DU RÉSIDENT DE TERNATE YAN BRAAM MORRIS
Sur le navire à vapeur SING TJIN. Du 21 Août au 21 Septembre 1883.
Le but de ce voyage étail de montrer le pavillon néerlandais dans les principales localités de la côte nord de la Nouvelle-Guinée soumise à l'autorité des Pays-Bas; en même temps on devait arranger les différends qui auraient pu s'élever entre les indigènes ou entre leurs cliefs.
Le résident était accompagné par le contrôleur Mo- Qod de Froideville ; par un prince de Tidore; par le Capitaine-laut de cette ile et par son secrétaire.
En quittant Ternate, le Sing Tjin se dirigea directement, en passant par le détroit de Sagcwien, sur les îles Mapia où il arriva le 28 août; la longitude de ces îles est définitivement fixée par le lieutenant de Medenbach à 134° 23' 9". Il résulte aussi du rapport de cet officier que les soi-disant îles Stephen n'existent pas, relieur provenant de ce qu'on a souvent pris le groupe de Meskarovar pour ces dernières. Comme il n'y avait rien à régler aux Mapia le Sing Tjin partit le même soir
pour Dorei et Korrido. Le 2 septembre il arrivail devant
l'ile Jamma où l'on comptait prendre un pilote pour la baie de Humboldt. On y trouva, en effet, un individu portant le titre de korano et qui comprenait le malais ainsi que les dialectes parlés dans les baies de Walkenaer et de Sadipi ; ceux de la baie de Humboldt lui étaient inconnus. Il se laissa engager sans difficultés et sans se faire prier. Jamma, Merat de Dumont d'Urville, est une petite Ile ne produisant rien, mais c'est là que les maisons Bruijn et Duivenbode de Ternate envoient deux fois par an des schooners pour y prendre des cargaisons de kopra; ce produit est récolté par les habitants de la côte situés au sud. Ceux-ci construisent leurs maisons sur la terre ferme et possèdent un de ces temples si curieux dont plusieurs voyageurs ont parlé.
Le même jour on quitta Jamma, et vers le soir on jetait l'ancre devant l'embouchure d'une grande rivière qui n'était encore marquée sur aucune carte. Celle partie de la côte de la Nouvelle-Guinée est décrite comme montagneuse par Dumont d'Urville, tandis (pic le vieux navigateur hollandais Abel Tasman, qui observait si bien, disait qu'elle est basse et couverte d'arbres et qu'en outre il doit s'y trouver de nombreuses rivières1.
Comme il n'y avait que six pieds d'eau sur la barre, on remonta cette rivière le lendemain matin avec des chaloupes, et on atteignit bientôt un kampong appelé Taronta, qu'il était impossible de voir de la mer. (Mi
I. Swart. — Journal van Tasman's Reis. Amsterdam, 1860. Voir la carte originale jointe à ce journal.
arriva ensuite à une grande lagune sur laquelle se trouvent les kampongs Moppa et Karoassi. Ces trois kampongs renferment une population de 3 à 4,000 âmes et appartiennent à la tribu des Bongos, nom que quelques cartes donnent à tort à une petite île située devant la cote. Les indigènes de cette région sont très doux, ils invitèrent les Néerlandais à visiter leurs maisons construites sur l'eau. Le nombre de cocotiers qui se trouvent sur le bord de cette rivière est étonnant, aussi l'industrie du kopra est-elle très développée. On dit que 250 imix de coco valent un parang de 60 cents.
Cette rivière s'appelle Witriwaai. La profondeur de ce cours d'eau ainsi que celle de la lagune ne dépasse jamais six pieds; le courant est faible et ne produit aucune coloration dans les eaux de la mer. Des drapeaux furent donnés à chaque kampong pour être placés sur les praos.
A huit milles anglais à l'est de la rivière Witriwaai, on trouve une autre rivière appelée Wiriwaai qui également n'était marquée sur aucune carte. Celle-ci a un fort courant qui donne à la mer une coloration qui se voit encore très loin des côtes. Le résident croit que cette dernière est le bras principal d'une grande rivière, tandis que le Witriwaai n'en serait qu'un ancien bras. Un fort ressac se produit sur la côte; la rivière a 8 mètres de large et 7 pieds de profondeur. A l'embouchure se trouve le kampong appelé Karoassi, il est habité par les Bongos. Un peu plus à l'est se trouve Mawes, déjà connu; auprès, se jettent deux rivières : Barowaai et Sikiaoe.
Il est surprenant de constater que le résident ne parle pas de L'île Merkus qui doit se trouver dans celte région. Le 4 septembre, on arriva dans la baie Matterer où le korano de Jamma réussit à se procurer deux interprètes pour les pays situés plus à l'est. On visita ensuite la baie de Sadipi où l'on obtint deux intrerprètes pour la baie de Humboldt. Le ."» septembre, le Sing Tjin arrivait dans cette baie où l'on constatait que l'écusson laissé par l'équipage du Batavia, en mars 1881, avait été enlevé. Après en avoir replacé un autre sur un gros arbre et exploré la baie, le Sing Tjin se dirigea vers l'ouest en ne s'arrêtant que pour débarquer les interprètes cliez eux. Le 9 septembre, il était devant les embouchures de l'Amberno. Le premier bras qu'on rencontre est très large et visible de loin, mais la mer n'est pas chargée de limon. Sur la barre il y avait 2 brasses de profondeur et 9 à 12 derrière. Gomme il n'y a aucun courant il est probable que c'est un bras ensablé; sur ses rives on ne voit aucun kampong. Vers 4 heures de l'après-midi, on arriva devant une autre embouchure, là. la mer est fortement colorée par les eaux du fleuve. L'ile du roi Guillaume que Daïnpier aurait découverte en cet endroit, en 1700, n'existe pas. quoiqu'elle figure sur presque toutes les cartes. Le résident se trompe aussi quand il appelle cap d'Urville, le cap qui se trouve à l'ouesl de l'embouchure: celui-ci pi. île le nom de Pointe-Basse et c'est le cap situé à l'est qui doit être désigné par le nom de notre grand navigateur.
Devant celle embouchure le courant est liés fuit ri la surface de la mer es! rouverte d'une couche d'eau
douce. Le lendemain matin, le Sing Tjin essaya de remonter le courant mais, comme on ne trouva que deux brasses et demie sur la barre, on dut y renoncer. En explorant l'embouchure, avec les chaloupes, on découvrit cependant une passe de 4 brasses de profondeur, ce qui était suffisant pour le Sing Tjin. Mais comme le temps devenait trop mauvais on dut renoncer à remonter la rivière. D'après les renseignements obtenus des commandants des schooncrs de Tcrnatc, il paraîtrait que toutes les embouchures de l'Amberno qui se trouvent dans la grande baie du Geelvink n'ont pas plus de (*) pieds de profondeur, mais il est à remarquer qu'aucun voyageur européen ne les a jamais visitées. Près de la pointe d'Urvillc on aperçut quelques indigènes, mais comme on n'avait pas d'interprètes on ne put entrer en relations avec eux. En s'en retournant, le résident s'arrêta sur la côte sud de Jappen pour y régler plusieurs affaires et, le 16 septembre, il arrivait à Doréi. (Test là que le résident apprit que quelque temps auparavant on avait entendu comme le bruit de canonnades lointaines; c'étaient les derniers échos de l'éruption du Krakatau1. Avant d'arriver à Ternate, le résident s'arrêta à Salawatti et à Waigeoe.
1. Berigten van de Utrcchtsche Zendingvereeniging, 1884, p. 44.