M. Broglio, aujourd'hui député
son revenu présumé. Eiilin nous avons déclaré sans détour que l'impôt mobilier est une taxe de plus sur le revenu ; et dans la répartition, en prenant pour base la gradation des loyers, comme il élait naturel, nous avons suivi une série progressive, en vertu de cette considération que le loyer, qui est un indice du revenu, ne croît pas cependant dans la même proportion que le revenu. La contribution personnelle et mobilière devrait donc être abolie aussi bien que l'impôt foncier, que l'impôt des bâtiments et que celui des patentes, au moment même où l'impôt sur le revenu serait institué.
Ces quatre sortes d'impôts rendent 24 millions et sont la base des contributions locales, soit des centimes additionnels, ce qui revient à dire que, pour les suppléer, il faudra que l'impôt sur le revenu rende à peu près 45"millions. Or, je ne crois pas qu'un impôt quelconque sur le revenu puisse nous rapporter 45 millions, employât-on pour le faire rentrer, au lieu des procédés bénins dont nous nous servons, la prison et la guillotine.
Je ne parle pas de la difficulté inmiense d'établir cet impôt dans un pays où la propriété territoriale est si divisée. Quelle est la grande diflîcullé du cadastre? C'est la constatation du rondement. Le mesurage des terrains est facile; c'est l'appréciation du revenu qui est embarrassante. Supposons (|ue vous arriviez à constater exactement ce revenu par les déclarations des propriétaires : vous chargerez le |)etil propriétairci plus que le grand, car le premier retire un produit lelalivement beaucoup plus considérable de la terre qu'il surveille et cultive luimême. Ce sera frapper le pauvre et épargner le riche.
Cependant, si quelqu'un est en état de rédiger un projet qui établisse non pas les détails, car c'est l'alTaire du ministère, mais les bases générales d'un impôt sur le revenu, et si nne commission parlementaire trouve ce projet praticable, je répète que je ne lui serai pas contraire ^
J'arrive à la question des biens ecclésiastiques. L'envisager au point de vue politique, c'est bien s'éloigner un peu de l'emprunt; mais peut-être la Cbambre, après cinq jours de discussions de chiffres, ne sera-t-elle pas fâchée de s'occuper un instant de philosophie politique. — Je regarde le silence de la Chambre comme un assentiment, et je poursuis mon dire. (Oui! oui!)
Economiquement, Tincamération peut être approuvée ou combattue, elle a des avantages et des inconvénients. Effectuée avec mesure, elle a pour utilité économique de diminuer la main-moric. Aussi la loi qui a institué la caisse ecclésiastique et qui a eu pour effet l'aliénation
1. « J'ai pensé, disait en 1851 le comte de Cavour, que, faute de moyens pratiques d'établir l'impôt sur le revenu, on pouvait arriver au môme résultat en taxant une à une toutes les sources du revenu. C'est le seul moyen d'éviter les fraudes, les abus qui n'ont pu être écartés jusqu'ici de ce genre d'impôts. Il n'existe pas de branche de revenus que nous n'ayons cherché à atteindre; et nous nous sommes passés des déclarations des contribuables. Les déclarations seront une bien mauvaise méthode pour asseoir l'impôt tant que la société ne se sera pas profondément améliorée. Un fait qui s'est produit en Angleterre m'a vivement frappé : l'impôt sur le revenu a été établi par Peel en '18i2, je crois; depuis lors, le produit de toutes les taxes a augmenté, la nchesse publique s'est donc accrue; seule la taxe sur le revenu est toujours demeurée stationnairo, ce qui indique que l'art d'éluder la loi est sans cesse en progrès, puisqu'on ne peut supposer que cette taxe ne croisse pas en produit comme les autres, en raison de l'accroissement de la richesse. »
des biens des couvents, a-t-elle servi les intérêts matériels du pays. La vente de ces biens, pourvu qu'elle procède lentement, pendant une longue période d'années, et avec grande modération, ne peut occasionner, selon moi, aucun inconvénient sérieux. Néanmoins, il ne faut pas exagérer les mauvais effets de la main-morte ; car si les couvents sont en général des propriétaires peu intelligents, l'administration du reste du clergé n'est pas toujours la plus mauvaise qu'on puisse rencontrer chez nous; il existe même, à ma connaissance, dans la province de Verceil par exemple, des domaines ecclésiastiques qui sont des modèles de bonne agriculture.
Je le dis nettement : si je suis contraire à l'incamération, c'est par des raisons de haute politique. Je suis convaincu qu'elle aurait pour etfet direct, au bout d'un temps plus ou moins long, ou de rendre le clergé servile, ou de l'isoler entièrement des intérêts matériels de la société et de le livrer au seul esprit de caste.
