LE FLEUVE AUGUSTA
C'est en mai 1885 que le docteur Finsch, pendant un voyagea la cote Nord-Est de la Nouvelle-Guinée, découvrit, ou plutôt vit le premier de près l'embouchure du fleuve Augusta.
Le 8 mai au matin, le docteur Finsch, qui naviguait sur le Samoa, capitaine Dallmann, sapèrent qu'à 10 milles environ à l'Ouest de l'île Volcan l'eau avait change de couleur ; qu'elle était devenue verte et que cette coloration s'étendait jusqu'à l'horizon. La ligne de séparation de cette nappe d'eau verte et de l'eau de la mer absolument bleue était marquée par une ligue d'écume blanche <jni ressemblait au ressac qui se produit autour des brisants. Cependant le capitaine Dallmann reconnut bientôtque l'eauverte ne cachait aucun récif,maisqn elle provenait d'un fleuve qui devait déboucher dans les environs. Du reste, les nombreux troncs d'arbres auxquels se trouvaient encore des bra riches avec leurs feuilles indiquaient avec certitude l'origine de ces eaux moins foncées de couleur. Après avoir longé pendant quelque
temps les bords de cette nappe d'eau verte, le capitaine Dallmann y pénétra vers 2 heures 40 et, comme on devait j'y attendre, la sonde ne trouva pas le fond. Le lendemain 9 mai, l'eau était unpeuplus claire que la veille. On De trouva pas un seul banc de coraux, ce qui prouverait que ces derniers ne peuvent vivre dans ces eaux par trop douces. A l'Ouest de la pointe Vénus on découvrit l'embouchure d'un grand fleuve : l'eau de la mer avait alors nue couleur Limoneuse très prononcée : on voyait comme la veille de nombreux arbres flottants.
Vers \ heure le Samoa était en face de l'embouchure du fleuve mais une barre sur Laquelle le ressac était très violent en défendait l'entrée.
Vers "i heures l'eau devint encore plus trouble et sa salure plus faible: <>n aperçut bientôt l'embouchure d'un second fleuve plus important (pie le premier et le Samoa jetait l'ancre dans son voisinage.
A 'i heures el demie le docteur Finsch, accompagné du pilote et de quatre rameurs, entrait dans ce Meuve avec sa baleinière et ne revenait abord qu'à la nuit tombante. On ne vit pas de barre proprement dite, il n'y avait aucun ressac, on trouva partout trois brasses d'eau. Il existe cependant un fort courant qu'on ne peut surmonter qu'avec l'aide de la voile et encore lorsque le vent est favorable. Du mouillage du navire, à 2 milles environ de l'embouchure, pour entrer dans le fleuve, il fallut une heure et demie.
Le courant peut avoir une vitesse de rt à ;> milles anglais à l'heure ce qui ferait croire que les sources de ce cours d'eau sont situées très avant dans l'intérieur; ce
i|iii le ferait croire égalemenl c'esl la grande masse de bois flottants qui parfois forment de véritables îles que ce fleuve charrie à la mer.
Le fleuve a au moins un demi-mille marin de large à son embouchure; il est probablement navigable « mais une exploration complète — ajoutait Finsch — pourrait seule fixer ce point ••.
Homme ce fleuve, qui probablement forme une voie importante pour pénétrer dans l'intérieur, parut au docteur Finsch le plus important de la Terre de l'Empereur Guillaume, il lui donna le nom de l'Impératrice Augusta.
D'après les déterminations du capitaine Dallmann l'embouchure de ce fleuve devait se trouver par :
?>n 52' latitude Sud et 144° 32' longitude Est : par conséquent, à 3 milles environ du cap Délia Torre des cartes.
L'île Blosseville, l'île Garnot et l'embouchure du fleuve sont ainsi sur une même ligne droite.
On vit quelques indigènes, mais on ne put débarquer à cause de la violence du courant.
Le phénomène du changement des eaux en cet endroit avait déjà été observé par les anciens navigateurs.
