LE SPLEEN
pire éternel des hivei parvenu jusqu'au sommet
du Scheideg; je eontemplate amour de moi <l. s abîma de - ei de rochers, an milieu desquels s'élevaient qmlquee ehaieta épars, akoéa dana dea pâturages verdoyants, ou l)àiis rut le bord d'un précipite La Vierge se perdait dans les nuages, et devant elle le mont Eiger présentait le magnifique tableau de ses glaciers qui, frappés par les derniers rayons du soleil, ressemblaient à d'immenses colonnes de feu remontant vers leur source Sous mes pieds se dessinaient en miniature la gracieuse vallée de Lauttrbrunn, de Grindtlwald et à'f/as'i, ainsi que les lac- de Thoun et de Britntz , dans lesquels l'Aar vient se précipiter, après avoir long temps promené ses eaux à travers des prairies qui, à cette distance, ressemblaient à un tapis de verdure traversé par un réseau d'argent. Quelques nuages bornaient l'horizon et parcouraient le ciel azuré, comme des montagnes flottantes. A l'aspect de tant de beautés , je me livrais au sentiment d'une admiration profonde ; toutes les facultés de mon àme et de mon intelligence se portaient vers le ciel , et je me sentais at lire vers Dieu, comme tous les êtres le sont vers leur centre. Je pensais qu'il avait voulu laisser ainsi sur le globe quelques images du chaos, pour mieux faire sentir à l'homme la sublime harmonie de l'univers.
» Je me perdais dans ces grandes méditations, lorsque tout à coup un roulement semblable à celui du tonnerre et plus terrible encore , se fait entendre dans les montagnes et retentit dans les vallées. Ce bruit effrayant augmente par degrés, et mille échos le répètent. Je erois toucher au moment où toutes ces montagnes vont s'ebrauler et se précipiter les unes sur les autres ! Glaeé d'épouvante, je me lève et je descends avec rapidité, pour éviter la chute des avalanches. J'étais hors de danger, lorsque, tout à coup , j'entends pousser des cris : je me retourne et je vois sur une éminence une jeune femme éplorée qui tend vers moi des bras suppliants, n'oubliant moi-même, je
208 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOLYELLLS. reviens sur mes pas, je vole, j'arrive auprès de l'infortunée qu'un moment plus tard l'avalanche allait engloutir, et qui tombe évanouie dans mes bras. Quel spectacle, grand Dieu ! l'avalanche arrive et roule avec un épouvantable fracas ; elle est déjà suspendue sur ma tête, et c'est Laure, c'est Laure qu'il faut sauver! Je me trouve doué d'une force surnaturelle, j'emporte Laure, sans m'apercevoir du poids d'un si précieux fardeau , précipitant mes pas avec la vélocité du chamois, franchissant des crevasses d'une immense profondeur, et des abîmes qui tremblent sous mes pieds. Je ne m'arrête qu'au moment où , descendu dans la vallée, je touche à la demeure de Marie. Alors je dépose mon fardeau sur le gazon et je tombe sans connaissance accablé par la fatigue d'une si longue course et par la terreur que le danger de Laure m'a fait éprouver.
w Le bruit de l'avalanche avait été si terrible et si menaçant, que les troupeaux avaient quitté leurs chalets pour descendre dans la plaine; les oiseaux de proie même avaient déserté leurs rochers, et les villages de Grindelwald et de Lauterbrunn s'étaient vus au moment d'une totale destruction. Laure, invitée par la trompeuse sérénité du ciel , avait voulu faire une excursion dans les montagnes, pour y chercher des plantes salutaires, et elle avait été surprise par l'avalanche au milieu de ses douces occupations.
» Cependant la bonne Marie , une foule de patres descendus des montagnes, me prodiguent leurs secours. Je reviens à la vie, et je vois Laure en pleurs , assise à mes côtés, tenant une de mes mains dans les siennes et me nommant son libérateur. «Ah! Laure! lui dis-je , ne pleurez pas sur le pauvre Tom ; il est trop heureux. »
» Depuis ce jour, je ne quitte plus la cabane de Marie. 3e conduis son troupeau avec le mien ; je cultive de mes mains le champ quelle possède, et je me charge seul du soin de sa récolte. Je me donne toutes les peines que je puis éviter à Laure ; mais un sourire, un remerciement de Laure, me donnent tous les \ laisirs Les dimanches et le*
i l. SPLEEN, fêtes, c'esl moi qui la conduis bu village. Api es le sen ice divin, je me mêle aux jeux de mes camarades; je danse comme eux, j'imite leurs attitudes el leurs pas, et, le soir, je ramène Laure «luis les bras de sa m< re.
