ONZIEME
€léijif.
Cueillons, cueillons la rose au matin de la vie; Des rapides printemps respire au moins les fleurs. Aux chastes voluptés abandonnons nos cœurs; Aimons-nous sans mesure , 6 mon unique amie !
Quand ie uocher battu par les flots irrités Voit son fi'agile esquif menacé du naufrage , Il tourne ses regards aux bords qu'il a quittés , Et regrette trop tard les loisirs du rivage. Âli! qu'il voudrait alors, au toit de ses aïeux, Près des objets chéris présens à sa mémoire, Coulant des jours obscurs, sans périls et sans gloire, N'avoir jamais laissé son pays ni ses dieux !
Ainsi l'homme , courbé sous le poids des années , Pleure son doux printemps qui ne peut revenir. Ah ! rendez-moi , dit-il , ces heures profanées ; O dieux ! dans leur saison j'oubliai d'en jouir. Il dit : la mort répond; et ces dieux qu'il implore, Le poussant au tombeau sans se laisser fléchir, Ne lui permettent pas de se baisser encore Pour ramasser ces fleurs qu'il n'a pas su cueillir.
Aimons-nous , 6 ma bien-aimée !
Et rions des soucis qui bercent les mortels ; Pour le frivole appât d'une vaine fumée , 1^1 moitié de leurs jours, hélas ' est consumée
Dans l'abandon des biens réels.
A leur stérile orgueil ne portons j)oiut envie,
Laissons le long espoir aux maîtres des humains] Pour nous , de notre heure incertains ,
Hâtons-nous d'épuiser la coupe de la vie Pendant qu'elle est entre nos mains.
Soit que le laurier nous couronne, Et qu'aux fastes sanglans de l'altière Bellone Sur le marbre ou l'airain on inscrive nos noms ; Soit que des simples fleurs que la beauté moissonne
L'amour pare nos humbles fronts; Nous allons échouer, tous, au même rivage :
Qu'importe, au moment du naufrage Sur un vaisseau fameux d'avoir fendu les airs,
Ou sur une barque légère
D'avoir, passager solitaire.
Rasé timidement le rivage des mers ?