‹ ŒuvresChapitre 173 sur 229 · SCÈNE VIL PIERROT, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL PIERROT, ARLEQUIN

ARLEQUIN, d part.

Voyous à qui je m'adresserai pour avoir des

nouvelles de {Apercevant Pierrot.) Mais le

voilà lui-même.

PIERROT, à part.

Voici un drôle qui ressemble à Arlequin comme deux gouttes d'encre.

ARLEQUIN, courant embrasser Pierrot.

Eh ! bon jour, Pierrot mon ami ! c'est toi que je cherche.

PIERROT

Arlequin à Constantinople ! | i<>f • Air : O reguingué ! ô lonlanla ! il.* 4. Que de te voir je suis surpris !

Hé ! je le croyois à Paris, O reguingué' ! ô lonlanla !

Rasant toujours dans la boutique Où j'allois porter ma pratique.

J'y serois encore, mon cher, sans certaine peliie aventure de perruques égarées. Mon raaîlre

ET AT.MANZINE. 395

m'en voulut rendre responsable. Nous eûmes cnsemblelà-clessusuneviveconlcstallon.lNousprîmes pour arbitre le lieulenanl-criminel, qui, pour prévenir loule voie de lait entre les parties, voulut nous séparer. 11 condamna mon maître à demeurer dans sa boutique, et m'envoya j'BIXdÎ^ à Marseille, par la voilure de la Toùrnelle.

PIERROT, faisant V action de ramer.

Et avez-vous été long-temps à Marseille ?

ARLEQUIN

Cinq ans, ma foi. Après quoi, je m'embarquai sur un vaisseau marchand en qualité de barbiermajor, et je vins cbercner forluae en celte ville.

PIERROT

La mienne est déjà bien avancée.

Air : Les cordons hleiix. n.° 455.

Tu sauras qu'à Pïiris , dans le tehips Que j'ëtois suj, la scèue lyrique, Je connus de bous mahomelans :

Amateurs dé francoise musique.

M'ayaut fort vanté ce pays-ci •,

Ces gens m'amenèrent ,

Et me pre'scntcrent Au fameux vizir Amulald, Dont ma belle voix m'a fait le favi>ri.

AREEQUIX.

C'est ce que j'ai appris tantôt d'un de nos François. Je viens t'en féliciter et l'apprendre en mên'îctemps que, si tu t'es poussé par \i voix, moi ic me suis poussé par la figure.

39^ ACHMET

PIERROT

Comment cela ?

ARLEQUIN

Air ; Quand la mer rouge apparut, n." 864. De la veuve d'un pêcheur ,

Fringante et badine , Ayant amorce' le cœur.

Par ma bonne mine , Et de plus, pris le turban , Chez elle depuis un an ,

Je suis le pi , pi.

Je suis le lo, lo ,

Le pi, pi, lelo , lo.

Je suis le pilote

De sa galiote.

PIERROT

Je m'en réjouis, mon enfant.

ARLEQUIN

Je pêche ordinairement le long des murs du sérail, sous un grand balcon que l'on voit au bout d'une galerie, et où il vient souvent des sultanes, et quelquefois le grand-seigneur.

PIERROT

La pêche est donc bonne dans cet endroit-là?

Malepeste ! si elle est bonne ! J'y pêche de Tor, des perles et des diamants.

PIERROT

Quel conte !

ARLEQUIN

Je te parle sérieusement. Et je vais te dire de

ET AliMANZINE. Û97

quelle manière Je me suis mis en possession d« cette pêcherie.

Air du Banquet des sept sages» n.» 456.

Un soir au clairdela lune,

Ea préparant mes filets ,

Satisfait de ma fortune,

Je chantois quelques couplets;

Des mirliton , des lanière ,

Tizsflon ,flon , des lanturlu ,

Et des uogue la galère ,

Lorsque je me crus perdu,

PIERROT

Qn'arriva-t-il donc ?

ARLEQUIN

J'entendis tout- à -coup de grands éclats de rire, qui partoient du halcon. Ouf! Aussitôt je me tais; et plein de frayeur, je prends mes rames, et me mets en devoir de tirer promptement mes chausses de cet endroit-là.

PIERROT

Et toi fin.

ARLEQUIN

Mais une grosse voix se fit entendre , ( c'étoit celle du sultan ) qui me dit : demeure, pêcheur, demeure! Continue à nous réjouir. Moi, je recommençai; et croyant encore mieux faire :

Air : Ah ! Robin , tais-toi. n^* 25o. En rossignol d'Arcadie, J'entonne un dolent morcea»

D'un bel opéra nouveau ; Mais une femme me crie :

3y8 ACHMET

Ah ! pécheur , tais-toi :

Hé! fi, fi! hé! fi, fi.

Finis , je te prie,

Ton air de convoi.

PIERROT

Tu repris bien vîle tes vaudevilles ?

ARLEQUIN

Bien entendu. Et, quand j'eus achevé de chanter, pouf! il tomba dans mon bateau une bourse d'or.

PIERROT

Tête-bille !

Dès le lendemain je retourne au même endroit, je chante des bruneltes

PIERROT

Et pouf?

ARLEQUIN

Oui , j'entendis tomber à mes pieds un paquet.

PIERROT

Il y avoit dedans ?

ARLEQUIN

Un billet doux adressé à un jeune seigneur musulman , avec un collier de perles et un diamant pour le discret porteur.

PIERROT

Fort bien. Ah! voilà donc comme vous péchez vos perles ! Cela est fort bon.

ET AliMANZINE. O99

ARLEQUIN

Ce qu'il y a Je meilleur encore, c'est que Soliman prend plaisir à m'entrelenir quelquefois : à telles enseignes, qu'il m'a ordonné ce malin d'assembler ce soir tous nos pêcheurs et leurs femmes , pour chanter et danser sur le rivage , à la vue de son balcon.

PIERROT

C'est apparemment une fête qu'il veut donner à ses sultanes. Mais j'aperçois mon maître qui vient. Nous sommes un peu en affaire aujourd'hui. Sans adieu.

ARLEQUIN

Nous nous reverrons.

PIERROT

Je l'espère.

An : N'y a pas (V mal à ça. n.» 271. Et même , en cachette , Quand il te plaira.

Malgré ton prophète, L'on sirotera.

ARLEQUIN

N'y a pas d'mal à ça.

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