LES PRÉCÉDENTS, LE MARQUIS ASCORINO
liE MARQUIS, à part.
Ho ! ho ! qu'est-ce que c'est que tous ces gensci? Mais , si je ne me trompe , je vois Lélio. Voilà Arlequin. {Haut à Lélio.) Pourquoi ce déguisement, mon iils? Que signifie cela ?
ARLEQUIN, tremblant.
Alii , ahi , ahi , ahi !
li É li I o , décontenancé.
Mon père,... Je voulois...
LE MARQUIS
Quoi? vous êtes tout déconcerté !
s PIN ET TE, au Marquis.
Seigneur, je vais vous expliquer le fait. Votre présence nous met dans le plus grand embarras du monde.
LE MARQUIS
C'est ce qu'il me semble.
SPINETTE
Nous aurions été bien aises que vous eussiez
encore lardé quelque temps.
LE MARQUIS
D'où vient?
Le Sage. Tome XV, 1 1
SPINETTE
\ OLis venez rompre nos mesures. JNous voulions faire une pièce à Isabelle.
liE MARQUIS.
Quelle pièce?
SPINETTE
I^a voici.
L É li I o , Cl part y intrigué.
Que va-t-elle dire?
SPINETTE
Lélio , en arrivant à Livourne , a rencontré Clarin , mon frère , cju'il a connu à Naples. Votre fils lui ,fait d'abord confidence du motif de son voyage. Mon frère l'amène au logis se rafraîchir. INous soupons ensemble. Entre la poire et le fromage , Lélio dit à son ami : Clarin , il me vient une idée. Au-lieu de me présenter à ma cousine, qui ne m'a jamais vu , je suis d'avis que vous y alliez pour moi, et que vous preniez mon nom. Nous nous déguiserons , votre sœur, vos valets. Arlequin et moi, en Égyptiens. JNousirons chez Isabelle, comme pour lui dire sa bonne aventure, et je me ferai connoître à la fin.
LE MARQUIS, souriant.
Quelle extravagance! Que la jeunesse est folle!
SPINETTE
Mon frère applaudit à ce beau dessein. Nous fîiisons faire les habits que vous voyez. Nous venons
DE l'amour. i65
ici. Nous ne faisons pas semblant de connoître le faux Lélio. Votre fils, qui joue son personnage à ravir , a pris galamment la main de sa cousine , et lui a dit fort spirituellement mille folies, dont elle a paru charmée.
liE MARQUIS.
Cela ne laisse pas d^êlre plaisant.
ARLEQUIN
Oui , ma foi.
SPINETTE
Oli ! voici bien le meilleur ! Ecoutez. Isabelle regardoit votre fils de temps-en-lemps, en poussant de longs soupirs , qui sembloient lai dire : Ah ! gentil Égyptien, que u'êtes-vous Lélio ?
LE M ARQUIS, 7va«^.
Ha ! ha! ha ! Je vais tout-à l'heure en rire avec ma nièce.
SriNETTE.
Donnez-vous-en bien de garde. Il n'est pas encore temps delà détromper. Nous avons pour cela concerté un dénouement qui couronnera cette galante tromperie, et dont vous serez enchanté. Mais il faudroit, seigneur, que vous eussiez la bonté de nous prêter la main.
LE MARQUIS
Oui-dà. Vous n'avez qu'à dire. Que faut-il faire ?
l64 LA FORCE
SPINETTE
Vous allez embrasser votre chère nièce.
LE MARQUIS
Bien enlendu.
SPINETTE
Vous trouverez avec elle mon frère Clarin. LE MARQUIS.
Hé bien?
SPINETTE
Vous l'embrasserez aussi comme si c'étoit voire fils.
LE MARQUIS
Volontiers.
li É L I o , à part.
Quelle imagination !
ARLEQUIN, Cl part.
Quelle femme !
SPINETTE
Soutenez la feinte jusqu'à ce soir, et laisseznous le soin du reste.
LE MARQUIS
Je serai discret.
(^ Lélio.) Va , mon fils, j'approuve ta j^alanterie. Tu tiens demoi. J'aiaussi fait dansma jeunesse des choses.... Ha ! ha !
SPINETTE
Je le croirois bien. Vous m'avez l'air d'avoir été un bon compagnon.
DE l'amour. l6i
LE MARQUIS
Je vous en assure. Mais , chut. Ma nièce vient.