u C'était ainsi que s'écoulaient les plus heureux instants de ma vie. Je ne demandais au ciel d'autre bonheur < i u»j relui de voir Laure Jous les jours. Je nourrissais mon cœur et mon imagination de la douce espérance d'être aime ; mais cet espoir s'éteignait et renaissait tour à tour. Tantôt Laure fuyait ma présence pendant des semaines entières ; tantôt elle se rapprochait de moi, et semblait prendre un vif intérêt à ma conversation. Quelquefois ses regards semblaient attendre l'aveu de mon amour, et au moment, où cet aveu était prêt à s'échapper de mes lèvres , ils m'imposaient silence et forçaient mes sentiments à se cacher au fond de mon cœur.. Je ne pouvais l'accuser de coquetterie dans cet asile de la simplicité et de la franchise , et je ne comprenais rien à l'inconstance d'une conduite qui me paraissait pleine de caprices. Je voyais, avec une profonde inquiétude, sa santé décliner de jour en jour; son teint perdait sa fraîcheur et son éclat : des larmes baignaient souvent ses paupières, et je cherchais vainement à ramener le sourire sur ses lèvres.
Suis-je aimé de Laure? me demandais-je souvent à moimême. Ses regards, ses larmes, son trouble lorsque je lui parle, le soin qu'elle prend de m'éviter , tout devrait me faire croire à mon bonheur. Pourquoi donc serait-elle forcée de combattre un penchant si doux dans un état où le plaisir de pouvoir se livrer sans contrainte aux sentiments naturels, dédommage de toutes les privations? Laure serait-elle étrangère? Ce séjour ne serait-il pour elle qu'un lieu d'exil ? Elle parle le même langage que ses compagnes, mais elle n'a pas le même accent ; son organe est plus doux et plus flatteur , et ses idées , malgré leur simplicité , me semblent d'un ordre plus élevé. L'état qu'elle a pris n'est peut-être pour elle et pour sa mère
210 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES, qu'un état passage. Peut-être est-elle née dans un rang qu'elle regrette, et elle rougirait de n'aimer qu'un simple pâtre. L'orgueil de son éducation et de sa naissance combat des sentiments qui peut-être feraient son bonheur, si les lois de la société lui permettaient de s'y livrer sans honte et sans remords. »
» Il ne tenait qu'à moi, sans doute, de sécher les larmes que je faisais couler et de ramener le calme dans ce cœur agité ; mais, c'était comme un pauvre pâtre que je voulais être aimé. Toutes mes illusions, toutes mes espérances de félicité reposaient sur cette pensée. Je voulais inspirer un amour pur et vrai, dégagé de tout intérêt particulier, et de ces préjugés nécessaires à la conservation de l'ordre social, mais étrangers aux simples lois de la nature. Cette raison, ou plutôt ce sentiment seul m'empêchait de découvrir à Laure le secret de ma naissance et de ma fortune. J'avais sous les yeux l'exemple des bons paysans de Lauterbrunn ; ayant vécu comme eux , je voulais être aimé comme eux, sans autre intérêt que celui de l'amour.
» Cependant l'année de mon exil était révolue. Ma santé était entièrement rétablie et se fortifiait de jour en jour ; un sang pur et vif circulait dans mes veines. A mes sombres idées de destruction avaient succédé toutes les illusions, toutes les espérances de l'amour et de l'amitié. Je pensais à vous, mes chers amis ; je désirais vous revoir; mais je ne pouvais me décider à quitter un pays auquel je devais le premier de tous les biens. D'ailleurs, comment abandonner Laure, Laure malheureuse et souffrante ? J'aurais plus facilement renoncé à la vie. Ah î si Laure m'avait dit : « Tom , je consens à partager ton sort, et je veux vivre avec toi dans cette douce et paisible obscurité; «avec quel plaisir j'aurais fait le sacrifice de ma fortune pour une existence à laquelle j'étais accoutumé, et dont la tendresse de Laure eût doublé les charmes !
