LES AMANTS
Heureux si nul des deux ne s'est plaint de souffrir!
Si nul des deux n'a dit : « Qu'on a peine à mourir!
Si nul des deux n'a fait, pour se lever et vivre,
Quelque effort en fuyant celui qu'il devait suivre ;
Et, reniant sa mort, par le mal égaré,
N'a repoussé du bras l'homicide adoré!
Heureux l'homme surtout s'il a rendu son âme
Sans avoir entendu ces angoisses de femme ,
Ces longs pleurs, ces sanglots, ces cris perçants et doux
Qu'on apaise en ses bras, ou sur ses deux genoux,
Pour un chagrin ; mais qui , si la mort les arrache ,
Font que l'on tord ses bras, qu'on blasphème, qu'on cache
Dans ses mains son front pâle et son cœur plein de fiel ,
Et qu'on se prend du sang pour le jeter au ciel. —
Mais qui saura leur fin!' —
Sur les pauvres muraille* D'une auberge où depuis l'on fit leurs funérailles, Auberge où pour une heure ils vinrent se poser, Ployant l'aile à l'abri pour toujours reposer, Sur un vieux papier jaune, ordinaire tenture, Nous avons lu des vers d'une double écriture ,