Le" juillet 1616, Schouten et Lemaire, en naviguant à l'Ouest de l'île Volcan avec leur navire Eendracht, remarquèrent que l'eau était de plusieurs couleurs, c< verte. blanche et jaune », disent leurs journaux. Cet aspect leur lit supposer que c'était l'embouchure de quelque grande rivière, car ils trouvèrent que l'eau était plus (h h ire que celle de la mer : ils ajoutent aussi qu on voyait
. flotter (les arbres qui avaient encore leurs feuilles, et qui donnaient asile à des oiseaux et à des écrevisses de nier 9.
Tasman,qui visita cette côte en 1643, décrit ce phénomène en termes identiques.
Diimont d'Urville fut à même, pendant un de ses voyages autour du monde, de constater ces laits.
Le 7 aoùl 18:27. eu traversant la grande baie qui est dominée par le mont Jullien. il sapèrent que le navire entrail t«>ul à coup dans des eaux décolorées: « Leur teinte, dit-il, était d'un vert très sale et. plus près de la côte, l<uit à l'ail jaunâtre. » Persuadé que cet accident nVlait dû qu'à la présence d'une rivière sur cette partie de la côte, il voulu! poursuivre sa route le long de la terre, mais, comme on crut apercevoir des brisants, on fut obligé de s'éloigner.
La découverte du l)r Finsch ayant excité le zèle de ses compatriotes, une petite expédition fut organisée au mois d'avril 1886 pour aller reconnaître le fleuve Augusta. Elle était commandée par le capitaine Dallmaim ; il avait avec lui le chef de station Mentzel, le Dr Schellong et un employé de la station, M. Hunstein. L'expédition s'embarqua sur le Samoa qui arriva le i avril à l'embouchure du fleuve, où il jeta l'ancre par *i hrasses de fond (3°51' latitude Sud et l i4°31 'longitude Est de Greenwich), Des indigènes vinrent de suite à bord, apportant des armes, des ornements indigènes, et surtout des poissons qu'ils voulaient faire acheter par l'équipage du navire.
Dans la matinée du .'j avril, la chaloupe à vapeur qui avait été emportée par le Samoa explora soigneusement
le petit golfe, large de i milles, dans lequel se jette le Ûeuve. Dans l'après-midi, par un très beau temps, on commença à remonter le fleuve Augusta qui, à son embouchure proprement dite vers la cote Sud du golfe, avait J mille et demi de largeur et une vitesse d'environ 3 milles et demi par heure. On put se rendre compte que la crue avait au moins de t'". 50 à 2 mètres, car les cocotiers cl les autres arbres qui ne poussent que dans des terrains secs avaient de l'eau jusqu'à cette hauteur.
Le courant très fort au milieu du fleuve rendait la navigation difticile ; aussi fut-on obligé de longer les rives de très près; mais néanmoins à une distance de 4 à b' pieds on avait encore au moins deux brasses de profondeur.
L'une des rives est couverte de hautes herbes; l'inondation y avait une étendue variant de 50 à 300 mètres de large; c'est seulement derrière cette nappe d'eau que commençait la ligne de forêts, indice de la terre ferme.
Sur l'autre rive, les arbres plongeaient dans une eau profonde de 2 à 3 brasses; très loin dans l'intérieur on apercevait encore les llols clapotant entre les troncs d'arbres.
La direction générale du fleuve est Sud-Ouest : mais, autant qu'on a pu le constater, il a de nombreuses sinuosités à l'Ouest, an Nord et à l'Est, en sorte que -mi cours, vers l'embouchure, est très tortueux.
Le premier jour, la chaloupe à vapeur remonta le lleuve pendant 0 milles, et. le soir, elle jeta l'ancre devant nu petit village qu'elle ne put cependant pas
atteindre à cause de la violence du courant . Le lendemain
matin, 6 avril, on partil A la pointe du jour pour continuer le voyage; vers midi on avait déjà parcouru 3o milles marins. La physionomie du fleuve avaii beaucoup changé, sa largeur était généralement de I mille, quelquefois moins. Le courant était aussi violent qu'à l'embouchure.