» Mais la plupart des événements de notre vie sont indépendants de notre volonté. Nos projets sont ballottés par
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les circonstances , eonme une ftâttte légère est le jouet <l« >i rend J'entre m wir sous la cabane <l<- Laure et de Marie. .'«• lei nois tontes deux en larmes. M nie pr< Laure contre son cœur, el s'écriait : «Oh! ma Miel ma chère fille ! qu'allons-nèua devenir? où nous réfugier, où reposer notre tête? Encore si j'étais seule , je traînerais avec résignation le peu de jours qui me restent Après avoir vu ton père immole sous mes yeux, je punirais braver tnus les malheurs, excepté les tiens, ma fille. >» Les caresses de Laure répondent aux care-ses de sa mère ; et, cherchant a ranimer le courage de Marie, elle lui dit, avec un doux sourire démenti par ses larmes : «Ne désespérons pas de la bonté du Ciel ; partout nous pourrons travailler , et le travail de mes mains fera vivre ma mère, jusqu'au jour où des événements plus heureux nous permettront de retourner dans notre patrie et de rentrer dans nos droits. Ce moment viendra bientôt peutêtre. Consolez-vous donc, mère adorée ; que votre tendresse soit sans inquiétude sur mon sort. Pourrai-je me plaindre lorsque je partagerai le vôtre, et ne serai-je pas trop heureuse si je puis radoucir? Vous savez bien que Laure n'a pas d'autre ambition »
» Ce tableau fait sur mou cœur une impression dont je ne suis pas le maître ; et sans penser à l'indiscrétion d'un zèle que je ne puis contenir , je m'élance entre Laure et Marie, je les conjure de me faire part du nouveau malheur qu'elles viennent d'éprouver ; je leur offre tous mes secours , et jusqu'à la dernière goutte de mon sang. Je peindrais difficilement l'émotion de Laure à mon aspect. Appuyant ses deux mains sur son visage pour cacher ses larmes , elle s'écrie : « Oh ! pauvre Tom ! il faut nous quitter pour jamais. — Pour jamais, Laure! Ah! plutôt mourir cent fois. Non, non, je ne vous abandonnerai qu'avec la vie. — Il le faut, continua-t-elle avec cette vivacité d'une âme qui n'a plus la force de contenir ses sentiments, il le faut,, tout nous sépare , et le ciel et le;
212 CONTES. NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. hommes. Je suis obligée de fuir cette contrée paisible , où je commençais à trouver un peu de bonheur. Oh ! Tom, puisque je dois me séparer de vous pour toujours, je l'avoue devant ce Dieu qui connaît le fond de mon cœur, vous êtes Tunique objet de mes regrets. » Aces mots, je tombe aux pieds de Laure. et, pressant une de ses mains contre mes lèvres, je m'écrie hors de moimême : «Laure, je te suivrai partout, je partagerai la destinée ; reçois le serment que je fais de t'aimer toujours. — Arrêtez, dit Marie, en jetant sur Laure et moi un regard sévère ; Tom, ma fille ne peut être à vous, Le rang que sa famille occupait en France ne lui permet pas de répondre à votre amour. Plût au ciel, ajouta-t-elle avec plus de douceur, plût au ciel que nous fussions nées dans cette vallée riante, où la même fortune, la même éducation rapprochent toutes les familles. Mais il n'en est pas ainsi, Tom. Laure est fille du comte de Blanville; le sang qui coule dans ses veines est un sang illustre qu elle déshonorerait, si elle voulait unir son sort à celui d'un pauvre pâtre. Les malheurs d'une révolution terrible nous ont expatriées et nous ont enlevé tous nos biens. J'ai vu massacrer M. de Blanville pardes brigands qu'il avait comblés de ses bienfaits, et j'ai quitté la France, non pour sauver une vie où je n'avais plus que des larmes à répandre, mais pour arracher ma fille au glaive des bourreaux. J'avais cru qu'en me retirant dans cette partie de la Suisse , au milieu des glaces et des rochers, je pourrais attendre en paix le moment où l'orage viendrait enfin à se calmer. Mais il grossit de jour en jour, il étend partout ses ravages, et semble poursuivie ses victimes jusque dans leurs retraites les plus obscures. Un décret de la république de Berne enjoint à tous les émigrés français de quitter la Suisse, et ne leur donne que trois jours pour chercher un autre asile. Hélas ! quelle partie du monde pourra nous mettre à l'abri de nos persécuteurs? »
» A ces mots, elle versa un torrent de larmes ; je m'ap-
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prochai d'elle avec respect, el je lui dis : Pardonnez, Madame , à mm pauvre pâtre des sentiments qu'il croyail légitime!. !.<• pauvre Tom se rend justice, il n'est pas digne d'ciic L'époux il»- Laure ; mais quelque soil !•• lieu de votre nouvel exil, n'oubliez p.i^ un jeune infortuné qui va penser à vous jusqu'au dernier soupir.
• Je m'éloigne, n'osant jeter sur Laure un regard où mon âme se serait dévoilée tOMt entière. Mon cœur était dans la joie; il m'avait fallu réunir toutes les forces de ma raison pour contenir mon bonheur dans de justes bornes. Dès le lendemain, au lever du soleil , je pars, je m'embarque sur le lac de Thonn , et remontant la rivière de ÏAar, j'arrive le soir même à Berne où mes projets me retiennent deux jours.
