SIXIEME
C€ôpnt ^f Diai.
A L. DE y***.
Le feu divin qui nous consume Ressemble à ces feux indiscrets Qu'un pasteur imprudent allume Aux bords des profondes forêts :
Tant qu'aucun souffle ne l'éveille, L'humble foyer couve et sommeille; Mais s'il respire l'aquilon , Tout à coup la flamme engourdie S'enfle , déborde ; et l'incendie Embrase un immense horizon 1
O mon ame ! de quels rivages Viendra ce souffle inattendu?
Sera-ce un enfant des orages, Un soupir à peine entendu?
Viendra-t-il , comme un doux zéphyre, Mollement caresser ma lyre , Ainsi qu'il caresse une fleur?
Ou sous ses ailes frémissantes Briser ces cordes gémissantes Du cri perçant de la douleur ?
Viens du couchant ou de l'aurore, Doux ou terrible au gré du sort :
Le sein généreux qui t'implore Brave la souffrance ou la mort !
Aux cœurs altérés d'harmonie Qu'importe le prix du génie?
Si c'esl la mort, il faut motu'ir!.,.
On dit que la bouche d'Orphée , Par les flots de l'Èbre étouffée , Rendit un immortel soupir.
Mais soit qu'un mortel vive ou meure , Toujours rebelle à nos souhaits, Tj'Esprit ne souffle qu'à son heure, Et ne se repose jamais.
Préparons-lui des lèvres pures , Un œil chaste, un front sans souillures, Comme, aux approches du saint lieu , Des enfans, des vierges voilées, Jonchent de roses effeuillées La route où va passer un Dieu !
Fuyant des bords qui l'ont vu naître.
De Laban l'antique berger
Un jour devant lui vit paraître
Un mystérieux étranger :
Dans l'ombre, ses larges prunelles
Lançaient de pâles étincelles ,
Ses pas ébranlaient le vallon ;
Le courroux gonflait sa poitrine,
Et le souffle de sa narine
Résonnait comme l'aquilon.
Dans un formidable silence
Us se mesurent un moment;
Soudain l'un sur l'autre s'élance,
Saisi d'un même emportement :
Leurs bras menaçans se replient,
Leurs fronts luttent, leurs membres crient,
Leurs flancs pressent leurs flancs pressés ;
Comme un chêne qu'on déracine,
Leur tronc se balance et s'incline
Sur leurs senoux entrelacés.
Tous deux ils glissent dans la lutte.
Et Jacob enfin terrassé Chancelle, tombe, et^ans sa chute Entraîne l'ange renversé :
Palpitant de crainte et de rage , Soudain le pasteur se dégage Des bras du combattant des cieux , L'abat, le presse, le surmonte, Et sur son sein gonflé de honte Pose un genou victorieux !
Mais sur le lutteur qu'il domine Jacob encor mal affermi, Sent à son tour sur sa poitrine
Le poids du céleste ennemi :
Enfin , depuis les heures sombres Où le soir lutte avec les ombres, Tantôt vaincu, tantôt vainqueur, Contre ce rival qu'il ignore 11 combattit jusqu'à l'aurore...
Et c'était l'Esprit du Seigneur!
Attendons le souffle suprême Dans un repos silencieux; Nous ne sommes rien de nous-même Qu'un instrument mélodieux.
Quand le doigt d'en-haut se retire, Restons muets comme la lyre Qui recueille ses saints transports; Jusqu'à ce que la main puissante Touche la corde frémissante Où dorment les divins accords.