La flore des rives change en avançant dans l'intérieur. Dans le lias, on trouve YAreca Nissa et YAreca Nibung, plantes de la famille des palmiers, <|iii poussent dans les terrains marécageux. Ils sont très nombreux, ainsi que les palétuviers, dans les endroits où l'eau de mer est mélangée à l'eau (\<>\wr ; plus haut on en trouve moins et à leur place on voit des cocotiers, des casuarinas, des arbres à pain et surtout beaucoup de palmiers à sago. De hautes herbes alternant avec des broussailles ou des forcis couvrent les rives plates inondées au loin. La plaine s'étend à perle de >iie; malheureusement les débordements empêchèrent de trouver un point de débarquement; il fut complètement impossible de se frayer un chemin avec le bateau au milieu des herbes el des arbres de la forêt.
Enfin, vers une heure, on vil un village sur la rive droite: il n'était composé que de quelques huttes. Comme c'était le second qu'on découvrait, on en conclut que cette région est faiblement peuplée. Les pilotis supportant les maisons étaient plongés dans une eau profonde de deux brasses; on n'a aperçu aucun indigène dans ces habitations .qui, du reste, étaient en très mauvais état.
Bientôt cependant, on vit venir de grands et larges canots: ils étaient chargés d'hommes armés de lances.
d'arcs et de flèches. Au début, ils furent très timides et se cachèrent au milieu des arbres; mais ils revinrent bientôt, suivis par de petits canots remplis de femmes et d'enfants qui avaient été effrayés quand la chaloupe s'était avancée, mais que les perles, les étoffes rouges et autres choses analogues attiraient. Les hommes étaient grands et fortement constitués, 1res démonstratifs, mais aussi très voleurs, comme le fait remarquer le capitaine Dallmann. Leur canot n'avait pas de balancier, probablement pour naviguer plus facilement au milieu des troncs d'arbres au moment des hautes eaux. Comme la provision de charbon tirait à sa tin et que la violence du courant rendait la navigation très difficile, l'expédition rebroussa chemin dans l'après-midi. Du village, en pouvait encore voirie fleuve sur une distance de S milles dans nue direction Ouest-Sud-Ouest. Lacontrée s'étendant en amont du village n'est qu'une plaine immense. Quant aux rives, elles avaient le même aspect qu'en aval. On n'aperçut aucune montagne ou élévation de terrain.
En remontant le fleuve, on rencontra deux crocodiles^ une grande quantité de hérons blancs, des pigeons et de nombreux représentants des différentes espèces d oiseaux. Les poissons sont très abondants, surtout les anguilles; les indigènes en offrirenl beaucoup eu échange des objets qu'ils convoitaient.
En descendant, la chaloupe suivit le milieu du fleuve, en faisant de nombreux sondages. Près t\\\ village, il y avait I) brasses et demie; plus bas la profondeur variait de 7 brasses et demie à 11. Le lit du fleuve est très profond, même près des rives, et, autant qu'on a pu 1 obser-
ver, il n'existe pas de banc de sable ; on rencontra quelques petits ilôts, arrachés aux rivages par les hautes eaux, qui s'en allaient à la dérive; en revanche on ne vit jinciin arbre flottant. A l'embouchure, il n'y a pas de barre mais de chaque côté il y a des bancs de sable sur Lesquels l'eau est peu profonde; le canal qui se trouve au milieu a la bras>e-> de profondeur. De cette reconnaissance, le capitaine Dallmann concluait que le ileuve Augusta esf navigable pour des bateaux à vapeur pendant que les eaux ont leur niveau normal et que par suite c'esl une 1res bonne voie d'accès pour pénétrer dans l'intérieur. Les faits que nous allons maintenant rapporteront confirmé ce jugement.
En juillet 188ii. une autre expédition fut préparée pour remonter le Ileuve Augusta : elle était placée sous les ordres de von S< bleinitz, haut commissaire de la Nouvelle-Guinée allemande.
Elle s'embarqua sur VQttilieqm, après avoir complété sa provision de charbon et de vivres, quitta Finschhafen le 2i juillet. En outre de von Sebleinitz il y avait abord le DrKnapp, vice-consul aApia,M.Hunstein et les membres de l'expédition scientifique en Nouvelle-Guinée: les docteurs Scbrader et Hollrung.