» Quand je revins à Lauterbrunn, je volai à la cabane de madame de Blanville , pour lui offrir de nouveau tous mes secours et lui faire mes adieux. Madame de Blanville vient à moi; la joie brille dans ses regards; elle me montre et me lit une lettre qu'elle vient de recevoir de Berne , et qui était conçue en ces termes : a Madame,
» Un homme à qui , sans le savoir , vous avez rendu le » service le plus important, vient d'apprendre votre situa- » lion cruelle, et son cœur en est profondément touche. » Permettez-lui, Madame , de vous offrir un asile dans sa » patrie. Partez sur-le-champ pour Londres ; n'y cherchez » pas d'autre maison que celle de sir Thomas Wentworth ; » cette maison vous appartient ; vous y trouverez tous les » secours que la plus vive reconnaissance peut offrir au » malheur et à la vertu; vous y trouverez de plus tous les » soins, tous les égards que le plus respectueux des fils » doit avoir pour la plus tendre des mères.
» Thomas Wentworth. »
» Quel coup du ciel ! s'écrie madame de Blanville ; oh ! Providence! comment ai -je pu douter un moment de ta bonté ! Je cherche vainement à me rappeler ce bon
214 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES, sir Thomas Wentworth , à qui j'ai rendu un service si important, et qu'il récompense d'une manière si généreuse et si délicate. J'ai vu beaucoup d'Anglais en France, mais je n'ai point entendu parler de sir Thomas Wentworth. Il y a quelque chose de bien extraordinaire dans cette aventure ! Qu'en pensez-vous, Tom ? que nous conseillez vous? — Si vous daignez prendre conseil d'un pauvre pâtre qui n'a vu que ses mo ntagnes , lui dis-je , vous profiterez des offres de sir Thomas Wentworth. Les circonstances sont pressantes , vous n'avez pas d'autre parti à prendre ; d'ailleurs quel intérêt aurait-il à vous tromper? Je crois qu'il mérite votre confiance. C'est un honnête homme, et un honnête homme tient toujours ce qu'il promet. — Nous ne le connaissons point — Quand vous
l'aurez vu, vous le reconnaîtrez peut-être, et si vous avez oublié le service que vous lui avez rendu, sa présence peut-être vous en fera ressouvenir. »
» Pendant cette scène , je jetais un regard sur Laure : elle ne partageait point la joie de sa mère , et seule, à l'écart, elle versait des larmes, sans prononcer un seul mot. Je m'approche d'elle, et pressant une de ses mains contre mon cœur : « Oh ! Laure ! lui dis-je , que sir Thomas Wentworth est heureux ! il peut vous offrir un asile et vous consoler ! — Me consoler ! dit Laure : ah ! Tom ! la mort de mon père et notre séparation sont deux malheurs dont je ne me consolerai jamais. »
m Ce langage porte au fond de mon âme la félicité la plus pure. Je fais mes adieux à Laure et à madame de Blanville qui doivent partir le lendemain. Je mêle des larmes de joie aux larmes de Laure, et je lui laisse croire que je pleure comme elle de regret et de douleur.
» L'instant où elles quittèrent la vallée de Lauterbrunn fut aussi le moment de mon départ. Nous prenions deux routes différentes. Ne pouvant rentrer en France sans courir les plus grands dangers , elles avaient formé le projet de traverser une partie de l'Allemagne , et de s'em-
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barquer dans un dea porti de la Hollande. ï.a Tente qu'elles avaient faite <lc leur petil i halel el «le leur troupeau leur donnai) tout l'argent nécessaire pour leur e Pour moi , comme étranger, n ayant encore rien à redouter dt la hache révolutionnaire, et désirant arriver le plus promptemenl possible dans ma patrie , je traversai de nouveau la France, et j'arrivai à Londres longtemps avant elles , attendant avec une impatience inexprimable le moment où je pourrais presser sur mon cœur deux êtres qui m'étaient devenus si chers.
» Un matin que j'étais seul dans mon cabinet, pensant à Laure , et commençant à regretter vivement qu'on excès de délicatesse m'eût empêché de la suivre, William vient enfin n'avertir que deux étrangères demandent à me parler, et qu'il les a fait entrer dans le salon. Je me lève pour voler vers madame et mademoiselle de Blanville ; mais j'éprouve une émotion si vive que mes genoux fléchissent ; mon cœur palpite avec violence, et je suis obligé de m'appuyer un instant sur le bras de William.
