‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 23 sur 48 · SAL'L · texte numérisé non relu

SAL'L

Ton audace à la fin a comblé la mesure :

Va, tout respire en toi la fourbe et l'imposture.

Dieu m'a promis le trône, et Dieu ne trompe pas.

LA PTTHONISSE.

Dieu promet ses fureurs à des princes ingrats.

SAUL

Crois-tu quHmpunément ta bouche ici m'outrage?

LA PYTHONISSE

Crois-tu faire d'iui Dieu varier le langage?

SAUL

Sais-tu quel sort t'attend? sais-tu...

I,\ PYTHONISSE

Ce que je sais , C'est que ton propre bras va punir tes forfaits; Et qu'avant que des cieux le flambeau se retire, Un Dieu j ustifira tout ce qu'un Dieu ni'nispire. Adieu, malheureux père! adieu, malheureux roi!

(Elle se relire, Saùl la retient par force.) SA.UL.

Non, non, perfide, arrête; écoute, et réponds-moi. C'est souffrir trop long-temps l'insolence et l'injure Je veux convaincre ici ta bouche d'imposture. Si le ciel à tes yeux a su 1rs révéler, Quels sont donc ces forfaits dont tu m'oses parler?

LA. PYTHONISSE

L'ombre les a couverts , l'ombre les couvre encore , Saùl; mais le ciel voit ce que la terre ignore. Ne tente pas le ciel.

SAUL

Non : parle si tu sais.

LA PYTnoNissr.

L'ombre de Samuel te dira ces forfaits....

POÉTIQUES. i33

SAUL

Samuel! Samuel! Eh quoi! que veux-tu dire?

LA PYTHOWISSE.

Toi-même, en traits de sang, ne peux-tu pas le lire?

SAUL

Eh bien , qu'a de commun ce Samuel et moi ?

LA PYTHON ISSE.

Qui plongea dans son sein ce fer sanglant ?

SAUL

Qui?

LA PYTHOJVISSE.

Toi!

SAUL, fuiieuK , se precipilatit sur elle avec sa lance.

Monstre, qu'a trop long-temps épargné ma clémence, Ton audace, à la fin, appelle ma vengeance!

( prêt à la frapper. )

Tiens! va dire à ton Dieu, va dire h Samuel, Comment Saiil punit ton imposture....

( Au moment o»i il va frapper, il voit l'oralire île Samuel; il laisse tomber la lance , il recule. )

O ciel !

t34 Méditations poétiques.

Ciel! que vois-je? C'est toi! c'est ton oiubre sanglante! Quel regard!... Son aspect m'a glacé d'épouvante. Pardonne, ombre fatale ! oh ! pardonne! oui, c'est moi, C'est moi qui t'ai porté tous ces coups que je voi ! Quoi ! depuis si long-temps, quoi! ton sang coule encore! Viens-tu pour le venger?... Tiens...

( Il découvre sa poitrine et tombe a gi-noux. )

Mais il s'évapore!..,

( La iiylhonisse disparail pendant ces derniers mots. )

OIX-NEUVIÉME

jBtaïufg.

Et j'ai dit dans mon cœur : Que faire de la vie? Irai-je encor, suivant ceux qui m'ont devance , Comme l'agneau qui passe où sa inère a passé, Imiter des mortels l'immortelle folie?

i36 MÉDITATIONS

L'un cherche sur les mers les trésors de Memnon , Et la vague engloutit ses vœux et son navire ; Dans le sein de la gloire où son génie aspire, L'autre meurt enivré par l'écho d'un vain nom,

Avec nos passions formant sa vaste trame, Celui-là fonde un trône, et monte pour tomber; Dans des pièges plus doux aimant à succomber, Celui-ci lit son sort dans les yeux d'une femme.

Le paresseux s'endort dans les bras de la faim ; Le laboureur conduit sa fertile charrue ; Le savant pense et lit, le guerrier frappe et tue; Le mendiant s'assied sur le bord du chemin.

Où vont-ils cependant? Ils vont où va la feuille Que chasse devant lui le souffle des hivers. Ainsi vont se flétrir dans leurs travaux divers Ces générations que le temps sème et cueille.

Ils luttaient contre lui, mais le temps a vaincu; Comme un fleuve engloutit le sable de ses rives, Je Tai vu dévorer leurs ombres fugitives. Ils sont nés, ils sont morts : Seigneur, ont-ils vécu?

POÉTIQUES. i37

Pour moi, je chanterai le maître que j'adore, Dans le bruit des cités , dans la paix des déserts , Couché sur le rivage, ou flottant sur les mers, Au déclin du soleil , au réveil de l'aurore.

La terre m'a crié : Qui donc est le Seigneur ? — Celui dont l'ame immense est partout répandue, Celui dont un seul pas mesure l'étendue, Celui dont le soleil emprunte sa splendeur;

Celui qui du néant q tiré la matière , Celui qui sur le vide a fondé l'univers. Celui qui sans rivage a renfermé les mers , Celui qui d'un regard a lancé la lumière;

Celui qui ne connaît ni jour, ni lendemain , Celui qui de tout temps de soi-même s'enfante , Qui vit dans l'avenir comme à l'heure présente , Et rappelle les temps échappés de sa main :

C'est lui , c'est le Seigneur ! Que ma langue redise Les cent noms de sa gloire aux enfans des mortels : Comme la lampe d'or pendue à ses autels , Je chanterai pour lui jusqu'à ce qu'il me brise!...

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