En ce qui concerne notre pays, quand bien même le gouvernement salarierait le clergé en se réservant de le priver de subsides dans le cas d'opposition de sa part, je ne pense pas qu'on arrivât à obtenir de lui une soumission entière au pouvoir civil. J'estime trop haut les ecclésiastiques nos compatriotes pour les croire capables de sacrifier leur indépendance, de préférer leurs intérêts à leurs devoirs. Mais supposons qu'on y réussît : aurait-on rendu en cela un service à la société, à la liberté? Loin de là; vous leur auriez fait le plus grand mal ; vous auriez créé le pire des despotismes, le despotisme administratif, .l'ai le malheur ou la bonne fortune, comme il
VOUS plaira, d'être ministre dans un pays où règne à Un certain degré la C(;ntralisation, où le gouvernement a des moyens d'action assez nombreux; eh bien, je vous déclare que si vous ajoutez à ces moyens celui dont nous parlons, vous donnerez au gouvernement un pouvoir menaçant pour la liberté. 11 est difficile que l'homme qui a certains pouvoirs dans ses mains ne se laisse pas entraîner à en abuser, Mettez le clergé dans la dépendance du pouvoir civil, vous aurez vicié nos institutions dans leur essence, vous aurez jeté les fondements d'un redoutable despotisme administratif et religieux. (Approbation.)
Painii les États qui sont arrivés à un certain degré de civilisation, ceux où le gouvernement est le plus défectueux sont ceux où le pouvoir civil et le pouvoir religieux sont réunis dans les mêmes mains. Si le régime auquel sont soumis les États romains est si mauvais, cela ne vient pas d'une autre cause. Là, c'est le prêtre qui commande à l'employé civil; si, dans un sens inverse, l'on établissait chez nous la dépendance du prêtre à l'égard du fonctionnaire, les résultats seraient tout aussi mauvais et peut-être pires ^
Mais ce ne serait pas, je le répète, le danger le plus inévitable, le plus menaçant pour le pays. Le résultat de l'expropriation me parait devoir être au contraire
1.,<( Autant il est déplorable , disait dans une autre circonstance le comte de Cavoar, d'avoir un clergé qui soit en possession de richesses excessives, comme l'était jadis le clergé espagnol, autant, d'un autre côté, il est contraire aux véritables intérêts de la liberté d'avoir un clergé semblable au clergà russe, et dont les membres se soient abaissés jusqu'à n'être plus que des fonctionnaires du gouvernement. »
DU COMTE DE CAVOtR. 463
r^xaltatiori de l'esprit de caste, l'isolement complet du clergé, sa rupture définitive avec la société civile, et le resserrement des liens qui attachent l'ecclésiastique à la hiérarchie où il est incorporé.
Je parle ici au point de vue purement humain , et je laisse entièrement de côté la théologie. Si l'organisation du clergé catholique a un défaut, c'est l'insuffisance des liens existants entre lui et la société civile. Séparé de sa famille, impuissant à s'en former une nouvelle, le prêtre est isolé, et amené par conséquent à concentrer ses affections sur la caste dont il est membre. Si les prêtres sont propriétaires, leurs biens les relient à la société au milieu de laquelle ils vivent; c'est un élément d'union qui tend à neutraliser les tendances que l'organisation ecclésiastique leur imprime ; ôtez-leur ces biens, ils se souviendront plus rarement qu'Us sont citoyens.
Mon opinion est confirmée par celle de l'homme de notre temps qui a peut-être le plus profondément étudié le développement des sociétés démocratiques, M. de Tocqueville. Je lis dans son son dernier ouvrage, l'Aîirien régime et la Révolution :
« J'ose penser, contrairement à une opinion bien générale et fort solidement établie, que les peuples qui ôlent au clergé catholique toute participation quelconque à la propriété foncière et transforment tous les revenus en salaires, ne servent que les intérêts du saint -siège et ceux des |)rinces tomponils, et se privent eux-mêmes d'un très-grand élément de liberté.
« Un homme qui, pour la meilleure partie de luimême, est soumis à une autorité étrangère, et qui dans
U)l OEUVRE PARLEMENTAIRE
le pays qu'il habite ne peut avoir de famille, n'est pour ainsi dire retenu au sol que par un seul lien solide, la propriété foncière. Tranchez ce lien, il n'appartient plus en particulier à aucun lieu. Dans celui où le hasard Ta fait naître, il vit en étranger au milieu d'une société civile dont presque aucun des intérêts ne peut le toucher directement. Pour sa conscience il ne dépend que du pape; pour sa substance, que du prince. Sa seule patrie est l'Église. Dans chaque événement politique il n'aperçoit guère que ce qui sert h celle-ci ou lui peut nuire. Pourvu qu'elle soit libre et prospère, qu'importe le reste? Sa condition la plus naturelle en politique est l'indifférence. Excellent membre de la cité chrétienne, médiocre citoyen partout ailleurs.
« De pareils sentiments et de semblables idées, dans un corps qui est le directeur de l'enfance et le guide des mœurs, ne peuvent manquer d'énerver l'âme de la nation tout entière en ce qui touche à la vie publique. »
Chenal (en français). A ce titre l'Espagne a dû jouir d'une grande liberté.