» Lorsque j'entre dans le salon , madame de Blanville et Laure s'approchent de moi avec autant de grâce que de noblesse. Les yeux de Laure étaient modestement baissés, et je voyais sur son front l'empreinte d'une tristesse profonde. Le trouble dont madame de Blanville ne peut se se défendre , la différence de mon costume , ce luxe dont ma fortune me permet de m'entourer, tout enfin l'empêche de me reconnaître. Elle remet entre mes mains la lettre qu'elle a reçue de Berne. Je prends cette lettre, et après avoir feint de la lire : « Oui , madame , lui dis-je , c'est moi qui ose vous offrir un asile. Ma maison, mafortune , ma vie , tout ce que je possède est à vous. J'ai promis d'avoir pour vous tous les soins , tous les égards d'un fils pour la plus tendre des mères , et je tiendrai ma parole , lors même que mademoiselle votre fille refuserait
d'unir son sort à celui du pauvre Tom » A ce nom,
une vive rougeur s'étend sur les joues de Laure. Elle lève
216 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES, sur moi des yeux étonnés , et s'écrie : « Ah! grand Dieu ! C'est Tom, c'est Tom lui-même ! » Sa surprise , celle de madame deBlanville et les transports de ma joie ne peuvent se décrire , et j'aime mieux , mes chers amis, laisser votre sensibilité deviner tout mon bonheur, que de chercher en vain des couleurs pour vous peindre des sentiments qu'aucun langage ne pourrait exprimer.
» Quelques jours après son arrivée à Londres , Laure devint lady Wentwôrth. Depuis trois ans je suis le plus heureux des époux. Les plus tendres et les plus vives affections de l'homme sont entrées dans mon cœur, et n'en sortiront jamais. Deux enfants sont les fruits d'une union si chère; je forme pour leur bonheur à venir des projets que je veux réaliser. Ma vie est occupée par des espérances, tout me sourit dans la nature , et grâce au savant docteur EUiot , je remercie tous les jours le ciel de m'avoir conservé une existence dont mon cœur apprécie tous les charmes. »
Les convives avaient écouté ce récit avec beaucoup d'attention , et comme ils aimaient sir Thomas Wentwôrth, ils avaient pris quelque intérêt , moins ta l'histoire de ses aventures qu'à celle de ses sentiments. Leurs âmes avaient été doucement émues à la peinture des sensations nouvelles d'un être qui , entraîné par le dégoût et l'ennui sur le bord de sa tombe, et transplanté comme une jeune fleur sous un ciel plus pur, dans un sol plus vigoureux, remonte par degrés de la mort à la vie , et du désespoir au bonheur. La conversation s'anime , le vin coule à grands flots ; les toasts répondent aux toasts; on boita la santé de lady Wentwôrth , de madame de Blanville , du bon Tom , de tous les habitants de Lauterbrunn , et surtout à celle du docteur EUiot. L'habile médecin se trouvait présent à cette fête , dont il était le héros , et répondit de si bonne grâce à tous les toasts des convives , qu'il fut , dit-on , le lendemain hors d'état d'aller visiter ses malades.
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LE POliTKAIT 1>E FAMILLE.
* \ 1. 1 no i i .
Je voyageais dan-; le Bas-Vendômois , pays délicieux que les amateurs de la belle nature ne visitent pas assez. Tandis que je me plaisais à contempler les riants paysages, le- sites pittoresques et variés que ce vallon charmant du Loir présente sans cesse à l'admiration du voyageur, le jour fuyait insensiblement, et je me vis surpris par la nuit dans un lieu qui m'était inconnu. Je suivis le sentier dans lequel je me trouvais engagé , ne sachant pas trop où il devait me conduire. Je n'eus pas fait un quart de lieue que j'arrivai dans un petit village entouré d'arbres et de prairies , et situé sur le penchant d'une colline. J'avais grand besoin de repos , et je cherchais de tous côtés un asile , lorsque j'aperçus vers le milieu du village une petite maison toute neuve et fort bien bâtie. Je résolus d'y entrer et d'y demander l'hospitalité. Dans une chambre très-proprement meublée , je vis une jeune personne qui , sans être jolie , avait une physionomie franche et heureuse. Le coloris de la jeunesse et de la santé brillait sur ses joues , et le sourire du contentement sur ses lèvres vermeilles. Un jeune homme de vingt-quatre à vingt-cinq ans était assis auprès d'elle , et tenait sur ses genoux un petit enfant sur lequel il attachait un regard paternel.
Je racontai mon aventure aux jeunes villageois , et soudain le mari et la femme furent sur pied pour me recevoir. Dans un instant mon souper champêtre fut préparc et servi avec une propreté qui redoublait encore
218 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. l'appétit que l'exercice m'avait donné. Bientôt je liai conversation avec le jeune homme , qui s'était assis à côté de moi, et qui répondit à toutes mes questions avec une franchise et une ingénuité qu'on ne rencontre plus guère, même au village.
