DU RÉSIDENT DE TERNATE, D. F. VAN RRAAM MORRIS
Sur le vapeur SING TJI.X.
Août et septembre 1883 l.
Le résident alla d'abord àDorei, puis il visita la petite île Jamma, qui n'avait encore été explorée par aucun fonctionnairc hollandais. Cette île, située à L'est de l'embouchure de la rivière Amberno, avait déjà été signalée cl décrite par Tasnian et Belclier. Le chef de Jamma, qui avait appris le malais à Ternate, fut embarqué pour servir d'interprète sur la côte nord de la .Nouvelle-Guinée située au sud de cette île. On visita les embouchures de la rivière Wiriwaai, dont le nom ne se trouvait encore sur aucune carte Celte région parut très peuplée, et la tribu qui l'habite s'appelle Bonga, nom qui, jusqu'à présent, avait élé donné à un groupe de petites îles situées au nord de la côte de Tabi. Malheureusement, le résident ne donne dans son journal ni longitude ni latitude, de sorte que l'on ne sait trop où placer cette rivière sur la carte. Elle doit cependant se trouver à l'ouest du cap Fo.
De là, le résident partit pour visiter le kampong Mawes, déjà vu en 1871 par van der Crab, et ensuite la baie Mattererqui n'avait jamais été vue par un fonctionnaire du gouvernement indien. Dans cette baie, on noua
i. Robidé van der Aa. — Krakatau-Nieuw-Guinea. In Indische Gids, avril 1884, p. 076-C82. — Tijdschrift van het Nederlandsch Aardrijkskundig Genootschap, 2e série, n° \, p. 46.
des relations avec les indigènes de deux kampongs, et, comme le chef de Jamma était connu ici, on trouva facilement deux interprètes pour la suite du voyage. Grâce à ceux-ci, on put comprendre convenablement la langue
des riverains de la baie de Sadipi : on fixa d'une manière certaine les noms de leurs kampongs, chose que n'avait pas pu faire le contrôleur van Oldenborgh en 1881.
Ces Papouas n'ont de communications qu'avec l'île Jamma ; leur langue a beaucoup de ressemblance avec celle qu'on parle dans la baie de Humboldt ; par suite, on put prendre un interprète en cet endroit.
De ce point, le Sing Tjin se rendit dans la baie de Humboldt, qui est surtout connue par la description qu'en fit la commission embarquée en I808 à bord de l'Etna. Depuis, elle a été visitée en 1871. 187o et 1881 par les Hollandais et une fois par le Challenger. Mais toute- ces expéditions n'eurent que des rapports assez restreints avec les indigènes, car elles n'avaient pas d'interprètes capables de comprendre leur langue. Le résident Morris put recueillir de plus amples informations, quoique les conversations ne fussent poinl commodes. Il devait d'abord parler en malais au chef de Jamma qui traduisait ses phrases au Papona de la baie Sadipi, lequel les retraduisait aux indigènes. Néanmoins, il pu t s'assurer que les noms des kampongs tels qu'on les connaissait étaient inexacts. 11 apprit aussi que les poteaux portant l'écusson néerlandais, <|ni avaient été enlevés trois fois t avaient été volés par des indigènes habitant pins à l'est. Un nouvel écusson fui dressé sur une petite île située plus à l'intérieur de la baie, de façon à ne [tas
être vu par les embarcations des indigènes passant au large. En revenant vers l'ouest, le Sing Tjin s'arrêta devant le*s embouchures du fleuve Amberno ; en faisant des sondages, une chaloupe réussit à trouver un passage permettant à d'assez gros navires de franchir la barre d'un des bras de ce fleuve, le premier qu'on trouve à l'est de la pointe d'Urville. On sait qu'en 1871 et 1872, van der Crab et Coorengel avaient essayé de trouver cette passe. Malheureusement, les circonstances ne permirent pas au résident de profiler de cette découverte. Personne n'ignore que l'anglais Wilfred Powell avait l'intention de remonter l'Amberno pour essayer une traversée de la Nouvelle-Guinée, mais pour différentes raisons, il a été obligé de renoncer à ce projet.
En passant à Dorei, le résident avait appris des missionnaires que le 27 août ils avaient entendu un bruit ressemblant à une canonnade lointaine : c'était un écho de l'éruption du Krakatau'.
On voit l'importance de ce voyage, au point de vue de la géographie de la côte nord de la Nouvelle-Guinée ; malheureusement, le récit n'en a pas été publié complètement.
Depuis 1879, le commerce de Ternate, sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée, a pris un essor considérable. Gomme nous l'avons déjà vu, ce sont les maisons Bruijn et Duivenbode qui tiennent le premier rang : elles ont installé des agents sur plusieurs points de ces régions
1 . Ce fait est à joindre à ceux que l'auteur a recueillis et publiés dans une brochure ayant pour titre : Les "premières nouvelles <b' l'éruption du Krakatau (1884).
éloignées, non seulement à Dorei et à Ansoes, mais même à l'île Jamma.
A Ansoes, on rassemble, en outre des peaux d'oiseaux et des différents produits forestiers de l'île, de grandes quantités de damar ou gomme copal. A Jamma, on recueille le kopra. Cependant, le cocotier qui donne ce produit ne pousse pas sur cette petite île, il se trouve en abondance sur les bords de la rivière AViriwaai dont nous avons parlé dans le dernier voyage.
