CINQUIÈME NOTE
Quel immense cortège, en blancs habits de dçuil s , De colline en colline , etc.
Cet épisode est historique : et , s'il ne l'était pas dans tous ses détails, qui aurait osé l'inventer?
Dans le recueil des Chants populaires de la Grèce moderne , publiés et traduits par M. C. Fauriel , on trouve le morceau suivant ;
« Le combat de la première journée ne fut pas dc- « cisif. Le second, celui du lendemain, fut terrible; « il était encore un peu incertain, lorsque soixante « femmes, voyant qu'il altait finir par l'extermination « des leurs , se rassemblèrent sur une éminence es-
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« carpée qui avait un de ses flancs taillé à pic « sur un abîme, au fond duquel un gros torrent se « brisait entre mille pointes de roc dont son lit et ses « bords étaient partout hérissés. Là elles délibérèrent « sur ce qu'elles avaient à faire pour ne pas tomber u au pouvoir des Turcs, qu'elles s'imaginaient déjà « voir à leur poursuite. Cette délibération du déses- « poir fut courte, et la résolution qui la suivit, una- « nime. Ces soixante femmes étaient , pour la plu- « part, des mères plus ou moins jeunes , ayant avec « elles leurs enfans, que les unes portaient à la ma- « melle ou dans leurs bras, que les autres prenaient « par la main. Chacune d'elles prend le sien , lui « donne le dernier baiser, et le lance ou le pousse, « en détournant la tête, dans le précipice voisin'. a Quand il n'y a plus d'enfans à précipiter , elles se <( prennent Tune et l'autre par la main , commencent <( une danse en rond, aussi près que possible du bord « du précipice, et la première d'elles, qui , le pre- « mier tour fait, arrive sur le bord, s'en élance, et « roule de roche en roche jusqu'au fond de l'horrible (f abîme. Cependant le cercle ou le chœur continue à « tourner, et, à chaque tour, une danseuse s en dc- « tache de la même manière jusqu'à la soixantième. /.c On dit que , par une sorte de prodige, il y eut
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« une de ces femmes qui ne se tua pas dans sa « chute,...»
Voilà un des prodiges d'héroïsme et d'infortune dont notre âge est chaque jour témoin... Et l'Europe regarde !!!...
Tf. •:>n
wSIXIEME NOTE.
Mai?, au luoiuent fatal du divin sacrifice " , Quand le prêtre, en ses mains élevaiU le calice, Boit le sang adoré du Martyr immortel, L'ne vierge s'élance aux marche? de l'autel', etc.
En Grèce , les oraisons funèbres ou myriologues soift prononcés par des femmes. Voici , à ce sujet, les détails donnés par M. Flauriel , dans son. Discours préliminaire des Chants populaires de la Grèce moderne ; chants qui nous semblent démontrer jusqu'ici que, si les Grecs modernes ont recouvré la valeiM' de leurs aïeux, ils sont loin encore do rappeler leiu" génie poétique. Tl v a plus de Léonidas cl Av Tbémistocles que d'Homèros et de Tyrtées.
«' î,<'s rlumts fimèbres, par les(piels on (l<'|iloi'e la
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« mort de ses proches , prennent le nom particulier V de mjriologia, comme qui dirait discours de Jameii- « talion , complaintes. Les myriologues ont , avec les (c autres chants domestiques des Grecs , cela de com- « mun , qu'ils sont d'un usage également général , « également consacré; mais ils offrent des parlicula- « rites par lesquelles ils tiennent à quelques-uns des « tfaits les plus saillans du caractère et du génie na- « tional. J'en parlerai dans un autre endroit, pour « considérer l'espèce et le degré de faculté poétique K qu'ils exigent et supposent: il n'est question ici que a de donner une idée sommaire des cérémonies fuie nèbresdont ils font partie, et auxquelles il faut tou- « JQurs les concevoir attachés.
