ARLEQUIN, LAURE
LAURE , quia entendu ces dernières paroles , lui fait la révérence , en lui disant :
Je vous remercie pour le corps en général , et pour moi eu particulier.
ARLEQUIN , «par/.
En voici une bien éveillée.
Le Sage. Tome Xy. 10
l46 LA FORCE
LiAURE.
Comment donc , camarade ? Vous me paroisscz déjà dégoûté de la profession.
ARLEQUIN
Oui, morbleu ! j'en suisdégoûté.
LAURE
Eh ! la! la ! Ne faites point tant de bruit j nous ne voulons que des gens de bonne volonté. Il n'y a qu'à vous ôter votre habit , et vous laisser aller.
ARLEQUIN
Volontiers.
JBlle se met en devoir de le déshahilîer. Arlequin la considère ; et la trouvant jolie , il lui baise d'abord la main. Elle luitire une manche ; et pendant qu^elle lui tire Vautre ^ il remet son bras dans la première. Elle revient à celle-ci j et lui tirant encore le bras de dedans , il remet Vautre dans Vautre manche ; ce qui se répète trois ou quatre fois de suite j et fait dire à Laure :
L AURE
Hé bien ! qu'est-ce que c'est donc que cela ? Nous n'avançons point.
ARLEQUIN, riant.
Hé! hé ! hé! Pardonnez-moi , cela est bien avancé.
LALRE.
Oui vraiment \
DE l'amour. i47
ARLEQUIN
Vous me faites faire des réflexions.
LAURE
Quelles réflexions ?
ARLEQUIN
Je songe qu'il n'est pas honnête à un valet d'abandonner son maître.
LAURE
Je me sais bon gré de vous faire réfléchir en garçon d'honneur.
ARLEQUIN
Ah ! jolie pendarde , vous me débauchez !
LAURE
Plaît- il?
ARLEQUIN
Vous me faites oublier les dangers de la profession.
LAURE
Vous n'en aviez qu'un à craindre, et il me semble que vous y succombez.
ARLEQUIN
Vous l'avez dit , petite voleuse ; en me déshabillant vous avez escamoté mon cœur.
LAURE
Tout de bon ?
ARLEQUIN
Je me sens déjà aussi fou que mon maître.
l48 L,A FORCE
LAURE
C'est beaucoup dire.
ARI.EQUIN.
Je vous sacrifîerois ma cousine, ma tante, ma grand-mère et toute la boutique.