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Le conile de Cavour fut donc obligé de revenir de Paris sans avoir dans sa poche, ainsi qu'il l’écrivait à un ami, le moindre petit duché. La conclusion de la correspondance très-active qu’il avait eue pendant le congrès avec ses collègues de Turin, surtout avec M. Rattazzi, était que la guerre avec l’Autriche, et une guerre à mort, the i car to the knife, était, nécessaire. Un instant , en présence de la difficulté de rien obtenir de positif et d’immédiat, il avait cru qu’il se-
et d'Angleterre et dans Pamitid qu'ils professent pour le Pii'niont, n’ont cessé d’espérer, depuis l’ouverture des conférences, que le congrès de Paris ne se séparerait pas sans avoir pris en sérieuse considération l’état de l’Italie, et avisé aux moyens d’y porter remède en rétablissant l'équilibre politique, troublé par l’occupation d’une grande partie des provinces de la péninsule par des troupes étrangères.
Sûrs du concours de leurs alliés, ils répugnaient à croire qu’aucune des autres puissances, après avoir témoigné un intérêt si vif et si généreux pour le sort des chrétiens d’Orient appartenant aux races slave et grecque, refuserait de s’occupe^es peuples de race latine, encore plus malheureux parce que, h raison du degré de civilisation avancée qu'ils ont atteint, ils sentent plus vivement les conséquences d’un mauvais gouvernement.
Cet espoir a été déçu. Malgré le l>on vouloir de l’Angleterre et de la France, malgré leurs efforts bienveillants, la persistance de l'Autriche h exiger que les discussions du congrès demeurassent strictement circonscrites dans la sphère de questions qui avait été tracée avant sa réunion, est cause que cette assemblée, sur laquelle les yeux de toute l’Europe sont tournés, va se dissoudre, non.-seulement sans qu’il ait été apporté le moindre adoucissement aux maux de l’Italie, mais sans avoir fait briller au delà des Alpes un éclair d’espérance dans l’avenir, propre à calmer les esprits et à leur faire supporter avec résignation le présent.
La position spéciale occupée par l’Autriche dans le sein du congrès rendait peut-être inévitable ce résultat déplorable. Les plénipotentiaires sardes sont forcés de le reconnaître. Aussi, sans adresser le moindre reproche à leurs alliés, ils croient de leur devoir d’appeler leur sérieuse attention sur la conséquence fâcheuse qu’il peut avoir pour l'Europe , pour l'Italie et. spécialement pour la Sardaigne.
Il serait superflu de tracer ici un tableau exact de l’Italie. Ce qui se passe dans ces contrées depuis bien des années est trop notoire. I.e système de compression et de réaction violente inauguré en 1818 et 1849,
rait obligé de se retirer du ministère. « Je ne sais, écrivaitil le 17 mars à M. Castelli, si ma mission aboutira à quelque chose-, mais, si cela arrive, ce ne sera pas faute de m'être remué dans tous les sens. Malgré cela , je n’en serai pas moins condamné par tous les partis. J’y suis résigné d’avance. Les fatigues du grand monde, auxquelles je suis condamné, m'ont admirablement prédisposé à goûter les douceurs de la vie champêtre. Ainsi je vous prie, mon cher
que justifiaient peut-être à son origine les troubles révolutionnaires qui venaient d’être comprimés, dure sans le moindre adoucissement; on peut môme dire que, sauf quelques exceptions, il est pratiqué avec un redoublement de rigueur. Jamais les prisons et les bagnes n’ont été plus remplis de condamnés pour cause politique; jamais le nombre des proscrits n’a été plus considérable; jamais la police n’a été plus tracassière, ni l’état de siège plus durement appliqué. Ce qui se passe â Parme ne le prouve que trop.
De tels moyens de gouvernement doivent nécessairement maintenir les populations dans un état d’irritation constante et de fermentation révolutionnaire.
Tel est l'état de l’Italie depuis sept ans.
Toutefois, dans ces derniers temps, l’agitation populaire paraissait s’ôtre calmée. Les Italiens, voyant un des princes nationaux coalisé avec les grandes puissances occidentales pour faire triompher les principes du droit et de la justice et améliorer le sort de leurs co-religionnaires en Orient, conçurent l’espoir que la paix ne se ferait pas sans (j u’ un soulagement fût apporté â leurs maux. Cet espoir les rendit calmes et résignés. Mais lorsqu’ils connaîtront le résultat négatif du congrès de Paris, lorsqu’ils sauront que l’Autriche, malgré les lions offices et l'intervention bienveillante de la France et de l’Angleterre, s’est refusée à toute discussion, qu’elle n’a pas même voulu se prêter â l’examen des moyens propres à porter remède â un si triste état de choses, il n’est pas douteux que l’irritation assoupie se réveillera parmi eux plus violente que jamais. Convaincus de n’avoir plus rien à attendre de la diplomatie et des efforts des puissances qui s’intéressent à leur sort, ils «O rejetteront avec l’ardeur méridionale dans les rangs du parti révolutionnaire et subversif, et l'Italie redeviendra un foyer ardent de conspirations et de désordres que l’on comprimera peut-être par un redoublement de rigueur, mais que la moindre commotion européenne fera éclater de la manière la plus violente. Un état de choses aussi fâcheux, s’il mérite de fixer l’attention des gouvernements de la France et de ”An-
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ami, de ne pas vous inquiéter si à mon retour une entorse donnée par la Chambre me force à me retirer. Après cinq ans et demi de ministère et trois ans de journalisme, le repos ne peut qu’être le bien-venu. Je vois souvent Bixio, qui nous est resté bien attaché... » Bientôt cependant il reprit courage. 11 écrivait à la même personne le 28 mars : « Les conférences touchent à leur terme. Sans elles seraient
gletcrre, intéressés également au maintien de l’ordre et au développement régulier de la civilisation, doit naturellement occuper au plus liant degré le gouvernement du roi de Sardaigne. Le réveil des passions révolutionnaires dans toutes les contrées qui entourent le Piémont , par l’effet de causes de nature à exciter les plus vives sympathies populaires, l’expose à des dangers d’une excessive gravité qui peuvent compromettre cette politique ferme et modérée qui a eu de si heureux résultats à l’intérieur et lui a valu la sympathie et l'estime de l’Europe éclairée.
