‹ OEuvre parlementaire du comte de Cavour; traduite et annotéeChapitre 3 sur 69 · SUR LA REPRISE DES HOSTILITES CONTRE L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

SUR LA REPRISE DES HOSTILITES CONTRE L'AUTRICHE

('ZO octobre 1818.)

(( Tout le monde, disait en 1853 le comte de Cavour, tout le monde en Piémont a voulu la guerre de 1849, M. de Revel comme Pietro di Santa Rosa , comme M. Rattazzi , comme moi. » De même qu'il avait poussé l'un des premiers le cri de guerre à la nouvelle de l'insurrection de Milan, il comprenait aussi, au commencement de 18/i9, que le pays ne pouvait sortir que par un dernier effort, heureux ou malheureux, de l'impasse où il se trouvait. Mais entre la campagne de 18/) 8 et celle de 1849, le comte de Cavour, membre de la droite dans le premier parlement piémontais, conseillait la modération , et l'on voit par son discours

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du 20 octobre I8/48 comment et par quels motifs il le Taisait. Ses conseils ne pouvaient être suspects. On savait que le créateur, le directeur du Risorgimcnto n'était pas un partisan de la paix à tout prix ; que, bien qu'il eût été élevé à l'école du régime parlementaire en Angleterre, en Belgique et en France, il n'apportait point en Italie les doctrines relâchées, le scepticisme politique, l'esprit de tergiversation eulin que la démocratie piémontaise regardait alors comme inhérent à la vie constitutionnelle. Certes, il avait acquis le droit de recommander au Parlement le calme et la prudence même dans des temps aussi critiques , l'homme qui avait écrit ces mots à propos de la politique suivie pendant les dernières années par le cabinet des Tuileries : « Politique indécise et timide, qui voudrait rester neutre entre les idées de progrès et l'espi'it de résistance, et qui n'est digne en rien de la grande nation... erreur immense qui fait paraître d'autant plus grande, par le contraste, la politique anglaise en Italie. » Pourtant le comte de Cavour était en butte à une prévention dini autre genre : il rapportait de ses voyages une certaine ressemblance 4e caractère et d'esprit avec les hommes d'État anglais" et le parti démocratique, alors en force, se défiait de cel k aristocrate, » qui savait du reste coumiander l'attention de la Chambre. Le moment n'était pas venu encore où la noblesse en Piémont et dans le reste de l'Italie se mit décidément à la tête du mouvement national.

La situation politique où se trouvait le Piémont à la date du discours qu'on va lire, ressort assez du discouis luiuiôme ; il n'est donc besoin ici que de reproduire les traits principaux de la discussion. La Cliand:)re, après une interruption de deux mois et demi, avait repris ses travaux le 17 octobre. Le' ministère Casati, auquel elle avait conféré les pleins pouvoirs avant d'être prorogée, avait été remplacé, à l'époque de nos revers, par un ministère pj'ésidé par le général comte Perrone di San Martino et composé en outre de

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MM. Pinelli, Uabormida , Merlo, Hevel et Santa Kosa. L'opposition, dus la première séance, réunit tous ses efforts contre le cabinet.

Répondant aux interpellations de M. Kavina, sur l'état des négociations relatives à la médiation anj^lo-française et sur les intentions du gouvernement à l'égard de la guerre , M. Pinelli déclara qu'il ne lui était pas permis de dire où en étaient ces négociations, mais que le gouvernement n'accepterait la paix que si elle avait pour base la reconnaissance de la nationalité italienne : l'armistice était expiré et n'avait point été renouvelé; l'une et l'autre des deux puissances avait la faculté de le dénoncer huit jours à l'avance ; les tergiversations de l'Autriche pouvaient lasser le gouvernement et le décider à reconnnencer la guerre , mais lui seul devait êtrd laissé juge du moment où il conviendrait de s'\ déterminer.