Cavour. a ces profondes pensées, à ces éloquentes paroles l'honorable Chenal oppose une observation historique. Je le suivrai donc sur ce terrain.
L'incamération s'est accomplie sur une immense échelle dans quelques pays d'Europe. En France, avant la révolution, le clergé était, si je ne me trompe, aussi riche que celui d'Espagne; il fut totalement dépouillé, et aucun débris ne lui resta de ses anciennes possessions. Qu'arriva-t-il? Je respecte beaucoup le clergé français d'aujourd'hui, et je reconnaîtrai, si M. Chenal y tient,
qu'il est plus moral et plus zélé que celui d'autrefois; mais personne ne niera qu'il ne soit beaucoup moins national, beaucoup moins libéral que ne l'était le clergé de l'ancien régime. (Marques d'assentiment.) Celui-ci était animé d'un esprit d'indépendance à l'égard de Rome, d'attachement pour certaines maximes nationales ; il avait des instincts de liberté. Des membres illustres du clergé français ont encouragé jadis les études classiques, et même les études philosophiques. C'est tout autre chose aujourd'hui ; tous les faits démontrent que le clergé de France est infmiment plus ultramontain que notre clergé national.
Plusieurs votx au centre. C'est vrai !
Cavour. Nous avons vu en effet, Messieurs, les membres de l'épiscopat français répudier à l'envi non-seulement les principes de l'ancienne Église nationale, mais jusqu'à des pratiques tout extérieures qui ne touchaient aucunement à la foi. Le clergé français, non content de renier les maximes de Bossuet, les canons et les libertés de l'Église gallicane, s'est emporté jusqu'à abolir dans plusieurs grandes villes une liturgie à laquelle, dit-on (car je ne suis pas juge en ces matières), l'on était fort attaché. (On rit.)
Et la Belgique? Elle aussi a incaméré les biens de son clergé; celui-ci en est-il devenu plus libéral? Je ne suis pas suspect d'avoir un penchant pour le parti ultraclérical, dont les joui'uaux ne pratiquent guère à mon égard la chanté évangélique; cependant je déclare à la Chambre que notre i)resse cléricale, tout exagérée, toute vouée qu'elle est à la (;our de Rome, est niijins exces-
sive et moins obséquieuse envers Rome que celle qu'inspirent les évêques de Bruges et de Gaud.
On dira : Mais il y a un autre parti à prendre; laissons les fidèles payer leurs ministres. — Savez-vous ce qui s'ensuivrait? Un redoublement de zèle, de fanatisme, d'ultramontanisme. Ce système existe en Irlande; là, le clergé n'est point salarié ; ses moyens d'existence consistent dans l'aumône et les souscriptions volontaires des fidèles. Ce clergé est moins libéral encore et plus fanatique que celui deFrance , et le rapport que j'ai établi entre la presse de Belgique et celle du Piémont , on le peut sans crainte appliquer à la presse des catholiques irlandais en regard des journaux des catholiques belges. Les feuilles irlandaises ont poussé les sentiments antinationaux , l'esprit de trahison jusqu'à faire l'éloge de Nana-Sahib et des Cipayes égorgeant dans les Indes les citoyens du Royaume- Uni.
Mais pour vous convaincre, Messieurs, que l'incamération est loin de rendre le clergé plus libéral ou moins influent, vous n'avez qu'à considérer ce qui s'est passé ici même. L'incamération a été décrétée chez nous au temps de la révolution française; dans plusieurs localités, notre clergé n'a presque plus de propriétés, et vit des subsides de l'État ou de petites pensions, je dirais presque d'aumônes. Ces provinces sont-elles celles où le clergé est le plus avancé, où il exerce le moins son action contre le gouvernement? Au contraire, c'est là qu'il emploie le plus de forces pour le triomphe d'opinions qui sont certes des plus conservati'ices. (Hilarité aux centres et à gauche; nmrmures à droite.)
Je crois celte phrase tout à fait parlementaire. (Oui! oui!)
Je ne ferai pas ici une statistique de la Chambre ; je vous dis seulement : Examinez les bancs de la droite, ceux du cenlre, ceux de la gauche; prenez les moyennes, et vous verrez que les représentants qui siègent à droite sont ceux des provinces où le clergé a perdu ses biens et se trouve le moins riche; et que, dans les provinces où il est opulent, il a moins d'influence, ou il ne se sert pas de celle qu'il a pour grossir les rangs des conservateurs extrêmes; parmi ces dernières, permettez que je vous cite, Messieurs, des localités qui me sont bien chères, celles qui s'étendent de la Doire au Tessin : tous les députés qu'elles nous ont envoyés, à l'exception de l'honorable marquis Tornielli, siègent au centre et à la gauche de la Chambre. (Hilarité.)