Mais ce n’est pas là le seul danger qui menace la Sardaigne. Lu plus grand encore est la conséquence des moyens que l’Autriche emploie pour comprimer la fermentation révolutionnaire en Italie. Appelée par les souverains des petits États de l’Italie, impuissants à contenir le mécontciUemcnt de leurs sujets, cette puissance occupe militairement la plus grande partie de la vallée du Pô et de l’Italie centrale, et son influence se fait sentir d'une manière irrésistible sur les pays mêmes où elle n’a pas de soldats. Appuyées d’un côté à Ferrare et à Bologne, scs troupes s'étendent jusqu'à Aucune, le long de l'Adriatique, devenu en quelque sorte un lac autrichien; de l’autre, maltresse de Plaisance que, contrairement à l’esprit sinon à la lettre des traités de Vienne, elle travaille à transformer en place de premier ordre, elle a garnison à Parme, et se dispose à déployer ses forces tout le long de la frontière sarde, du l*o au sommet des Apennins.
Cos occupations permanentes, par l’Autriche, de territoires qui ne lui appartiennent pas, la rendent la maîtresse absolue de presque toute l'Italie, détruisent l’équilibre établi par Je traite de Vienne, et sont une menace continuelle pour le Piémont.
Cerné en quelque sorte de toute part par les Autrichiens, voyant sc développer sur sa frontière orientale, complètement ouverte, les forces d'une puissance qu’il sait ne pas être animée de sentiments bienveillants à son égard, ce pays est tenu dans un état constant d'appréhension qui l’oblige à demeurer armé et à des mesures défensives excessivement onéreuses pour ses tinanccs, obérées déjà par suite des événements de 1848 et 1849 et de la guerre à laquelle il vient de participer.
DO COMTE I)E CAVOUH.
finies depuis longtemps. Nous ne gagnerons rien matériellement, mais nous aurons gagné une chose, c’est que la France et l’Angleterre auront reconnu : 1° que l’état actuel de l’Italie est intolérable; 2° qu’il n’y a que le Piémont qui puisse, régénérer l’Italie. Ne voulant pas, pour le moment, faire la guerre à l’Autriche, on ne peut absolument opérer un remaniement territorial quelconque. L’empereur a mis en avant
Los faits que les soussignés viennent d’exposer suffisent pour faire apprécier les dangers de la position où le gouvernement du roi de Sardaigne se trouve placé.
Troublé à l’intérieur par l'action des passions révolutionnaires suscitées tout autour de lui par un système de compression violente et par l’occupation étrangère, menacé par l’extension do puissance de l'Autriche, il peut d’un moment à l'autre être forcé par une inévitable nécessité à adopter des mesures extrêmes dont il est impossible de calculer les conséquences.
Les soussignés ne doutent pas qu’un tel état de choses n'excite la sollicitude des gouvernements d’Angleterre et de France, non-seulement â cause de l'amitié sincère et de la sympathie réelle que ces puissances professent pour le souverain qui seul entre tous, dans le moment où le succès était le plus incertain , s’est déclaré ouvertement en leur faveur, mais surtout parce qu’il constitue un véritable danger pour l'Europe.
I,a Sardaigne est le seul Etat de l'Italie qui ait pu élever une barrière infranchissable à l’esprit révolutionnaire, et demeurer en même temps indépendant de l'Autriche : c’est le seul contre-poids à son influence envahissante.
Si la Sardaigne succombait épuisée de forces, abandonnée de ses alliés, si elle aussi était contrainte de subir la domination autrichienne, alors la conquête de l'Italie par cette puissance serait achevée; et l’Autriche, après avoir obtenu sans qu’il lui coûtât le moindre sacrifice l’immense bienfait de la liberté de la navigation du Danube et de la neutralisation de la mer Noire, acquerrait une influence prépondérante en Occident.
C’est ce que la France et l’Angleterre no sauraient vouloir , c’est ce qu’elles ne permettront jamais.
Aussi les soussignés sont convaincus que les cabinets de Londres et de Paris, prenant en sérieuse considération l'état de l'Italie , aviseront, de concert avec la Sardaigne, aux moyens d’y porter un remède efficace,
Paris, ce 16 avril 1856.