de ces trois articles , les deux premiers reproduisent la division vulgaire de la nature humaine en

facultés de l'entendement et facultés de la volonté , division qui remonte à la plus haute antiquité , et qui embrasserait tout l'objet de la philosophie morale , si l'homme ne devait pas être envisagé aussi dans ses rapports avec les institutions politiques. Mais comme , excepté dans l'état sauvage , l'homme a toujours fait partie d'une société , les principes sur lesquels reposent ces associations peuvent être regardés comme des lois essentielles et universelles de notre constitution : et tant qu'on ne les aura pas examinés , on ne pourra se faire une juste idée de notre situation en ce monde , ni se rendre compte de nos devoirs les plus importants envers nos semblables. Cette partie de la question a d'ailleurs avec les deux autres une liaison plus intime qu'il ne paraît au premier coup d'œil : d'une part , c'est dans l'union politique et dans les perfectionnements graduels dont elle est susceptible que la nature s'est ménagé les moyens les plus efficaces d'opérer notre développement intellectuel et moral, et par-là d'augmenter notre bonheur ; de l'autre , c'est aux formes particulières des institutions sociales que se rattachent, comme à leur cause principale , ces opinions , ces habitudes qui constituent les mœurs d'une nation. Or, nous verrons par la suite combien toutes ces choses tiennent de près à l'avancement et à la félicité de l'espèce humaine.

3. L'homme étant un être sensible , on peut aussi rechercher quels sont les plaisirs et les peines dont

il est susceptible. Ce point de vue aurait pu nous fournir la matière d'une quatrième division. Mais , au lieu de pousser si loin les distinctions et l'analyse , il nous a paru plus convenable de fondre cette partie de la philosophie de l'esprit humain dans les trois autres , et de rattacher les remarques que pourront nous inspirer les différentes espèces de plaisirs et de peines à l'examen des principes moraux et intellectuels dont le développement les fait naître.

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