Le 2."i juillet après-midi, YOttilie atteignait le port Constantin, où von Sebleinitz, après avoir inspecté' la station, entreprenait une excursion dans la grande plaine environnante.
Le 26, au matin, le vapeur continuait sa route, et le soir il arrivait au port llatzfeld. Ici, les membres de L'expédition gravirent une hauteur de 370 mètres qui fait
partie de la chaîne côtière. Sur cette hauteur se trouve le village de Tambero, d'où l'on a une très belle vue sur le rivage et sur l'intérieur.
Le 29, au point du jour, YOttilie quittait ce poil mdirigeant vers l'embouchure du fleuve Âugusta où elle arrivait à une heure et demie de l'après-midi. Von Schleinitz remonta le courant en suivant le côté concave des courbes du fleuve ei comme ce coté est très profond on le suivit continuellement. Le 29, on avait dépassé de 20 milles marins le point extrême atteint par le capitaine Dallmann le 5 avril précédent. Du 29 au 31 juillet, YOttilie, remonta le fleuve, tantôt à toute vapeur, tantôt à demi-vapeur. On partait le matin au lever du soleil cl on ne jetait l'ancre qu'une demi-heure après la tombée de la nuit. Quelquefois dans la matinée, on dut cependant ancrer de nouveau pendant une ou deux heures, à cause des brouillards intenses qui couvraient le fleuve. Jusqu'ici, ce n'était que rarement qu'on avait rencontré' de faibles profondeurs de deux à trois tirasses, et encore l'eau redevenait-elle profonde à peu de distance au delà.
Le Ier août après-midi YOttilie arriva dans un endroit où le fleuve, venant du Sud, s'élargit enformede lac; devant le bateau s'élevaient de magnifiques montagnes; subitement il se heurta à des hauts-fonds et en dépit de longues recherches et de nombreux sondages on neputtrouver nulle part plus de 8 à 10 pieds de profondeur. UOttilie allégée aurait pu 1res facilement passer par-dessus cet obstacle, car elle ne lire pas plus de I I pieds d'eau, mais connue on ('tait au milieu de la >,iisoii sèche, il ('lait à craindre que le niveau de l'eau ne
tombât encore plus bas et que. par suite, le chemin de retour ne fût fermé pendant plusieurs mois; en outre, eoiuiiu' le navire netait pas suffisamment approvisionné, il était dangereux de courir ce risque. Du reste, le résultat obtenu était <léjà important : en quatre jours on avait remonté et exploré un fleuve inconnu sur une longueur de 200 milles marins. On ne rencontra pas d'obstacles véritables; deux ou trois fois seulement le vapeur loucha le fond, parce que le canal d'eau profonde, qui en généra] se trouve près d'une rive du fleuve, n'y était pas ou manquait absolument.
Le 2 août, von Schleinitz, les personnes de sa suite et le capitaine Rasch, s'embarquaient dans la cbaloupe à vapeur, ils emmenaient en outre un autre bateau chargé de provisions pour quatre jours. Pendant deux jours et demi, von Schleinitz remonta le fleuve; le 4 août dans l'après-midi on dut rebrousser chemin, faute de temps et de provisions, mais avant on avait déterminé astronoiniquement la position du point atteint. La chaloupe à vapeur ne mit qu'un jour et demi pour redescendre. Le fleuve aurait pu être remonté plus loin dans le même temps si. au débutdu voyage, il n'y avait pas eu plusieurs accidents à la machine, et si la provision de charbon avait été plus forte; si on avait su que la machine faisait une aussi grande consommation de combustible on n aurait pas été obligé de faire du bois pour chauffer la chaudière : cette opération demanda beaucoup de temps, quoique tout le monde se fût mis à abattre des arbres, à les scier, à les fendre et à les embarquer.
