‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 6 sur 48 · QUATRIÈME · texte numérisé non relu

QUATRIÈME

Cû ôûgfssf.

O vous qui passez comme lombre Par ce triste vallon de pleurs , Passagers sur ce globe sombre , Hommes! mes frères en douleurs,

Ecoutez : voici vers Solime Un son de la harpe sublime Qui charmait l'écho du Thabor :

Sion en frémit sous sa cendre , Et le vieux palmier croit entendre La voix du vieillard de Ségor.

Insensé le mortel qui pense ; Toute pensée est une erreur :

Vivez, et mourez en silence; Car la parole est au Seigneur.

Il sait pourquoi flottent les mondes; Il sait pourquoi coulent les ondes , Pourquoi les cieux pendent sur nous , Pourquoi le jour brille et s'efface, Pourquoi l'homme soupire et passe :

Et vous, mortels, que savez-vous?

Asseyez-vous près des fontaines Tandis qu'agitant les rameaux , Du midi les tièdes haleines Font flotter l'ombre sur les eaux ; Au doux murmure de leurs ondes Exprimez vos grappes fécondes Où rougit l'heureuse liqueur;

Et de main en main sous vos treilles Passez-vous ces coupes vermeilles Pleines de l'ivresse du cœur.

Ainsi qu'on choisit une rose Dans les guirlandes de Sârons , Choisissez une vierge éclose Parmi les lis de vos vallons :

Enivrez-vous de son haleine; Écartez ses tresses d'ébène , .

Goûtez les fruits de sa beauté.

Vivez, aimez, c'est la sagesse :

Hors le plaisir et la tendresse Tout est mensonge et vanité.

Comme un lis penché par la pluie Courbe ses rameaux épi ores , Si la main du Seigneur vous plie.

Baissez votre tête , et pleurez.

Une larme à ses pieds versée Luit plus que la perle enchâssée Dans son tabernacle immortel ; Et le cœur blessé qui soupire Rend un son plus doux que la Ivre Sous les colonnes de l'autel.

Les astres roulent en silence Sans savoir les routes des cieux ; Le Jourdain vers l'abîme immense Poursuit son cours mystérieux; L'aqu'ilon, d'une aile rapide, Sans savoir où l'instinct le guide, S'élance et court sur vos sillons; Les feuilles que l'hiver entasse , Sans savoir oii le vent les chasse , Volent en pâles tourbillons.

Et vous, pourquoi d'un soin stérile Empoisonner vos jours bornés?

Le jour présent vaut mieux que mille Des siècles qui ne sont pas nés.

Passez, passez, ombres légères, Allez, où sont allés vos pères, Dormir auprès de vos aïeux.

De ce lit où la mort sommeille On dit qu'un jour elle s'éveille Comme l'aurore dans les cieux.

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