Vu le commerce toujours croissant, il est probable que le gouvernement néerlandais sera forcé, sous peu, d'installer deux fonctionnaires dans ces régions éloignées. On devait d'abord les placer à Misool et à Salawatti pour les transporter ensuite à Dorei et sur l'une des rives du golfe de Maccluer. Mais, comme nous venons de le voir, les circonstances sont telles qu'on pourrait parfaitement les installer, dès à présent, dans ces deux dernières localités.
On a inauguré, en juin 1877, un service régulier de bateaux à vapeur, allant vers la côte ouest de la Nouvelle- Guinée : des navires partent quatre fois par an de Ceramlaut pour Kapiloear, Skroë et les petites Kev'.
Résumons maintenant les résultats géographiques de ces différents voyages.
La portion de la côte sud, qu'on pouvait considérer comme inconnue, a été levée avec le [dus grand soin, et les Européens sont rentrés en relations avec les Papouas
i. Koloniaal verslug, 1877, p. lue», ri 1878, p. :ji.
qui habitent cette région et qui n'avaient pas été vus par eux depuis deux cents ans.
Des rapports ont été établis entre le gouvernement des Indes et la cote nord de Waigeoe, les îles Ajoe et les îles Mapia.
Après un siècle et demi, la côte Est de la grande baie du Gcelvink a été visitée de nouveau par un navire de guerre hollandais.
( )n a étudié avec soin les Papouas des baies de Sadipi et de Walckenaer, ainsi que ceux qui habitent les ilcs Merkus et Duperrey, situées devant la côte inconnue de Tabi.
Voyons maintenant quels sont les points de la côte qui restent encore inconnus :
Sur la côte sud, il serait à désirer qu'on explorât les rivières dont les embouchures se trouvent entre le 6° L. S. et l'ilc Lakahia. Une seule a été reconnue avec assez de soin, c'est l'Oetanata. En outre, le contrôleur van 01denborgh avant signalé à l'est de Lakahia la couleur particulière des eaux de la mer, qui ont le même aspect que devant l'embouchure de la rivière Kapoea de Bornéo, on devrait s'assurer si une ou plusieurs rivières descendant probablement des Montagnes Neigeuses ne se terminent pas en cet endroit.
On devrait aussi explorer le cours supérieur de la prétendue rivière Argoeni, qui pourrait bien n'être qu'un détroit faisant communiquer le golfe si peu connu des Wandammen avec la baie Kamrau.
Lé fond du golfe de Maccluern'a pas encore été visité. La partie de la côte qui s'étend entre ce golfe et l'île de
Salawatti est, pour ainsi dire, inconnue, car le tracé des caries modernes ne repose quesur les données cartographiques tout à fait hypothétiques du siècle dernier. Jamais cette côte de Nottan n'a été levée avec exactitude; tout ce qu'on sait, c'est qu'elle est basse et plate.
La côte est du détroit de Gallewo, qui sépare l*ile de Waigcoe de la terre ferme, n'a jamais été visitée depuis Weyland, en 1705, par un navigateur européen.
La partie occidentale de l'île de Waigcoe n'est que faiblement connue; il en est de même des iles Schouten, Meskarowar et Providence : cette dernière n'a jamais été explorée par un Européen.
Quant à la haie du Geelvink, si souvent visitée, on peut dire que c'est la région de la Nouvelle-Guinée la mieux décrite; il n'en est malheureusement pas de même pour l'intérieur de la baie des Wandammen.
Le tracé de la côte de ïahi, an sud «les iles Arimoa, est encore très incertain; si l'on en croyait les travaux de Wiggers, celte côte devrait être placée un peu pins an sud.
La côte nord entre le lit' et le 1 ioe méridiens n'a été vue que de hiin, et nous ne croyons pas qu'un navigateur européen ail jamais vu unhahilant de celte région.
Entre l'île d'Urville et le cap de La Torre,lacôte n'esl tracée que par conjecture.
La célèbre baie Kornelis-Knier où Le Maire el Schoulen restèrent trois jours doit se trouver sur cette côte. La couleur de la mer l'ail aussi supposer qu'une on plusieurs grandes rivières doivent se déverser ici.
Quanl à l'intérieur de cette partie de la Nouvelle-
Guinée dont la superficie égale celle de la Grande-Bretagne, on n'en connaît que fort peu de choses.
D'^lbertis, Beccari et Meyer ont pénétré d'une trentaine de kilomètres dans l'intérieur des monts Arfaks.
Meyer a traversé l'île en son point le plus étroit, (25 kilomètres environ).
Beccari est allé jusque sur les bords du Wa-Samsou et Maclay a visité le lac Kamaka au nord de la baie du Triton.
On voit que c'est peu et qu'il reste encore un vaste champ d'explorations pour les voyageurs de tous pays.
En présence des prétentions toujours croissantes de l'Australie sur une partie de la grande île des Papouas, nous ne pouvons former qu'un vœu : celui de voir les Pays-Bas rattacher, d'une façon définitive, à leur empire malais la région occidentale de la Nouvelle-Guinée.
Saint-Cloud, 19 mai 1884.
NOTE
Au moment <le mettre sous presse, nous recevons une lettre d'un de nos amis des Pays-Bas, qui nous annonce un fait important pour la géographie de la Nouvelle-Guinée. Le résident van Morris Braam aurait remonté, au mois de juillet 1884, le lleuvc Amberno jusqu'au 2°20' de latitude Sud, soit sur un parcours de un degré depuis ses embouchures. Malheureusement, son bateau échoua sur un banc de sable, et, sans la crue subite du fleuve, le résident n'aurait pas pu revenir jusqu'à la côte.