Je suis donc contraire à l'incamération, parce que les inconvénients politiques en surpasseraient les avantages économiques. Mais nous ne sommes point contraires à une répartition meilleure des biens du clergé; nous l'avons prouvé en instituant la caisse ecclésiastique , dont nous prenons l'engagement d'améliorer autant que possible la situation.
Je vous ai démontré. Messieurs, que les moyens extraordinaires qu'on nous propose seraient de mauvais remèdes à notre situation financière. Il me reste à examiner si nous pourrions réaliser des économies suffisantes moyennant une réforme radicale dans notre système d'administration intérieure, et à apprécier l'état réel des alïaires du pays. (Plusieurs députés : A demain !)
Mais il est tard; puisque la Chambre paraît le désirer, je remets à demain la suite de ce que j'ai à dire.
Séance de la Chambre des députés du 20 mai 1858.
Une vaste réforme dans l'organisalion intérieure du royaume pourrait-elle , tout en laissant intact notre régime constitutionnel , nous permettre de réaliser des économies importantes? Ce serait, selon moi, une grande illusion que de le croire.
En ce qui regarde l'administration centrale, après la suppression des agences générales ^ et la réunion de toutes leurs attributions dans les mains du ministère, je crois qu'on ne peut plus rien innover de considérable sans nuire au service.
Notre système de comptabilité est certainement le plus efficace et le plus économique qui existe en Europe ; les dépenses sont contrôlées de telle sorte, la réalité des paiements est constatée si sûrement, que nous pourrions sans crainte présenter cette organisation comme un modèle, comme une simplification et un perfectionnement des systèmes français et belge.
Plusieurs projets de réforme ont été mis sur le tapis quant à l'organisation judiciaire ; tous proposent des améliorations, mais aucun ne vise à dégrever le budget.
1. Les aziende étaient des directions générales qui dépendaient nominalement du ministère des finances, mais qui en étaient distinctes en réalité, ce qui compliquait la comptabilité.
Ainsi, je suis très-partisan du jury et des cours d'assises, mais je doute fort qu'il en résulte une économie.
A l'égard de notre armée, je ne nie pas la possibilité de quelques pStites épargnes ; mais je soutiens qu'on ne peut pas faire sur elle des économies sérieuses sans porter atteinte à sa force. Si vous comparez la force de notre armée et ce qu'elle nous coûte à ce que valent et ce que coi'itent les armées étrangères, le résultat de votre calcul sera tout à fait à notre honneur. Mon honorable ami le ministre de la guerre m'a souvent donné de grands soucis en me proposant de nouvelles dépenses pour l'armée (on rit) ; mais pas une de ces dépenses n'a manqué d'accroître notre puissance militaire , et en les faisant, on n'a jamais négligé d'économiser sur chaque objet autant qu'on le pouvait sans nuire aux résultats, si bien que, de 1850 à 1857, le ministre de la guerre a toujours présenté, dans ses comptes définitifs, des résidus de fonds épargnés non-seulement sur les sommes votées à part et sur les crédits supplémentaires, mais môme sur la somme totale primitivement fixée par le budget.
Les dépenses extraordinaires, pour ce département, approchent de leur terme; nous n'avons plus à .construire des fabriques de poudre, des casernes dispendieuses, des fortifications comme celles de Casai et d'Alexandrie ; mais je di'clare franchement que si vous voulez conserver une armée régulière et solide, si vous ne voulez pas vous contenter d'un sysième de milices, il faut vous résigner à voir figurer au budget sur ce chef une somme à peu près égale à celle qui y a été [tortée jusqu'ici.
Reste radministralioii intérieure des provinces, sur laquelle, je l'avoue sans difficulté, il est théoriquement admissible qu'on fasse de larges épargnes. Si nous avions à organiser le pays à nouveau , nous |i«urrions créer, comme en Belgique, six, sept, ou (par égard pour la topographie spéciale de notre pays) dix grands centres administratifs, et supprimer tous les autres; mais c'est une de ces réformes qui ne sont praticables qu'au lendemain d'un bouleversement, et qui sont incompatibles avec la tranquillité dont nous jouissons. Il est impossible de destituer, si je puis dire ainsi, les quatre cinquièmes des chefs-lieux de province; il est impossible surtout de songer à détruire l'élément provincial. Le ministère prend sans difficulté l'engagement de présenter dans la session prochaine une loi sur l'administration provinciale; mais il ne peut consentir à entreprendre des remaniements qui rencontreraient des obstacles et des difficultés insurmontables. On donnera une plus grande liberté aux communes et aux provinces, on rendra l'action administrative plus rapide; mais toutes ces améliorations, qui doivent laisser subsister l'élément provincial, ne pourront pas soulager beaucoup le trésor.
On me dira peut-être : vous n'avez donc pas de remède à indiquer? la mort économique est donc inévitable, comme l'ont prétendu quelques orateurs de la droite? — Je réponds que le mal n'est pas si grand, tant s'en faut.
