VINGT-CINQUIÈME
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Oui, j'ai quitté ce port tranquille, Ce port si long-temps appelé, Où, loin des ennuis de la ville, Dans un loisii* doux et facile,
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Sans bruit mes jours auraient coulé.
J'ai (juitté l'obscure vallée , Le toi champêtre d'un ami; Loin des bocages de Bissy , Ma muse , à regret exilée , S'éloigne, triste et désolée, Du séjour qu'elle avait choisi.
Nous n'irons plus dans les prairies, Au premier rayon du matin, Egarer, d'un pas incertain, Nos poétiques rêveries.
Nous ne verrons plus le soleil Du haut des cimes d'Italie Précipitant son char vermeil.
Semblable au père de la vie , Rendre à la nature assoupie Le premier éclat du réveil.
Nous ne goûterons plus votre ombre, Vieux pins, l'honneur de ces forêts, Vous n'entendrez plus nos secrets; Sous cette grotte humide et sombre Nous ne chercherons plus le frais ; Et, le soir, au temple rustique, Ouand la cloche mélancoli([uc
POETIQUES. \6ç)
Appellera tout le hameau ,
Nous n'irons plus à la prière,
Nous courber sur la simple pierre,
Qui couvre un rustique tombeau.
Adieu, vallons! adieu, bocages!
Lac azuré , roches sauvages ,
Bbis touffus, tranquille séjour.
Séjour des heureux et des sages.
Je vous ai quittés sans retour!
Déjà ma barque fugitive.
Au souffle des zéphyrs trompeurs ,
S'éloigne à regret de la rive
Que m'offraient des dieux protecteurs.
3 'affronte de nouveaux orages ;
Sans doute à de nouveaux naufrages
Mon frêle esquif est dévoué;
Et pourtant, à la fleur de l'âge.
Sur quels écueils, sur quel rivage,
Déjà n'ai-je pas échoué?
Mais d'une plainte téméraire
Pourquoi fatiguer le destin?
A peine au milieu du chemin ,
Faut-il regarder en arrière ?
Mes lèvres à peine ont goûte
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Le calice amer de la vie, Loin de moi je l'ai rejeté; Mais l'arrêt cruel est porté :
Il faut boire jusqu'à la lie !
Lorsque mes pas auront franchi Les deux tiers de notre carrière , Sous le poids d'une vie entière Quand mes cheveux auront blanchi , Je reviendrai du vieux Bissy Visiter le toit solitaire, Où le ciel me garde un ami.
Dans quelque retraite profonde, Sous les arbres par lui plantés, Nous verrons couler comme Tonde La fin de nos jours agités.
Là, sans crainte et sans espérance, Sur notre orageuse existence Ramenés par le souvenir, Jetant nos regards en arrière, Nous mesurerons la carrière Qu'il 'aura fallu parcourir.
Tel un pilote octogénaire.
Du haut d'un rocher solitaire ,
Le soir, tranquillement assis, Laisse au loin égarer sa vue , Et contemple encor l'étendue Des mers qu'il sillonna jadis.