LE COMPÈRE, POLICHINELLE
en guêtres , et un bâton à la main.
POIilCHINELLE, à part. ~-=-^~.
O che fatiga! Me voici donc à Paris par la commodité de mes sabots, comme un apprenti financier.
liE COMPÈRE , courant embrasser Polichinelle, Eh ! c'est le compère Policliiuelle !
POLICHINELLE, faisant deux pas en arrière. Vous êtes bien familier, mon ami! Est-ce que nous aurions gardé les cochons ensemble?
LE COMPÈRE. '
Je vous demande pardon , monsieur; j'ai pris votre nez pour mes fesscis : je vous croyois le Polichinelle de Paris,
POLrdHINELLE.
Non ; je suis le Polichinelle de Rome.
LE C OMPÈRE.
Quoi! vous seriez ce "Jean Polichinelle de Rome, oncle et légataire universeï„,<^ç .i^adame Perrette la Foire? -b .. >, .. uuA u: iC
POLicHlNEiLi;JÉJr""^['^ "*!
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Oui, vraiment.
LE COMPÈRE
Vous venez , sans doute , recueillir sa succession?
POLICHINELLE
C'est mon dessein j je viens tenir sa place à Paris. LE COMPÈRE, Ilù prenant la main,
Pargoi! j'en suis ravi ! Vous allez devenir mon compère; car je le suis de lous les Polichinelles passés , présenls et à venir.
POLICHINELLE
A-la-bonne-heure.
LE COMPÈRE
Avez-vous des acteurs?
POLICHINELLE
J'en ai un quarteron.
LE COMPÈRE
Sont-ils bons?
POLICHINELLE
Pas mauvais. Mais , si par bazard il s'en trouve quelqu'un qui déplaise au public, je vous le jette aussitôt au feu , et j'en fais faire un autre.
LE COMPÈRE
Cela est commode ; on se défait comme cela facilement d'un mauvais acteur.
POLICHINELLE
Et on n'est point obligé de lui faire une pension.
LE COMPÈRE
Mais , puisque vous êtes héritier de la Foire , vous jouerez donc des pièces en vaudevilles?
POLICHINELLE
Bien entendu.
58 l'ombre
liE COMPÈRE.
Vos camarades ont de la voix, apparemment?
POEICHINEIiLÈ.
Pas tant fjue moi : mais ils l'ont assez jolie,
LE COMPÈRE
\ ous me donnez envie de vonsentendre. Voyons un peu quelle voix vous avez; làchez-moi un ton seulement.
POLICHINELLE
Voulez-vous un ton majeur ou un ton minent ? LE COMPÈRE.
Celui que vous voudrez.
POLICHINELLE
Ecoulez. (Ilpette.)
LE COMPÈRE
Fi ! le vilain !
POLICHINELLE
Comment vilain ! Hé ! ne savez-vous pas bien que les pets, sont à Polichinelle, ce que les coups de batte sont à Arlequin ? Arlequin bàtonne, Polichinelle pette ', c'est ce qui les caractérise. LE COMPÈRE.
D'accord; mais donnez-moi un ton du gosier d'en-haut.
POLICHINELLE
Oui-dà. {Il prélude d'un ton fort enroué. )
LE COMPÈRE
Ah ! quelle voix !
POLICHINELLE
1 ous êtes bien délicat, compère? Il n'y en a pas une pareille à l'Opéra.
LE COMPÈRE
Ma foi, je vous conseille de renoncer à la succession.
POLICHINELLE
Pourquoi donc?
LE COMPÈRE
Hé ! que diable , vous chantez comme un crapaud. »
POLICHINELLE
Hé bien ! si nous ne pouvons pas chanter, nous parlerons.
LE COMPÈRE
Vous ne gagnerez pas de l'eau à boire. Les Parisiens , rassasiés d'opéra et de comédies , vont à la Foire prendre des vaudevilles, comme une petite goutte de cette affaire.
POLICHINELLE
Me voilà donc bien avancé,
LE COMPÈRE, regardant derrière lui d'an air effrayé.
Qu'est-ce que je vois là ?
POLICHINELLE
La vilaine figure !
LE COMPÈRE , se saiivuTit.
Eh ! c'est ic diable !
4o l'ombre