Notre dette publique s'élève à 685 millions, et en y ajoutant l'emprunt que nous allons contracter, — nous ne l'éviterons pas, quoi que nous fassions, — à 724 ou 725 millions. C'est beaucoup, je ne le nie pas, pour
5 millions d'habitants; mais la dette belge était, le l""" mai 1857, de 695 millions, et la Belgique, plus riche que nous d'un côté, a de l'autre près de 700,000 habitants de moins. Je ne parle pas de l'Angleterre, qui doit 20 milliards. La Hollande, pays plus riche mais moins peuplé que le nôtre, a une dette de 2 milliards. Notre dette, comparée à celle des autres États européens, n'est donc pas hors de proportion avec notre richesse et notre population.
Est-il vrai que notre dette grandisse sans cesse par suite d'un déficit constaté dans le budget ordinaire de l'État? Non pas. En 1856, il est entré dans les caisses de l'État 142 millions, sans compter l'emprunt anglais, qui n'a été qu'une ressource extraordinaire. Les dépenses ordinaires et extraordinaires se sont élevées à 149,612,000 fr. : c'est un déficit de 7,612,000 fr.; les dépenses extraordinaires ont été considérables celte année-là; de plus, remarquez. Messieurs, qu'il ne fau- ' drait point comprendre dans le déficit le fonds d'extinction non employé. Il est excellent de consacrer des fonds à éteindre la dette; mais ce n'est pas marcher à sa ruine que de s'abstenir de le faire, autrement l'Angleterre serait , ruinée depuis longtemps, elle qui dès 1818 ou 1 819 a fait disparaître les fonds d'extinction de ses budgets.
En réalité, nos dépenses ordinaires sont soldées par nos rentrées ordinaires, et puisque la dilîéi'ence apparente ne consiste que dans la part (juc nous consacrons à l'extinction, je ne vois pas que notre situation soit mauvaise. En 1855, il en avait été de même; dans les conq)tes définitifs de 1857, il n'en sera pas autrement.
Le déficit dans le l)udget des recel les et des dépenses ordinaires étant inférieur au fonds d'extinction, il n'y a pas lieu de s'inquiéter, bien que j'admette que le Parlement a raison de prémunir le ministère contre des dépenses nouvelles.
Pour faire ici un examen de conscience complet, je ne disconviendrai pas que le ministre des finances de Sa Majesté n'ait été parfois trop porté à seconder des entreprises grandioses; mais toutes ces entreiDrises, Messieurs, ont un caractère de très-grande utilité ; le ministère ne s'est prêté à aucune dépense improductive, excepté celles du département de la guerre , lesquelles, au fond, sont elles-mêmes productives, non pas économiquement, mais politiquement. Nous n'avons jamais consenti aux dépenses qui nous ont paru improductives. On nous l'a même reproché souvent; le député Yalerio nous rendait encore récemment responsables du danger qui menace les tableaux de notre magnifique galerie dans le local si défavorable où ils se trouvent. Nous ne vous avons pas proposé d'élever des palais, des monuments, d'orner les villes du royaume; notre tâche, a été d'écarter toute dépense qui n'était pas urgente et productive.
Mais puisqu'on invite le ministère à plus d'économie encore, qu'on me permette de prier à mon tour je ne dis pas la Chambre dans son ensemble, mais les députés en particulier, ceux surtout que nous envoient certaines parties de l'État, d'être eux-mêmes plus réservés dans les propositions, les demandes de dépenses nouvelles sur lesquelles ils ont coutume d'insister auprès du ministère. Nous serons plus énergiques dans notre résistance au\
velléités de dépense; qu'ils mettent aussi plus de modération dans leurs propositions , et nous arriverons à l'équilibre.
Je compte, bien entendu, sur les progrès de la richesse nationale, qui ont été si sensibles de 1850 à 1856 et qui ne peuvent manquer de continuer dans l'avenir. Les députés de la droite répètent à l'envi : — Témigration croît chaque jour, la valeur des terres diminue, les catastrophes commerciales se succèdent sans relâche sur nos places principales, et les contributions indirectes rendent de moins en moins : ce sont des preuves que , loin de progresser, nous sommes en décadence complète. — Ces objections doivent être réfutées.
L'émigration, considérée en général, n'est pas toujours un signe d'appauvrissement pour un pays. Les peuples les plus industrieux du monde sont ceux qui fournissent à l'émigration le tribut le plus large. Qui a peuplé l'Amérique septentrionale? La nation la plus riche de l'Europe, la nation anglaise.
Une voix a gauche. Ce sont les Irlandais.
Cavour. C'est la race anglo-saxonne. Les statistiques anglaises portent le chiffre des émigrants à 300,000 par an. Est-ce que l'Angleterre s'appauvrit pour cela? En Amérique môme, c'est-à-dire dans le pays le plus riche du monde, une émigration nombreuse s'opère chaqui; année des anciens Étals vers les nouveaux, vers les régions de l'extrême ouest.
