‹ OEuvre parlementaire du comte de Cavour; traduite et annotéeChapitre 16 sur 69 · Le traité de commerce et la convention littéraire · texte numérisé non relu

Le traité de commerce et la convention littéraire

fait entre deux Etats différents, n'aurait été après tout que du petit cabotage, car la navigation de Porto-Maurizio et d'Oneglia à Marseille, et de Cette à Gênes n'est pas autre chose. Le petit cabotage n'est point à mépriser, mais il a en somme une importance assez secondaii-e. Les habitants de la Rivière sauront trouver d'amples compensations à ces restrictions dans la navigation de long cours, qui prend chez nous un développement considérable depuis quelques années. Nous voyons augmenter sans cesse le nombre et le tonnage des bâtiments génois qui sortent de la Méditerranée pour tenter la fortune commerciale sur les deux Océans. Les mesures prohibitives de la France auront pour résultat d'accroître ce mouvement heureux, qui deviendra très-grand aujourd'hui où les ports de l'Angleterre, de la Hollande, ainsi que leurs colonies, sont ouverts à nos navires. Les marins de la Rivière et de la Sardaigne, qui sont si aptes à varier leurs méthodes de navigation , et qui ne connaissent point de supérieurs, trouveront dans le reste du monde des champs d'opérations plus vastes et plus lucratifs que celui que leur eût ouvert un traité meilleur avec la France, qui n'aurait, en définitive, à leur offrir que le petit cabotage dans les ports français de la Méditer-

ranée

1. Peu favorisé dans la Méditerranée, le petit commerce maritime de la Sardaigne allait tenter ce que n'avaient point entrepris les républiques maritimes au xvi* siècle, alors qu'un vigoureux élan vers le nouveau monde pouvait peut-être les sauver; il forma dans l'Amérique du Sud des relations étendues et il y jeta des germes de prospérité que l'Italie fora peut-être éclore plus tard. L'un des symjjtômes de cette tendance nouvelle se rencontre dans un discours prononcé par le comte

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de Cavour le 2 juillet 1853, et dont quelques fragments ne seront pas déplacés ici. Il s'agissait d'établir une ligne régulière de navigation à vapeur entre Gênes et l'Amérique :

« Depuis plusieurs années nous développons de toutes nos forces et dans une large mesure l'esprit d'association , d'industrie, d'entreprise ; mais, chose étrange, le mouvement n'a pas gagné encore le commerce maritime. Comment Gènes, avec ses immenses capitaux, avec l'habileté maritime et commerciale qui lui est propre, n'a-t-elle point organisé d'entreprise collective pour le commerce maritime? Tous ses riches éléments de puissance commerciale ont agi isolément, et le commerce génois n'est absokniKMit que le résultat d'eflforts individuels. Si ce résultat est déjà si remarquable, que n'obtieiidi'a-t-on pas en réunissant les capitaux et les navigateui's en des entreprises communes? Eh bien, messieurs, la Société transatlantique e^t le premier essai de l'association sur une large échelle dans la place de Gênes. Si elle réussit, d'autres grandes entreprises pourront se former sans le secours de ri'^tat.

« Un fait d'une importance immense, c'est qu'à cette occasion les capitaux piémontais se sont joints aux capitaux génois pour une grande eiitrcpi'ise maritime. Dans la seule ville de Turin, il a été souscrit pour plus de 4 millions d'aciions. Rien ne saurait être d'un meilleur augure; car, si la fusion politique des Piémontais et des Génois est accomplie aujourd'hui, je crois c[ue la fusion des intérêts l'endra cet accord encore plus solide.

« Je sais bien ([ue la somme qu'il faut y consacrer est lourde i)our nos forces; mais eu la votant, messieurs, vous ne ferez que suivre le plan adopté par vous depuis trois ans. Lorsque, après une lutte glorieuse et fatale, nous eiîmes à choisir entre l'économie absolue par de petites épargnes et le système que nous suivons, vous avez choisi sans balancer; vous n'avez hésité ni à établir de nouveaux impôts, ni à ea supprimer d'autres qui entravaient notre essor économique; vous avez engagé le ministère à poursuivre avec activité les entreprises commencées; vous en avez voté de nouvelles, qui coûtent des millions, mais qui rapporteront dos millions; vous avez décidé la construction des lignes de Suze et de Novare l'an dernier; cette année, vous avez sanctionné les deux projets de chemins de fer les plus hardis que l'Europe ait vus; vous avez dépensé des centaines de millions ])our faire de Gênes l'une des plus grandes places commerciales d'Europe; ne vous arrêtez pas aujourd'hui devant quelques centaines de mille francs, quand il s'agit d'assurer notre commerce en Amérique. »

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