Le 6 août, VOttilie redescendait le fleuve Augusta ;
malheureusement, malgré toutes les précautions prises, elle échoua plusieurs fois sur de hauts-fonds el la violence «lu courant l'y engageant encore davantage, rendait plus long et plus pénible le dégagement du navire Le Ûeuve avait été remonté jus«|u"à un point situé par 4°d6' de latitude Sud cl par 141°50' de longitude orientale. H es1 navigable jusqu'à ce point pour les petits navires el a une largeur moyenne de 300 à 400 mètres. D'après la quantité d'eau passant en cet endroit, il n'est pas trop hasardé de croire qu'on pourrait encore le remonter pendant .">0 à 100 milles marins. Le point extrême atteint par von Schleinitz est éloigné en ligne droite de lob" milles marins de l'embouchure du fleuve et de 74 de la cote Nord. Les frontières hollandaise et anglaise n'en sont qu'à un degré environ, soit : 60 milles marins. Jusqu'au point atteint par YOttilic le fleuve coule au milieu d'une plaine. Les rives sont uniformes, couvertes de forêts ou d'herbes hautes de quinze à vingt pieds. En certains endroits, des éclaircies laissent apercevoir quelques lointains brumeux;c'est pour cela ([n'en remontant les cent premiers milles, on était convaincu qu il n'y a pas de montagnes dans les environs. Ultérieurement, et en particulier pendant le voyage de retour, le temps ayant été plus clair, on découvrit plusieurs hauteurs : ce sont celles qui sont indiquées sur la carte. Au delà du point où fut laissé YOtli/ie, une chaîne montagneuse suit, au Sud. le cours du fleuve; de nombreux contreforts couvert-- de forêts renfermant d'excellent l>oi> de construction viennent jusiju à sa rive droite. Au .Nord, on ne vil que quelques chaînes de collines liasses donl les dernières ondii-
lations venaient mourir dans les eaux du fleuve même. 11 ne serait pas impossible que ces hauteurs se trouvassent ptès de la cote Nord, car leur éloignement n'a pu être mesuré exactement. Dans les environs du grand élargissement, en forme de lac, qiieYOttilie ne put dépasser, le fleuve traverse pendant vingt à trente milles marins des collines de gneiss, de micaschiste et de quartz; en cet endroit il a la physionomie d'un fleuve de montagne sans en avoir cependant les rapides. Au delà, il reprend son aspect de lleuve coulant au milieu (Finie plaine d allnvion.
Un des caractères de ce fleuve est qu'il ne parait pas avoir d'affluents importants. Toutes les embouchures marquées sur la carte lurent explorées, mais presque toutes n'avaient pas de courant, ce qui fait supposer que ce sont d'anciens liras dn fleuve principal, actuellement morts. L'augmentation de la température de l'eau dans ces bras conduit à la même conclusion. 11 faut beaucoup de précautions, en naviguant sur ce fleuve, pour ne pas entrer dans ces bras morts qui souvent sont situés sur le prolongement du courant principal. En revanche, on ne découvre souvent le bon canal à suivre que lorsqu'on en esl loiil prés; en général, il suffit d'observer le courant pour être renseigné. Ce fleuve est très important au point. de vue de la colonisation future « qui aura ici, dit von Schleinitz, de magnifiques champs de culture ». La Compagnie a l'intention de fonder une station dans cette région aussitôt que possible, c'est-à-dire quand on aura le personnel. Elle sera établie au point où le fleuve sort de la région montagneuse : là, on pourra recueillir sur le
régime du fleuve les renseignements indispensables pour
la future exploitation du sol et, en même temps, eette station servira de point de départ pour poursuivre l'exploration du lleuve.
Le 10 a.oul, Y Ottilie atteignait le port Hatzfeld et le 18 le port Finsch.
Le docteur Schrader ajoute encore quelques observations intéressantes à ce rapport dû à von Schleînitz : nous allons en donner les principaux passages.
Rarement on put débarquer et mettre pied à terre. Les traces laissées par les hautes eaux se trouvant en certains endroits jusqu'à 6 mètres environ au-dessus du niveau actuel du fleuve, on en conclut que, pendant la saison des pluies, les inondations s'étendent au loin sur les régions riveraines. Du reste, ce qui confirme cette supposition, c'est que les maisons des nombreux villages, échelonnés le long du fleuve, sont construites sur de gros troncs d'arbres très élevés. Les rives sont couvertes en certains endroits de palmiers à sago et de cannes à sucre sauvages. Les villages ayant souvent plus de cent maisons sont toujours entourés de cocotiers. Dans la partie supérieure du fleuve on trouve de véritables grandes forêts qui couvrent les montagnes.
