‹ ŒuvresChapitre 14 sur 229 · LE COMPÈRE, POLICHINELLE · texte numérisé non relu

LE COMPÈRE, POLICHINELLE

en guêtres , et un bâton à la main.

POIilCHINELLE, à part. ~-=-^~.

O che fatiga! Me voici donc à Paris par la commodité de mes sabots, comme un apprenti financier.

liE COMPÈRE , courant embrasser Polichinelle, Eh ! c'est le compère Policliiuelle !

POLICHINELLE, faisant deux pas en arrière. Vous êtes bien familier, mon ami! Est-ce que nous aurions gardé les cochons ensemble?

LE COMPÈRE. '

Je vous demande pardon , monsieur; j'ai pris votre nez pour mes fesscis : je vous croyois le Polichinelle de Paris,

POLrdHINELLE.

Non ; je suis le Polichinelle de Rome.

LE C OMPÈRE.

Quoi! vous seriez ce "Jean Polichinelle de Rome, oncle et légataire universeï„,<^ç .i^adame Perrette la Foire? -b .. >, .. uuA u: iC

POLicHlNEiLi;JÉJr""^['^ "*!

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Oui, vraiment.

LE COMPÈRE

Vous venez , sans doute , recueillir sa succession?

POLICHINELLE

C'est mon dessein j je viens tenir sa place à Paris. LE COMPÈRE, Ilù prenant la main,

Pargoi! j'en suis ravi ! Vous allez devenir mon compère; car je le suis de lous les Polichinelles passés , présenls et à venir.

POLICHINELLE

A-la-bonne-heure.

LE COMPÈRE

Avez-vous des acteurs?

POLICHINELLE

J'en ai un quarteron.

LE COMPÈRE

Sont-ils bons?

POLICHINELLE

Pas mauvais. Mais , si par bazard il s'en trouve quelqu'un qui déplaise au public, je vous le jette aussitôt au feu , et j'en fais faire un autre.

LE COMPÈRE

Cela est commode ; on se défait comme cela facilement d'un mauvais acteur.

POLICHINELLE

Et on n'est point obligé de lui faire une pension.

LE COMPÈRE

Mais , puisque vous êtes héritier de la Foire , vous jouerez donc des pièces en vaudevilles?

POLICHINELLE

Bien entendu.

58 l'ombre

liE COMPÈRE.

Vos camarades ont de la voix, apparemment?

POEICHINEIiLÈ.

Pas tant fjue moi : mais ils l'ont assez jolie,

LE COMPÈRE

\ ous me donnez envie de vonsentendre. Voyons un peu quelle voix vous avez; làchez-moi un ton seulement.

POLICHINELLE

Voulez-vous un ton majeur ou un ton minent ? LE COMPÈRE.

Celui que vous voudrez.

POLICHINELLE

Ecoulez. (Ilpette.)

LE COMPÈRE

Fi ! le vilain !

POLICHINELLE

Comment vilain ! Hé ! ne savez-vous pas bien que les pets, sont à Polichinelle, ce que les coups de batte sont à Arlequin ? Arlequin bàtonne, Polichinelle pette ', c'est ce qui les caractérise. LE COMPÈRE.

D'accord; mais donnez-moi un ton du gosier d'en-haut.

POLICHINELLE

Oui-dà. {Il prélude d'un ton fort enroué. )

LE COMPÈRE

Ah ! quelle voix !

POLICHINELLE

1 ous êtes bien délicat, compère? Il n'y en a pas une pareille à l'Opéra.

LE COMPÈRE

Ma foi, je vous conseille de renoncer à la succession.

POLICHINELLE

Pourquoi donc?

LE COMPÈRE

Hé ! que diable , vous chantez comme un crapaud. »

POLICHINELLE

Hé bien ! si nous ne pouvons pas chanter, nous parlerons.

LE COMPÈRE

Vous ne gagnerez pas de l'eau à boire. Les Parisiens , rassasiés d'opéra et de comédies , vont à la Foire prendre des vaudevilles, comme une petite goutte de cette affaire.

POLICHINELLE

Me voilà donc bien avancé,

LE COMPÈRE, regardant derrière lui d'an air effrayé.

Qu'est-ce que je vois là ?

POLICHINELLE

La vilaine figure !

LE COMPÈRE , se saiivuTit.

Eh ! c'est ic diable !

4o l'ombre

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