Je vais plus loin. S'il est vrai que l'on doive éviter de favoriser l'émigration comme les comtés et les paroisses ont eu le tort, à mon avis, de faire en Angleterre, il
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est vrai, d'autre part, que l'émigration est avantageuse pour ceux qui restent aussi bien que pour ceux qui s'en vont; car la situation des classes ouvrières dépend du rapport qui existe entre la masse des capitaux qui mettent en mouvement le travail et la quantité des bras qui s'offrent à travailler; et l'émigration, en diminuant le nombre des bras sans diminuer le capital industriel, favorise les ouvriers qui restent, comme il est précisément arrivé en Angleterre pendant ces vingt dernières amiées. La condition des classes ouvrières s'y est grandement améliorée par cette cause.
Une émigration particulière a été occasionuée cbez nous par la maladie de la vigne, qui a détruit le principal, presque l'unique revenu de bien des localités, surtout de la Ligurie. Mais l'émigration causée par le fléau a été, en somme, un remède aux effets du fléau luimême. Je ne nie pas d'ailleurs que si les finances ont fait des recettes plus considérables sur les importations qui en sont résultées, en définitive les ressources du trésor, qui sont une partie des ressources du pays, ont souffert. C'est l'effet tout spécial du fléau qui nous a frappés.
L'émigration n'est donc pas en elle-même un signe d'appauvrissement. J'ajoute que la baisse de prix des terres n'en est pas un non plus. Il y a deux causes de diminution pour le prix de la terre : l'une est constante, l'autre est momentanée.
11 est certain , en premier lieu , que dans un pays où il existe peu ou point d'industrie, où les classes éclairées n'ont pas l'habitude de s'adonner au commerce ou à la spéculation, les immeubles acquièrent une grande va-
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leur, parce qu'ils devieuuent le seul placement possible des fonds disponibles, des épargnes amassées. Chez nous, avant 1848, l'industrie était bien moins développée qu'aujourd'hui ; un bien plus petit nombre de personnes des classes élevées se consacrait à l'industrie et au commerce; il est même avéré que lorsqu'un commerçant ou un industriel, en Piémont, avait amassé quelques capitaux, il en consacrait au moins une partie à acheter des terres, estimant que par cette transformation de commerçant en propriétaire, il s'élevait d'un degré dans l'échelle sociale. (C'est vrai!) [1 est naturel que dans de telles circonstances le prix des immeubles soit élevé par rapport aux autres valeurs, Mais il n'en est plus ainsi. Il n'est plus personne qui s'imagine que le propriétaire soit au-dessus du commerçant, quç la ferme soit quelque chose de plus noble que la manufacture. Le même changement s'est opéré en Angleterre , où, chose remarquable, les capitaux placés en rentes sur l'État ne rendent que trois ou trois et un quart pour cent, tandis que les immeubles rendent le quatre et le quatre et demi; il n'en était pas ainsi il y a cinquante ans.
Yoilà la raison constante de la diminution du prix des terres. Une autre cause, celle-là transitoire, en est la crise commerciale, qui a élevé l'intérêt des capitaux et fait baisser la valeur des terres; car le taux de l'intérêt et la valeur de la terre sont toujours en raison inverse. Cette crise a occasionné des désastres commerciaux sur nos places; mais les autres places d'Europe et celles d'Amérique ont souffert plus que nous; et si l'on considère toutes les éprouves que notre pays a subies de-
puis 1848, l'on [)OuiTa à bon droit s'élonner que les catastrophes n'aient pas été plus grandes. En en recherchantjci les origines, qui sont les mêmes que celles de la diminution des produits de l'impôt indirect, je prouverai que ni les désastres commerciaux ni la diminution des receltes indirectes ne sont, dans les circonstances où nous sommes, des signes de décadence économique.
L'un et l'autre de ces deux ordres de faits a eu des causes particulières à notre pays et d'autres causes communes à l'Europe entière.
L'an dernier, jMessieurs, l'une de nos principales récoltes, celle des vers à soie, a été presque entièrement détruite par une maladie mystérieuse. Une classe trèsnombreuse de citoyens a été privée ainsi d'une partie de son revenu : première cause de diminution pour la perception indirecte. Les effets de la perte de cette récolte ont été d'autant plus cruels que la vente des cocons est celle qui fournit principalement aux agriculteurs l'argent sonnant avec lequel ils payent leurs dettes et font leurs achats. Dans plusieurs provinces, c'est, le seul produit qui fasse entrer de l'argent monnayé dans la poche du paysan. De plus, il arriva que la récolte précédente n'ayant pas été très - abondante , les cocons montèrent à un prix exorbitant : on. les payait jusqu'à 100 et 110 fr. le myriagramme. Nos industriels, par une conséquence du libre échange, avaient agrandi leurs ateliers, créé des fdatures ou établi des machines nouvelles; pour faire fonctionner tout cela, ils avaient acheté tonte la récolte du Piémont, une partie de celle du reste de l'Italie, et fait des acquisitions jusqu'en Chine. Les résultats ne
furent pas heureux : il arriva nalurellement que la soie ayant beaucoup augmenté de prix, la consommation dimiima, et cela d'autant plus que cet objet n'était pas de première nécessité. Cette diminution de consommation fit baisser le prix des soieries. Là-dessus vint la crise américaine, qui poussa cette baisse à un tel point que l'organsin, par exemple, qui coùtaitau négociant 130 ou 135 fr. le kilo, tomba à 80 fr., et que les filatures perdirent 40, 45 et jusqu'à 50 fr. par kilo, somme égale au prix total de la soie dans les temps ordinaires. Je ne crois pas exagérer en évaluant à 20 millions la perte totale qui en résulta pour notre commerce de soies.