c< Un malade vient-il de rendre le derniei' soupir, sa (' femme, ses filles, ses sœurs, celles, en un mot, de « ses plus proches parentes qui sont là, lui ferment '< les yeux et la bouche , en épanchant librement , cha- «. cune selon son naturel et sa mesure de tendresse « pour le défunt , la douleur qu'elle ressent de sa perte. « Ce premier devoir rempli , elles se retirent toutes « chez une de leurs parentes ou de leurs amies les plus « voisines. Là, elles changent de vêtemens, s'habillent c< de blanc, comme pour la cérémonie nuptiale, avec
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« cette différence qu'elles gardent la tête nue, les che- « veux épars et pendans. Tandis qu'elles changent « ainsi de parure, d'autres femmes s'occupent du mort. « Elles l'habillent, de la tête aux pieds, des meilleurs « vêtemens qu'il portait avant que d'être malade; et, a dans cet état, elles retendent sur un lit très-bas, le « visage découvert, tourné vers l'orient, et les bras « en croix sur sa poitrine.
« Ces apprêts terminés , les parentes reviennent , « dans leur parure de deuil , à la maison du défunt, a en laissant les portes ouvertes, de manière que toutes « les autres femmes du lieu, amies, voisines ou incon- « nues , puissent entrer" à leur suite. Toutes se rangent K en cercle autour du mort , et leur douleur s'exhale « de nouveau, et comme la première fois, sans règle a et sans contrainte, en larmes, en cris ou en paroles ; a à ces plaintes spontanées et simultanées succèdent « bientôt des lamentations d'une autre espèce: ce sont « les myriologues. Ordinairement c'est la plus proche « parente qui prononce lesien la première. Après elle « les autres parentes, les amies, les simples voisines, (' toutes celles, en un mot, des femmes présentes qui " veulent payer au défunt ce dernier tribut d'affection, « s'en acquittent l'une après l'autre , et quelquefois
NOTES. '^og
« plusieurs eusemble. Il n'est pas rare que , clans le (.( cercle des assistantes , il se rencontre des femmes « étrangères à la famille, qui, ayant récemment perdu « quelqu'un de leurs proches, en ont l'ame pleine, et « ont encore quelque chose à leur dire; elles voient « dans le mort présent un messager qui peut porter « au mort qu'elles pleurent un nouveau témoignage « de leurs souvenirs et de leurs regrets, et adressent « au premier un myriologue dû et destiné au second. « D'autres se contentent de jeter au défunt des bou- « quets de fleurs ou divers menus objets qu'elles le « prient de vouloir bien remettre , dans l'autre monde , M à ceux des leurs qu'elles y ont.
« L'effusion des myriologues dure jusqu'au mo-
« ment où les prêtres viennent chercher le corps pour
cf le conduire à la sépulture , et se prolonge jusqu'à
ic l'arrivée du convoi funèbre à l'église. Ils cessent
« durant les prières et les psalmodies des prêtres,
u pour recommencer au moment où le corps va être
« mis en terre.
c( Quand quelqu'un est mort à l'étranger, on place « sur le lit funèbre un simidacre de sa personne, et « l'on adresse à cette image les mêmes lamentations
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« que l'on adresserait au vrai cadavre. Les mères font « aussi des niyriologues syi- les cnfans en bas âge « qu'elles perdent, et ils sont souvent du pathétique (c le plus gracieux. Le petit mort y est regretté sous « l'emblème d'une plante délicate, d'une fleur, d'un « oiseau, ou de tout autre objet naturel assez char- « mant j)Our que l'imaginalion d'une mère se com- (f j)laise à y comparer son enfant.
i< Les myriologues sont toujours chantés et com- « posés par des femmes. Les adieux des hommes sont u simples et laconiques. Je n'ai jamais entendu parler « d'un myriologue prononcé par un homme. Dans la « Grèce asiatique , il y a des femmes myriologistes de (.< profession , que l'on appelle au besoin , moyennant « un salaire, pour faire et chanter les myriologues, « ou, poui' mieux dire, ce qui en tient lieu. »
I C/ianIs populaires de Ui Grèce moderne. >