Tout en causant, je promenais mes yeux autour de moi, et je ne pus cacher mon étonnement, lorsque j'aperçus un tableau qui représentait un homme d'un certain âge , décoré de la croix de Saint-Louis. « Ah ! ah ! dis-je au jeune homme, voilà un tableau que je ne m'attendais pas à trouver ici. — Il ne devrait pas y être non plus , me répondit- il. — De qui est donc ce portrait ? — C'est celui d'un brave et digne militaire , de M. de Morange , propriétaire d'un château qui n'est pas bien loin d'ici. Hélas! le pauvre homme, voilà tout ce qui reste de lui. Il est mort, et c'est bien dommage; il faisait tant de bien aux malheureux ! — Et par quel hasard , mon ami, possédez-vous le portrait de M. de Morange ? — Je m'en vais vous conter cela pendant que vous soupez, monsieur. » Je n'avais que douze ans lorsque mon père mourut. Mon père était un pauvre menuisier qui avait bien de la peine à vivre de son travail. Quelques jours après sa mort, j'allai pleurer et demander l'aumône à la porte de M. de Morange ; il prit pitié de moi, et me mit en pension pour me faire apprendre le métier de mon père. J'allais tous les dimanches chez M. de Morange ; il me comblait de bontés, et je ne sortais jamais de chez lui les mains vides. « Julien , me disait-il , sois honnête homme, sois laborieux, et je prendrai soin de ta petite fortune.... »
» Je profitai des conseils de M. de Morange, et je cherchai à m'insiruire dans mon état. Lorsque j'eus atteint ma seizième année , ce brave homme me fit venir chez lui ; et, remettant une bourse entre mes mains , il me dit : «Julien, je suis content de toi ; tout, le monde dit du bien de ta conduite. Continue à marcher dans le bon chemin, c'est le moyen d'arriver à un bon gîte. Voilà une petite
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somme que je te donne pour lai e ton I Il i ni voyager pour le perfectionner dans ton métier. Vdieu, reviens honnête homme, si tu % ■ ; i x être un joue un homme heureux , car le honneur n'est rail que pour les honnéti 8 gens »
» Je prw l'argent que ce bon If. de Morange me donna, je \\< mon petit paquet, et dès le lendemain j'- me mis eu marche. Jevoyageai pendant quatre ans de ville en ville, toujours travaillant de mon mieux et cherchante devenir lion menuisier. A vingt ans, j'eus la maladie du pays Je voulus revoirie village où j'étais né, et je revins en grande bâte, sans être plus riche que je n'étais avant mon départ, mais honnête homme et propriétaire d'un bon état, qui devait m'assurer du pain pour le reste de mes jours.
M de M orange me donna de l'ouvrage et me recommanda dans les environs. Je vivais assez bien au jour la journée et fort content de ma situation. Je n'avais pas encore été malheureux ; mais, hélas ! il fallait bien que le chagrin vint me trouver quelque jour, car Ton dit que la vie ne peut se passer sans cela. Au reste, je ne me plains pas; ce que Dieu a fait est bien fait , et ce chagrin h m'a fait plus de bien que de mal. Je devins amoureux de Colette; c'est ma femme, monsieur, que vous voyez. Elle
était jolie comme aujourd'hui, mais elle était riche;
son père était un gros fermier qui cultivait une ferme à lui, et qui possédait des prairies et des vignes , le tout en bon état. Pour moi . je n'avais que mon métier ; je gagnais trente sous par jour, et je logeais dans une petite cave que j'étais obligé de louer. Je ne pensais pas q le j'étais pauvre, car Colette m'aimait comme si j'avais été riche. Nous nous voyions souvent, et nous nous faisions l'amour en tout bien tout honneur.
» Un jour, maître Sébastien, père de Colette, m'aperçut dans le moment où je donnais uu baiser à sa fille. Il me prend à la gorge. « Que fais-tu là? me dit-il. — J'embrasse Colette. —Quoi! scélérat, tu oses te permettre....
— Sûrement, puisque Colette le veut bien. — Et tu crois que je souffrirai qu'un drôle comme toi fasse la cour à ma fille! —Pourquoi ne le souffririez-vous pas, puisqu'elle en est bien aise ? D'ailleurs je ne lui fais la cour que pour l'épouser. — Toi, l'épouser! Ah oui , on te la garde ; c'est tout juste pour toi qu'on l'a faite. Voyez donc ce vaurien, il lui faut une fille riche , à lui qui n'a pas un sillon. » Je voulus répliquer ;mais Sébastien , qui d'ailleurs est bien le meilleur homme du monde , n'attend pas ma réponse ; il lève son bâton, j'esquive le coup, et je prends bravement le parti de la retraite.
» Rentré dans ma petite cave , je réfléchis sérieusement sur ce qui vient de m'arriver, et je sens que j'ai tort d'aimer Colette. Mais c'était un tort que je ne pouvais réparer. Bientôt je ne fus occupé que de mon amour. Le chagrin me tourna la tête ; je négligeai mon travail ; mes pratiques m'abandonnèrent , et je vis le moment où j'allais manquer de tout.
