‹ [Œuvres]Chapitre 125 sur 402 · BASSANIO, GRATIANO, SHYLOCK · texte numérisé non relu

BASSANIO, GRATIANO, SHYLOCK

gratiano, à Shylock.

Eh bien! quoi de nouveau sur la -place? shylock, qui, accourant, s'arrête tout à coup et reste appuyé sur sa canne à considérer Gratiano.

Personne Ne le sait mieux que vous. Qu'Abraham me pardonne ! Vous savez le secret de ma fille, et comment, Et quel Nazaréen a fait l'enlèvement?

GRATIANO

Vrai Dieu ! l'ami, je sais qu'il est dans les coutumes Des oiseaux de voler sitôt qu'ils ont des plumes.

SHYLOCK

Elle sera damnée.

GRATIANO

Oui. si c'est le démon Qui juge.

SHYLOCK

Oh ! Jessica ! ma chair et mon sang !

GRATIANO

Non.

Ton sang n'est pas si pur, ta peau n'est pas si belle.

bassanio, bas. Parle-lui d'Antonio.

shylock, poursuivant.

C'est une entant rebelle !

GRATIANO

Avez-vous ouï dire au port que les vaisseaux D'Antonio le marchand ont péri sur les eaux?

SHYLOCK

C'est encor sur mes bras une mauvaise affaire. Que ce banqueroutier songe à ce qu'il va faire! C'est un prodigue. Il ose à peine se montrer A présent au Rialto, lui qu'on veut admirer! Qu'il veille à son billet' Il avait la coutume

De me dire usurier. Le mépris, l'amertume, De ses propos joyeux à mes dépens brillait; Même il prêtait gratis; qu'il veille à sou billet!

BASSAMO.

Mais le feriez-vous suivre? Et si par quelque chance Il perdait ses vaisseaux, ses biens, sans espérance, Que feriez-vous avec sa chair?

SÎIVLOCK.

Des hameçons Peut-être pour servir à prendre des poissons. Si rien ne se nourrit de cette chair humaine, Elle me sera bonne à bien nourrir ma haine.

Croisant les deux mains en regardant fixement Eassanio.

— Il m'a couvert de boue et couvert de mépris, Et plus de la moitié d'un million me fut pris Par le tort qu'il m'a fait. Il a ri de mes pertes, II a ri de mes gains, de mes offres, couvertes Par lui pour m'écraser; il a su refroidir

Mes amis, réchauffer, animer, enhardir Mes ennemis, flétrir notre nation sainte.

Lentement et avec le ton d'une tristesse profonde.

— Et ponr quelle raison tant de fiel et d'absinthe? Parce que je suis juif! Un juif n'a-t-il donc pas

Des yeux pour voir, des pieds pour former chaque pas ,

Des organes, des sens, des passions, des peines?

Le sang n'est-il pas rouge en coulant dans ses veines?

X'est-il pas réchauffé du même été, glacé

Du même hiver que vous? Son cœur est-il placé

Différemment? Celui de vous qu'un juif outrage

Se venge ! et vous donnez des exemples de rage

A faire frissonner! Nous, pareils en tout point,

Si vous nous outragez, nous vengerons-nous point?...

Ah! docteurs en insulte, en perfide manœuvre,

Vos chrétiennes leçons, je vais les mettre en œuvre,

Et j'aurai du malheur si mes maîtres, d'un coup,

Ne sont par l'écolier surpassés de beaucoup.

BASSAMO.

Je vous apporte ici la somme tout entière Que vous doit Antonio.

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