‹ [Œuvres]Chapitre 265 sur 402 · CÈ-M: VIII · texte numérisé non relu

CÈ-M: VIII

LE Di ( .

Et comment est-elle . ma femme? est-elle jolie? est*

elle agréable?

tron< iiin.

C'est la plus gracieuse personne de la terre.

LE DUC

Vraiment? je ne l'aurais pas cru: le jour où je la vis, ce n'était pas ça du tout. C'était tout empesé, tout guindé, tout raide, çâ venait du couvent, ça ne savait ni entrer ni sortir, ça saluait tout d'une pièce: de la fraîcheur seulement, la beauté du diable.

TROXCHIN.

Oh ! à présent , monsieur le duc , c'est toute autre chose.

LE DUC

Oui , oui , le chevalier doit l'avoir formée. Le petit chevalier a du monde. Je suis fâche de ne pas la connaître.

TROXCHIN.

Ah ! çà ! il faut avouer, entre nous, que vous en aviez bien la permission.

le duc, prenant du tabac pour le verser d'une tabatière d'or dans une botte a portrait.

Ça peut bien être! Je ne dis pas le contraire, docteur; mais, ma foi, c'était bien difficile, La marquise est bien la femme la plus despotique qui jamais ait vécu; vous savez bien qu'elle ne m'eut jamais laissé marier, si elle n'eût été bien assurée de moi , et bien certaine que ce serait ici , comme partout à présent , une sorte de cérémonie de famille , sans importance et sans suites.

TROXCHIN,

Sans importance , cela dépend de vous ; mais sans suites, monsieur le duc...

le duc, sérieusement.

Cela dépend aussi de moi, plus qu'on ne croit, monsieur; mais c'est mon affaire.

11 se lève et se piomrn?.

Savez-vous à quoi je pense, mon vieil ami? ce-t mie

ÙO QUITTE l»Ol'R LA PEUR.

l'honneur ne peut pas toujours être compris de la même façon.

Dans la passion le meurtre peut être sublime; mais dans l'indifférence il serait ridicule, et dans un homme d'état ou un homme de cour, par ma foi, il serait fou.

Tenez, regardez! Moi, par exemple, je sors de chez le roi. Il a eu la bonté de me parler d'affaires assez long-temps. Il regrette M. d'Orvilliers. mais il l'abandonne à ses ennemis , et le laisse quitter le commandement de la flotte avec laquelle il a battu les Anglais. Moi, qui suis l'ami de d'Orvilliers, et qui sais ce qu'il vaut, cela m'a fait de la peine; je viens d'en parler vivement, je me suis avancé pour lui. Le roi m'a écouté volontiers et est entré dans mes raisons. Il m'a présenté ensuite Franklin, ledocteur Franklin, l'imprimeur, l'Américain, l'homme pauvre, l'homme en habit gris, le savant, le sage, l'envoyé du Nouveau-Monde à l'ancien, grave comme le paysan du Danube , demandant justice à l'Europe pour son pays , et l'obtenant de Louis XVI ; j'ai eu une longue conférence avec ce bon Franklin; je l'ai vu ce matin même présenter son petit-fils au vieux Voltaire, et demander à Voltaire une bénédiction, et Voltaire ne riant pas, Voltaire étendant les mains aussi gravement qu'eût fait le souverain pontife, et secouant sa tète octogénaire avec émotion, et disant sur la tète de l'enfant : Dieu et la liberté! — C'était beau , c'était solennel, c'était grand.

Et au retour, le roi m'a parlé de tout cela avec la justesse de son admirable bon sens; il voit l'avenir sans crainte, mais non sans tristesse; il sent qu'une révolution partant de France peut y revenir. Il aide ce qu'il ne peut empêcher, pour adoucir la pente; mais il la voit rapide et sans fond, car il pense et parle en législateur quand il est avec ses amis. Mais l'action l'intimide. Au sortir de l'entretien , il m'a donné ma part dans les événements présents et à venir.

Voilà ma matinée. — Elle est sérieuse , comme vous voyez; et maintenant, en vérité, m'occuper d'une affaire de... de quoi, dirai-je? de ménage?... Oh! non! — Quelque chose de moins que cela encore... Une affaire

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