» J'étais réduit au désespoir , lorsqu'il me vint dans l'idée d'aller confier mon malheur à M. de Morange. « Il est si bon ! disais-je. Il me veut du bien, il m'en a déjà fait ; peut-être prendra-t-il pitié de moi. J'arrive au château, je demande à parler au maître, et on me répond qu'il est tombé dangereusement malade. Je m'en retourne tristement chez moi, priant Dieu au fond de mon cœur de conserver le protecteur des malheureux. Le lendemain, de très-grand matin, je cours encore au château pour savoir des nouvelles de M. de Morange ; on m'apprend qu'il vient de mourir dans la nuit. Je ne vous peindrai pas ma douleur et mes regrets , je perdais tout. Je me retirai chez moi bien affligé , et conjurant l'âme de ce brave homme de prier Dieu pour le pauvre Julien.
» Au bout de quinze jours j'apprends que les héritiers sont arrivés au château, et qu'on fait une vente de tous les meubles qui lui ont appartenu. La curiosité me conduit, comme tant d'autres, à cette vente. Je vois tous les
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meubles de Muni bienfaiteur passer dans des mates étrangères . et des larmes coulenl <!<■ mes yeux , tandis que la nièce el lenevende M de Morange regardent ee spectacle avec la plus froide insensibilité. Cependant il les avait comblés de biens pendant sa vie , et leur laissait vingt mille livres de rente après sa mort. Ils vendaient tout dans la maison; ah ! si j'avais eu un oncle aBSsi bon , j'aurais tout conservé par respect pour sa mémoire.
» II y avait une demi-heure que j'étais là , et j'allais me retirer , lorsque j'entends crier : « A un écu le tableau ! à quatre francs ! à cinq livres !....» Je regarde ce tableau ; que vois-je ? le portrait de leur oncle , de leur bienfaiteur ! Mon cœur se serre , je pleure comme un enfant. « Je suis bien pauvre , dis-je en moi-même ; six francs, c'est tout ce que je possède ; mais, ce portrait , ce
portrait de l'homme qui m'a secouru, qui m'a protégé
non, non, il ne tombera point dans des mains inconnues. » Je porte l'enchère à six francs, et le tableau m'est adjugé.
» Je le détache avec transport, et je ne puis m'einpêcher de baiser cette bouche qui m'avait tant de fois souri avec bonté, ces mains qui s'étaient tant de fois ouvertes pour me secourir. J'emporte le portrait dans ma petite chambre qu'il doit embellir. Mais, en le portant , je suis étonné de sa pesanteur ; je veux le placer à la muraille, mais le clou se brise et le portrait tombe. Je le relève avec précaution, il s'était un peu déchiré par derrière, et un rouleau sortait de la toile. Je prends ce rouleau , je l'ouvre, et jugez de mon étonnement . lorsque je vois vingt-cinq doubles louis étalés devant moi. J'examine le tableau de plus près, et je vois qu'il est revêtu par derrière d'une seconde toile que je soulève, et sons laquelle je trouve une somme de mille louis , roulés comme les premiers entre les deux toiles.
» Oh ciel ! m'étriai-jc en bondissant de joie autour de
mon trésor, me voilà donc riche à présent ! J'épouserai Colette ; quel bonheur ! ce bon M. de Morange ! il ne se contente pas de donner pendant sa vie, il donne encore après sa mort. Comme ce portrait lui ressemble ! c'est lui! »
<• Cependant une idée me tourmente. « Cet argent estil bien à moi ? on m'a vendu le tableau, il est vrai , mais l'aurait-on donné pour six francs, si Ton avait su qu'il renfermait une somme de mille louis? Non, non, cet argent n'est pas à moi , il faut le porter aux héritiers de M. de 3Iorange. Pauvre Julien ! tu n'épouseras pas Colette. »
» Tandis que je fais ces tristes réflexions, je vois à terre un petit billet proprement ployé; je le ramasse, je l'ouvre, et je lis ce qui suit :
« Je connais mes héritiers, ils vendront le portrait de » leur bienfaiteur, ils me vendraient moi-même s'ils le » pouvaient. S'ils ont l'ingratitude de se défaire de ce » tableau , la somme qu'il renferme sera pour celui qui » l'aura acheté. Puisse-t-elle tomber en bonnes mains ! » Charles de Morange. »
» Ce billet me rend la vie. Je puis donc garder tout cela en conscience! j'épouserai Colette ! Le lendemain, dès le point du jour, je vole chez Sebastien. « Que viens tu faire ici? me dit le fermier d'une voix dure et d'une mine rébarbative. — Je viens vous parler. — Je n'ai rien à te dire. — Vous êtes bien fier, maître Sébastien , parce que vous possédez une petite ferme. — Qu'appelles-tu une petite ferme ! un pauvre diable qui
n'a pas le sou — Vous n'avez pas compté dans ma
bourse. — Je le crois bien ; il y a long-temps que tu n'y comptes plus toi-même. — Cela n'empêche pas que si vous voulez me vendre cette ferme qui vous donne tant d'orgueil, je la paierai peut-être aussi bien qu'un autre. — En paroles, sans doute. — En bons louis, père Sébastien, en bons louis. — Eh bien ! je te prends au mot, je
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te la donnerai môme .1 bon marché. - < ioinbjeu eu voulezvous? 1 ne bagatelle, dquze mille franc». — Allons, marché fait. — Veuz tu venir chez le notaire? couiinue Sébastien en se moquant toujours de moi. — Je lu veux bien -. partons.