L'opposition, représentée par MM. Buffa, Brofferio, Monlezemolo et Yalerio, exprima ensuite ses griefs. Ni la France, ni l'Angleterre n'étaient des alliés sûrs ; leur jalousie réciproque les portait seule à intervenir dans les affaires de l'Italie par une médiation. 11 était dangereux de rester plus longteuips dans une situation fausse qui n'était ni la paix ni la^ guerre, à la merci d'une médiation impuissante et qui n'avait été utile à l'Italie qu'un instant, lorsqu'il s'était agi de gagner du temps. Si la Sardaigne avait des amis en Europe, le seul moyen de les décider à la secourir était d'agir avec vigueur, avec enthousiasme, et de recommencer sans délai la guerre d'indépendance. La révolution de Vienne, la guerre de Hongrie, l'état violent où se trouvait toute l'Italie étaient autant de circonstances propices qui devaient décider le gouvernement à employer ces forces révolutionnaires, lesquelles, autrement, se tourneraient contre lui.

Là-dessus, le comte de Cavour prit la parole. — La discussion continua ensuite avec une certaine violence. L'ordre du jour assez froid adopté par la Chambre comme conclu-

sion du débat se bonia à prendre acte des déclarations faites par les ministres.

SEANCK DK LA CHAMBRE DES DEPUTES

du 20 octobre 1848.

Le ministère et l'opposition sont en désaccord sur deux points : l'utilité de persister dans les voies de la médiation, et l'opportunité de recommencer immédiatement la guerre. Au fond, tout le monde regarde la guerre comme probable et comme pouvant devenir d'un jour à l'autre très-opportune pour nous. De même, tout le monde accepte la médiation, au moins comme fait accompli. La seule discussion possible porte donc sur le point de savoir s'il convient de renoncer à la médiation sans plus attendre, ou s'il faut écouter pendant quelque temps encore les puissances médiatrices. C'est, comme on le voit, une pure question d'opportunité , que l'opposition pense résoudre en disant que cette guerre, regardée par tous comme à peu près inévitable, doit être déclarée "sans délai et que le moment présent est pour uous le meilleur.

,1e crois que tel est le fond de la question. Examinons les deux systèmes.

L'opposition dit qu'il faut rompre sans autre délai avec la médiation, i)ai'ce qu'elle ne peut nous apporter des conditions acceptables et qu'elle est fatale à nos intérêts. Le député Buffa a dit à ce sujet : « Voyez l'Angleterre : elle a accepté la médiation pour faire plaisir à la France, pour ne pas rester isolée ; mais elle ne l'a pas fait avec sincérité, car cbez elle le pouvoir et l'opinion sont ac-

tuellement hostiles à l'Italie. Songez aux discussions du Parlement, lisez les feuilles anglaises, vous vous convaincrez aisément que les sympathies de cette nation penchent bien plutôt vers l'Autriche que vers nous. » J'avoue que mon opinion est fort différente , et que l'Angleterre me paraît être entrée franchement, loyalement, résolument dans la médiation. Cette affirmation m'expose, je le sais, à être plus encore qu'à l'ordinaire taxé d'anglomanie, et à continuer de servir de point de mire au bel esprit de quelques journalistes de cette ville ; mais quels que soient les jugements du dehors, j'ai la confiance que mes collègues reconnaîtront à mon langage que nul n'aime plus que moi son pays.

Certes l'Angleterre n'a pas adhéré à la médiation par pure générosité, par esprit de philanthropie ; je crois que c'est un véritable, un puissant intérêt qui l'y a engagée ; deux raisons me le prouvent :

La première, c'est que, comme le ministre des affaires étrangères^ nous l'a donné à entendre, l'Angleterre désire vivement le maintien de la paix, parce que les commotions politiques et les guerres internationales nuisent à son immense commerce et ébranlent l'édifice gigantesque de son industrie. Les révolutions qui ont troublé le continent cette année ont diminué de plusieurs millions sterling l'exportation des produits des manufactures anglaises. Ce seul fait pourrait suffire à vous prouver que l'Angleterre veut la paix , et c'est parce qu'elle la veut, que le ministère anglais est entré avec empressement

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