D'après le docteur Schrader, c'est dans cette région que l'on doit placer le centre de la future exploitation agricole, du moins autant qu'on peut en juger d'après ce qu'on connaît déjà du pays. Les plaines du bassin inférieur du lleuve. qui ont une superficie de plusieurs centaines de kilomètres carrés, constituent un terrain très propre à l'élevage des bestiaux. La culture du
riz el (If la canne à sucre doit donner de bons résultats.
On f>ourra construire des maisons sur les petites élévations naturelles qui se trouvent partout clans cette région; celles-ci pourront servir en outre de lieux de refuge ru cas d'inondations. L'architecture des maisons différait souvent de celle déjà connue des explorateurs, (les très grandes maisons, renfermant probablement plusieurs familles, s'étendent en longues lignes le long du lleuve. Elles reposent sur de très fortes substructions et ont une espèce de pignon tout particulier de forme qui dépasse souvent le toit de trois à quatre mètres. Les indigènes son! méfiants et souvent hostiles. Les hommes vont généralement nus, tandis que les femmes, comme au port Finsch, portent un tablier-ceinture en fibres d'écorce d'arbre. On \il souvent des hommes ayant le haut du corps peint avec de l'argile rouge ou du noir très fonce. Dans quelques villages, on rencontra des individus, généralement des femmes, qui avaient le corps complètement peint d'une couleur blanc sale; on ne put savoir exactement la signification de celle mode : c'est peut-être un signe de deuil, à moins que les femmes qui la portent ne doivent être considérées comme sorcières.
Les canots,sans balancier, sont formés d'un tronc d'arbre creusé; ils sont souvent très grands et peuvent contenir jusqu'à quinze personnes. A l'avant se trouvent des ornements grossièrement peints. Gomme articles d'échange les indigènes apportaient généralement des lances ornées de vertèbres humaines, des vases d'argile, <\\\ tabac et
autres petits objets; on leur donnait en échange des étoffes, des bouteilles, des perles et, dans le haut du fleuve, des coquillages. On obtint aussi quelques crânes humains.
A l'arrivée de l'expédition dans un village, les indigènes, en signe de paix et d'amitié, tuèrent un chien, puis enfoncèrent dans le sol, la pointe la première, une lance garnie d'ornements. La même coutume a été constatée parMoresbysurla côte orientale. Leurs animaux domestiques son! : le chien, le cochon et les poules.
Les plantations des indigènes sont situées le long du fleuve; elles sont très étroites et très longues. Elles ne renferment presque exclusivement que des vains, une fois on y vil des tarros; une autre fois, quelques bananiers plantés au milieu des yams. Dans les villages du cours intérieur du Meuve, la nourriture des indigènes se compose principalement de yams et de sago.
La carte du fleuve Augusta, dressée par von Schleinitz pendant le voyage de YOttilie et qu'on trouve à la fin de la présente brochure, n'est qu'un croquis d'orientation et n'a pas la prétention d'être un levé régulier, car il n'y a que le point extrême atteint par l'expédition <jui ait pu être déterminé astronomiquement. Cependant le docteur Schrader dit qu'il y en a eu deux autres.
De ce point, jusqu'à l'embouchure du fleuve, le levé est fait à vue. Les indications relatives à la végétation, portées sur la carte, sonl dues au docteur llollrung.
Le pelil carton donne connue comparaison les deux autres grande Meuves de la Nouvelle-Guinée : Le Flv
d'après la carte de Hargrave \ le Bonito, d'après les renseignements fournis par von Ledenfeld,2 et L'Ambërno, d'après van Braam Morris :î.
1. Proceedings ofthe Geogr. Suc. of auslralasia, ISSj, 1, p. 26. 1. Mitteilungen de Petermann, 1S86, p. 61.
.'{. Bijdragen tôt de Taal-Land-en Volkenkunde van nederlandsch- Indië, 4e Série, Xe partie, Ie livraison.
Pari». — Tyf. G. Cliamerot, 19, rue des Saints-Pères. — :0SI8.
Bo JacqnhuA
l. Caiiiot