ACTE I, SCÈNE Mil
la maréchale, Y observant.
Pensez-vous cela, monsieur le conseiller? pensezvous cela?
DÉAGEANT
De cœur et d'âme , madame.
Il salue, et se retirant près de M. Luynes, il lui dit :
Vous avez l'oreille du roi, c'est beaucoup. Mais ayez de la fermeté surtout. De la fermeté! au nom de Dieu, de la fermeté !
la maréchale. Elle s arrête en voyant Luynes, et d'un
coup d'œil le toise lui et les siens. Puis tout a coup
prend son parti et marche droit à lui. Ses pages la
quittent et restent en arrière.
{Avec tristesse.) Monsieur de Luynes, le roi a mal reçu mon mari; que vous ai-je fait?
luynes, avec hauteur.
Mais, madame, sais-je rien de ce qui se passe?
Vous me répondrez du roi, monsieur-, prenez-y garde.
LUYNES
Le roi est mon maître et le vôtre, madame.
Et la reine est sa mère, monsieur.
LUYNES
Sa mère est sa sujette.
Sujette?... Pas encore.
Luynes se retire à droite de la scène, avec ses partisans, remarquables par leurs plumes blanches. Elle lui tourne le dos et va à Thémines. Très-bas et tristement.
Écoutez-moi, Thémines. M. le Prince va sortir de chez la reine. J'ai à lui parler. Avant tout, vous m'entendez, avant tout! Regardez -moi bien, et si je laisse tomber ce gant, vous arrêterez M. le Prince. Voici l'ordre de la reine et le brevet de maréchal de France pour vous. Je suis bien malheureuse de tout cela, mon ami, bien malheureuse...
THÉMINES
Je suis capitaine des gardes et je sais mon devoir.
Je vous obéirai aveuglément, madame, bien affligé pour vous de cette nécessité.
LA MARECHALE.
Dos ménagements ! du respect i C'est le premier prince du sang.
T HEM IN ES
Eh! madame ! soyez en assurance qu'il ira à la Bastille en marchant sur des tapis. Je n*ai fait autre chose, toute ma vie qu'arrêter des princes sans leur faire le moindre mal. Rassurez-vous, j'ai la main légère.
LA MARECHALE, en ClVant.
Il est donc là! près de moi. dans la foule, ce Borgia à qui j'ai préféré Concini. C est le seul homme qui m'ait aimée du fond du cœur, je le crois: c'est le seul que j'aie aimé jamais, et je l'ai sacrifié cruellement. Il ne s'approche pas. Est-ce parce qu'il ne l'ose pas, ou ne le veut pas? J'aimerais mieux des reproches. Comment l'aborder? Quel prétexte prendre pour l'encourager?
Aux gentilshommes, très-haut.
Ah! messieurs, toujours le jeu! l'amour du jeu!
Elle va à leur groupe.
BORGIA
Pas un regard! Elle me voit et ne me reconnaît pas. Légèreté! légèreté! Le pouvoir l'enivre. Elle a tout oublié. Quand saura-t-elle que je suis marié? Quand croira-t-elle que je suis heureux, pour qu'elle souffre à son tour!... Bah! elle ne sait plus mon nom! (A Mon- <jhit. Monsieur, dites-moi, je vous prie, dans quel salon est la reine?
Il cause bas avec lui.