1 ■ bonhomme veut s'amuser à mes dépens : nous allons tous deux cbea I»' notaire < lu village. « M. le notaire , dit Sébastien, voilà un jeune seigneur qui veut «Tacheter ma ferme et la payer comptai}! ; faites-nous le plaisir de dresser laete <l • vente, monseigneur le paiera- » Le notaire lait pas tirer l'orei le ; bientôt il lit l'acte à baute VOÎX 1 et Sebastien le signe ; je le signe à mon tour , au grand étonnement de Sebastien et du notaire. « Julien, ce n'est pas le tout de signer , dit le notaire, il faut payer maintenant. — Et voilà le hic, dit Sébastien en riant à gorge déployée. — Il est vrai que c'est un peu cher, disje à mon tour. — Il faut payer, il faut payer. — Douze mille francs tout de suite ! accordez-moi quelques jours. — Non, non, point de crédit; il faut de l'argent comptant. — Eb bien! soit; mais c'est à condition que M. le notaire va dresser un autre petit contrat par lequel Sébastien s'engagera à me donner Colette, dès l'instant que j'aurai payé. — Oh ! pour cela je le veux bien, dit en riant le fermier ; je ne risque pas beaucoup.
» Alors, je tire de ma poche les douze mille francs en beaux doubles louis que j'étale fièrement sur la table. Qui fut étonné? Sebastien et le notaire restent un instant la bouche béante. Je leur raconte l'aventure du tableau, et je leur montre le billet de M. de Morange , qui m'assure la propriété des vingt-quatre mille francs. — M. Julien, dit le notaire en m'ôtant son chapeau, je suis vraiment charmé de ce qui vient de vous arriver; j'avais bien prévu qu'un jour vous feriez fortune ; ce jour est arrivé :
je suis tout entier a votre service, et j'espère que —
M. Julien, me dit le fermier en me faisant une profonde révérence , j'ai toujours eu beaucoup d'estime et de con-
224 COUTES .NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. sidération pour vous, je vous assure. J'ai toujours dit que vous étiez un brave garçon, que vous feriez quelque chose, et j'espère que
» Le contrat de mariage est dressé tout de suite , et quelques jours après j'épousai Colette. Bientôt cette nouvelle courut tout le pays, et fit plaisir à tout le monde, excepté pourtant aux héritiers de M. de Morange. Ils prétendirent que cet argent ne m'appartenait point, parce qu'ils n'avaient voulu vendre que le tableau. Ils m'intentèrent un procès ; mais le billet de mon bienfaiteur me fit gagner ma cause. Le neveu et la nièce furent condamnés aux frais et dépens, et tout le monde se moqua de leur ingratitude et de leur avarice. Voilà deux ans que je suis le mari de Colette, et il me semble qu'il n'y a pas deux jours. Nous avons laissé mon beau-père jouir de sa ferme , et nous avons bâti cette maison où nous vivons très-heureux des fruits d'un commerce qui s'étend tous les jours, parce que nous sommes honnêtes gens.
» J'ai placé dans cette chambre le portrait de ce bon monsieur de Morange; il y restera toute notre vie. Nous apprendrons à nos enfants à chérir, à respecter l'image de l'auteur de notre petite fortune. Voyez, Monsieur, quelle bonté brille sur sa figure ! comme il nous regarde ! on croirait qu'il m'entend , et qu'il sourit de plaisir en voyant notre prospérité , ou en écoutant les louanges que lui donne ma reconnaissance. »
Tel fut le récit du bon Julien. Cette histoire m'intéressa ; je désire qu'elle paraisse agréable à ceux qui la liront , et qu'elle apprenne aux héritiers à regarder derrière leurs portraits de famille avant de les mettre à l'enchère.
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