ANTONIO, BASSANIO, GRATIANO, PORTIA, NERISSA
bassanio, à Portia qui se cache à demi. Vous nous avez sauvés d'une infortune telle, Moi surtout, que, honteux de cette bagatelle, Je voudrais vous offrir les trois mille ducats Dus au juif.
ANTONIO
Qui de nous peut faire assez de cas De vos rares talents et de votre éloquence? Que ne vous dois-je pas pour ce bienfait immense !
PORTIA
Le plaisir que j'éprouve en voyant nos succès Me paie entièrement des peines du procès; Jamais plus que cela je ne fus mercenaire.
BASSAMO.
(Quittez pour cette fois votre usage ordinaire, Acceptez quelque chpse.
PORTIA
Eh bien! je veux céder!
Je cherche ce qu'ici je vous puis demander... Vos gants... Je veux souvent les porter, en mémoire
Bassanio les ôte et les donne.
De notre grand combat et de notre victoire ;
Je prendrai même aussi cette bague... Eh bien! quoi!
Ne retirez-vous pas votre main?
BASSANIO
Non. Pour moi, Je n'oserais jamais offrir si peu de chose; Prenez plutôt, monsieur, ce que je vous propose.
PORTIA
Je ne veux rien de plus, et je sens, à la voir, Grand désir qu'elle passe et reste en mon pouvoir.
BASSANIO
Elle vaut pour moi plus, monsieur, qu'elle ne semble; J'en ferai chercher une aujourd'hui qui rassemble Autant de diamants et d'or; mais celle-ci...
PORTIA
C'est bon, ne restons pas un temps plus long ici...
BASSAMO.
Je dois vous l'avouer, je la tiens de ma femme, Qui....
PORTIA
Cette excuse-là vient d'une fort belle âme; Mais vous permettrez bien que de mon côté, moi, A ce prétexte, au moins, j'ajoute peu de foi.
BASSAMO.
Elle m'a fait jurer...
PORTIA
A moins que d'être folle, Se peut-elle irriter pour une babiole Qui ne pourrait valoir ce que pour vous j'ai fait? Adieu, sortons d'ici.
Elle sort avec Xerissa