Celte perte si considérable n'a causé que quelques faillites en petit nombre; c'est une preuve que notre commerce est solide et sérieux. Mais elle a diminué les recettes ordinaires du trésor; un pays ne subit pas une perte de 20 millions sans que le mouvement des entreprises et l'activité des transactions s'en ressentent.
Lecommerceextérieurasouffertégalement. La Chambre se souvient que l'esprit de spéculation, poussé à l'extrême pendant ces dernières années, avait fait monter très-haut les prix des marchandises étrangères, telles que les denrées coloniales, les laines, les cotons, les cuirs, etc. Les négociants de Gênes, comme à l'ordinaire, en étaient abondamment pourvus. Mais comme toutes les marchandises ne peuvent pas augmenter de priv d'une manière permanente sans ([ue la valeur de l'argent diminue, il arriva que, par une réaction naturelle, les marchandises en question se mirent à baissiîr de prix; dans le premier semestre de 1857, le prix de toutes ces denrées avait été
de 40 OU 50 0/0 au-dessus de la- moyenne des dix années précédentes : il s'opéra, dans les derniers mois de la même année, une baisse de plus de 30 0/0, si bien que je doute qu'il existe à Gènes une seule maison faisant le commerce d'importation qui ait pu clore l'année dernière ses comptes sans déficit.
Mais ces événements et les pertes qui en ont été la suite sont entièrement accidentels. La récolte des soies promet d'être meilleure cette année, et notre industrie en tout cas ne retombera pas dans les fautes qu'elle a commises l'année dernière. A l'égard du commerce étranger, la baisse de prix que nous avons vue se réaliser nous garantit contre une baisse ultérieure. Nous avons donc l'assurance que le mal ne se renouvellera pas, tandis que la réduction de prix des denrées étrangères, ainsi que des denrées indigènes de première nécessité, augmentera la consommation des marchandises du dehors et accroîtra le chilTre des recettes indirectes de l'État.
Mes honorables adversaires n'ont donc pas le droit de représenter notre situation comme désastreuse, ou notre système comme ruineux ; loin d'avoir causé ou aggravé les épreuves exceptionnelles que nous avons subies, il en a atténué les effets. — Je viens de montrer que les allégations avancées contre nous sont peu exactes; je puis indiquer quelques considérations plus positives encore dans le môme sens.
Le dernier recensement donne une augmentation de population de 250,000 âmes de 1848 à 1857. Ce n'est pas considérable ; mais ces dix années ont été un temps de révolution, de guerres et d'épidémies. L'augmentation
en France, pendant le même temps, a été beaucoup moindre.
Ce surcroît de population n'ayant pas fait baisser le prix des salaires , qui an contraire s'est accru , il est clair que le capital social a augmenté.
11 est d'autres faits qui prouvent quelles améliorations se sont réalisées dans le sort des classes ouvrières. Nous avons des caisses d'épargnes, pas encore en nombre suffisant, mais quelques-unes fort puissantes. Les dépôts s'y font dans une proportion sans cesse croissante. La caisse d'épargnes de Turin, par exemple, comptait, à la fin de l'année dernière, 587 déposants et 217,000 fr. de dépôts de plus qu'au 1" janvier.
Pour vous faire toucher du doigt. Messieurs, les progrès de notre industrie, tant agricole que manufacturière, je n'aurais qu'à vous montrer l'exposition du cliàteau du Valentin. Tous ceux qui se souviennent de l'exposition de 1850 doivent être frappés du chemin que nous avons fait dans ces huit années. Le nombre des exposants a triplé ; le mérite et le bon marché des produits exposés se sont accrus d'une manière réellement extraordinaire, et bien faite pour confondre les détracteurs de notre système économique. Là est la preuve que notre industrie n'a rien à craindre de la liberté du commerce.
