ACTE III, SCENE VIII. Û
A Chalterlon.
N'allez-vous pas rejoindre mylord?
chatterton laisse tomber ses papiers ; tout son corps frémit.
Déjà! — Ah! c'est vous! — Ah! madame! à genoux! par pitié! oubliez-moi.
KITTV BELL.
Eh! mon Dieu! pourquoi cela? qu'avez-vous fait?
Je vais partir. — Adieu! — Tenez, madame , il ne faut pas que les femmes soient dupes de nous plus long-temps. Les passions des Poètes n'existent qu'à peine. On ne doit pas aimer ces gens-là ; franchement ils n'aiment rien ; ce sont tous des égoïstes. Le cerveau se nourrit aux dépens du cœur. Ne les lisez jamais et ne les voyez pas; moi, j'ai été plus mauvais qu'eux tous.
KITTY BELL
Mon Dieu! pourquoi dites-vous : j'ai été?
Parce que je ne veux plus être Poète; vous le voyez, j'ai déchiré tout. — Ce que je serai ne vaudra guère mieux, mais nous verrons. Adieu! — Écoutez-moi !... Vous avez une famille charmante ; aimez-vous vos enfants?
KITTY BELL
Plus que ma vie, assurément.
Aimez donc votre vie pour ceux à qui vous l'avez donnée.
KITTY BELL
Hélas! ce n'est que pour eux que je l'aime.
Eh! quoi de plus beau dans le monde, ô Kitty Bell! Avec ces anges sur vos genoux , vous ressemblez à la divine charité.
KITTY BELL
Ils me quitteront un jour.
Rien ne vaut cela pour vous ! — C'est là le vrai dans
fl!8 CHATTERTON.
la vie! Voila un amour sans trouble et sans peu*. En eux es! 1»' sang de votre sang, lame de votre àme : aimez-les, madame, uniquement et par-dessus tout. Promettez-le moi !
KITTV BELL.
Dion Dieu' vos yeux sont pleins de larmes, et vous souriez.
Puissent vos beaux yeux ne jamais pleurer et vos lèvres sourire sans cesse'. 0 Kitty! ne laissez entrer en vous aucun chagrin étranger à votre paisible famille.
KITTV BELL.
Hélas! cela dépend-il de nous?
Oui! oui '.... Tl y a des idées avec lesquelles on peut fermer son cœur. — Demandez-en au quaker, il vous en donnera. — Je n*ai pas le temps, moi; laissez-moi sortir.
Il ma relie vers sa chambre KITTV BELL.
Mon Dieu ! comme vous souffrez '
Au contraire. — -le suis guéri. — Seulement j'ai la tète brûlante. Ah! bonté ! bonté ! tu me fais plus de mal que leurs noirceurs.
KITTV BELL.
De quelle bonté parlez-vous0 Est-ce de la vôtre '.'
Les femmes sont dupes de leur bonté. C'est par bonté que vous êtes venue. On vous attend là-haut! J'en suis certain. Que faites-vous ici?
kittv bell, émue profondément et l'air hagard.
A présent, quand toute la terre m'attendrait, j'y resterais.
Tout à l'heure je vous suivrai. — Adieu! adieu !
kittv bell, I ''arrêtant.
Vous ne viendrez pas ?