‹ [Œuvres]Chapitre 119 sur 402 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

PORTIA, NERISSA, LORENZO.

PORTIA

Vous, seigneur Lorenzo, demeurez.

LORENZO

Ma présence Vient de vous attrister ; mais, madame, je pense, Que vous m'en sauriez gré si vous aviez connu Ce vertueux ami pour qui je suis venu.

PORTIA

Je sais bien qui j'oblige ; à Venise on renomme Le seigneur Antonio pour un très-galant homme. Ami de mon mari, je pense aussi qu'il faut Qu'il lui ressemble, et soit comme lui sans défaut ; Et j'aurais tout risqué pour le sauver d'un piège Où le fera tomber ce païen sacrilège.

J'espère, en m'exprimant hautement sur ce juif, Ne pas vous affliger. Je sais pour quel motif Vous avez à la hâte abandonné Venise : C'est une âme de plus qu'amour donne à l'église, N'est-ce pas? car je crois que Rachel ou Zarah Est aujourd'hui chrétienne, ou demain le sera.

LORENZO

Puisque vous savez tout, c'est Jessica, madame, (Sachez encor cela) que se nomme ma femme.

no LE MARCHAND DE VENISE.

PORTIA

Vous devriez aussi parler de sa beauté ;

Et quant à moi, je veux éprouver sa bonté :

Dites-lui de ma part, monsieur, que je la prie

De demeurer ici. Lorsque l'on se marie,

Il faut se préparer à ce grand changement

Par un peu de prière et de recueillement.

Je vais me retirer au prochain monastère

Deux jours ; — si vous voulez habiter cette terre,

Vous me rendrez service. On vous obéira

Comme à nous, à Belmont ; — tout vous appartiendra.

LORENZO

J'accepte de bon cœur cette offre gracieuse, Sa forme délicate est pour moi précieuse ; J'en suis deux fois touché, madame, et dès ce soir Jessica va se rendre à ce brillant manoir.

Usai

ue et sort.

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