En somme, nous avons lieu de soutenir ([ue les finances et l'économie publique n'ont point soutTert, il s'en faut, de notre administration. Nos adveisairos affirment le contraire. C'est à la Chambi-e de |)iononcer ; mais, dans tous les cas, elle ne peut se dispenser de voter l'emprunt, dont la nécessité a été démonti'ée par nos adversaires
plus fortement encore que par nous-mêmes. (On rit.) Ce qu'elle peut faire, c'est de remplacer par d'autres les ministres qui ont créé cet état de choses , si elle le croit aussi funeste qu'on a voulu le représenter.
Il me reste, pour finir, à parler un peu politique. Il faut que la Chambre soit bien au courant de nos intentions. Ces intentions, j'ai eu l'occasion naguère, dans une circonstance solennelle, de les expliquer clairement. Le ministère suit et doit suivre, à notre sens, une politique ouvertement nationale dans les atîaires du dehors, une politique libérale et réformatrice à l'intérieur. Je sais que quelques députés, sans être inquiets sur notre politique extérieure, se défient de notre libéralisme et de nos projets de réforme. C'est une grande erreur, Messieurs, une erreur réfutée par toute notre conduite jusqu'ici, une erreur qui, du reste, suppose l'impossible. En effet, dans ma conviction absolue, il est impossible au gouvernement d'avoir une politique nationale, italienne, en face de l'étranger, sans être, à l'intérieur, libéral et réformateur. (Bien!) De même, il nous serait impossible d'être libéraux au dedans sans être nationaux et Italiens dans nos rapports extérieurs. Si donc vous reconnaissez que nos relations étrangères sont conduites dans un esprit de nationalité, vous devez, à moins de nous supposer privés de sens commun , nous croire des libéraux et des réformateurs sincères. (Très-bien ! ) Il ne peut pas y avoir de doute là-dessus.
Si nous sommes encore sur ce banc pendant les sessions prochaines, nous continuerons à pratiquer la liberté et à développer les réformes, — comment, et avec quelle
rapidité, c'est ce que les événements seuls décideront. — Les hommes qui siègent au pouvoir ont beau y être depuis longtemps, ils n'ont perdu ni l'amour de la liberté, ni le désir du progrès. Seulement ils sont en position de voir de plus près les obstacles, de mieux constater les périls d'une marche trop pressée qui pourrait exposer les résultats déjà obtenus.
Hors de la sphère politique, Messieurs, nous voulons administrer le pays sans esprit de parti , avec une égale sollicitude pour toutes les provinces, pour tous les individus, à quelques impulsions politiques qu'ils obéissent. C'est ainsi que nous avons donné des chemins de fer à la Savoie, qui ne nous envoie à peu près que des députés de l'opposition, de même que nous tâcherons de donner un chemin de fer à la province de Savone, dont les députés nous sont sympathiques.
Quant aux relations personnelles, nous chercherons à utiliser, abstraction faite de la politique, tous les talents qui peuvent être utiles à la patrie. Ceci est une vieille habitude chez le ministère. Je l'ai inaugurée moi-même en 1851, lorsqu'il fallut contracter un emprunt. Le comte de Revel était au nombre des adversaires les plus décidés de mon système économique : je n'hésitai pas à faire appel à son patriotisme, le priant d'aller réaliser l'emprunt en Angleterre. J'eus lieu de m'en féliciter; le comte de Revel accepta et s'acquitta de sa mission de la manière la pins satisfaisante pour le ministère et la plus avantageuse pour le pays. Cela n'eut aucune conséquence politique, car il revint d'Angleterre aussi contraire à nos idées, pour le moins, qu'il l'avait été auparavant. (On
rit.) De même, dans une circonstance récente, ayant à faire représenter le pays dans un congrès scientilique occupé de l'une des questions techniques les plus dil'liciles qui se puissent présenter, je choisis, d'après le vœu public et l'avis d'un maître, de notre collègue Paleocapa, le colonel Menabrea; et je suis assuré que le pays aura lieu de s'applaudir de ce choix. De même encore, si nous avions demain une grave question de chemins de fer à résoudre, je m'adresserais certainement à l'honorable président actuel de cette Chambre , qui a montré tant d'habileté dans ces matières ^ (On rit.)
Nous ne craignons pas qu'on nous accuse pour cela d'illibéralisme; au contraire, cette manière d'agir est celle que suggère le respect de la liberté. Ce serait une triste chose que le régime constitutionnel pût avoir pour effet de rendre inutiles les talents et l'activité d'une partie de nos concitoyens.
Nous avons foi dans le patriotisme de nos adversaires autant que dans celui de nos amis; nous nous adressons aux uns et aux autres, sans préférences politiques, lorsque l'intérêt public le demande, parce que nous savons que, de leur côté, quand il s'agit du bien du pays, l'amour du pays est leur seul guide.
Je finirais ici mon discours, si un député n'avait lancé hier au ministère , dans un discours remarquable et modéré du reste, un trait empoisonné qui l'a frappé au vif. L'honorable Antonio Costa a dit que les espérances que nous donnons à l'Italie dans nos actes les plus solen-