‹ [Œuvres]Chapitre 180 sur 402 · ACTE II, SCÈNE II. 2M · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 2M

Et que voulez-vous de moi aujourd'hui , niuilre Picard, qui ne me donnez pas la main?

PICARD

Je voudrais savoir si notre ami M. de Borgia . ce gentilhomme qui demeure ici, ne viendra pas bientôt.

SAMUEL

Devait-il venir sitôt?

PICARD

Il devait m'attendre; mais il a oublié l'heure.

SAMUEL

Quelle heure?

PICARD

N'importe, nous irons sans lui.

SAMUEL

Où'7

PICARD

A une œuvre qu'il sait; ne vous a-t-il pas parlé d'Isaac?

samuel, lui imposant silence.

Ah!... Taisez-vous... Allez-y sur-le-champ... Il demeure dans la première maison du Pont-au-Change. Il a six mille piques de la ligue dans ses caves... Allez..voici mon billet pour lui.

PICARD

Juif, cela ne me suffit pas. Il faut que tu me répondes du Corse.

SAMUEL

Je n'en puis répondre ; je le connais à peine , et je ne sais d'où vous le connaissez. Il loge ici depuis un mois, et vient de Florence avec sa femme.

PICARD

Voilà ce qui m'est arrivé, et comment je le connais. Je montais ma garde bourgeoise avec mes ouvriers serruriers à la porte Bussy. Je parlais à M. le prévôt des marchands et à MM. les échevins, qui me connaissent bien et depuis long-temps. — Je lui dis (c'est à M. le prévôt), je lui dis: — Soyez tranquille. Parce que, voyez-vous, il m'avait dit avant : — Faites bonne garde : on en veut à M. le Prince; les Italiens sont enragés; ce Concini perdra le roi et le royaume. — Je lui ré-

I A MARECHALE D'ANCRE.

p >nds : — Je le crois comme vous, monsieur le prévôt. Lui, il soupire, car c'est un brave homme, voyez-vous, et non pas un juif comme Concini. Ce que je dis, ce n'est pas pour vous affliger; mais à Paris nous disons cela des voleurs. Je lui réponds : — Je le crois comme vous. Comme je disais cela, passe un carrosse. Je le vois venir avec des écuyers et huit chevaux, et huit de relais courant derrière, et la livrée zinzolin * jaune et noire. Je dis aux bourgeois et aux ouvriers : Mes enfants, c'est un grand seigneur. Je ne l'offensais pas, n'est-ce pas? Il n'y a que le roi qui doive aller en poste ; mais c'est égal, puisque la reine le veut bien. Le carrosse veut passer pour aller à Lesigny; moi, je ne veux pas , et je dis : Montrez vos piques et vos mousquets aux chevaux! Les chevaux s'arrêtent. Concini met, comme ça. la tête a la portière avec ses cheveux noirs comme jais ! Je dis : Le mot de passe. — Je suis le maréchal d'Ancre. — Je dis : Le mot de passe. — Il me dit : Coquin! — Je lui dis : Monsieur le maréchal, le mot de passe ! — M. le prévôt le reconnaît et me dit : Laissez-le passer. — Je dis : C'est bon. — Il passe. Le soir, je marchais les bras croisés, comme ça, hors de la barrière, quand deux hommes... deux valets, jaunes et noirs, zinzolin toujours, méprennent, l'un à droite, l'autre a gauche, et me frappent à coups de plat d'épée... {Douloureusement .] J'aurais mieux aimé la pointe ! Je ne criais pas . car la garde bourgeoise serait venue à moi et m'aurait vu battre. Ces valets m'auraient, ma foi ! tué, comme ils y allaient... Je commençais à n'y plus voir. Passe un homme tout noir : visage noir, man-

* Voici quelques citations extraites des rares pamphlets du temps, que j'ai sous les veux, dont plusieurs étaient écrits en vers pitoyables, et par lesquels la mauvaise humeur parisienne préludait aux histoires rimée» de la Fronde. Il s'agit de la livrée de Conciui.

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