PREMIERE
HARMONIE
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ÉLèvE-TOi, mon ame, au-dessus de toi-même,
Voici l'épreuve de ta foi !
Que l'impie assistant à ton heure suprême
Ne (lise pas : Voyez, il tremble comme moi
La voilà , cette heure suivie Par l'aube de l'éternité , Cette heure qui j uge la vie Et sonne l'immortalité; Et tu pâlirais devant elle?
Ame à l'espérance infidèle !
Tu démentirais tant de jours, Tant de nuits, passés à te dire, Je vis, je languis, je soupire!
Ah ! mourons pour vivre toujours
Oui, tu meurs! déjà ta dépouille De la terre subit les lois , Et de la fange qui te souille Déjà tu ne sens plus le poids ; Sentir ce vil poids c'était vivre !
Et le moment qui te délivre , Les hommes l'appellent mourir ! Tel un esclave libre à peine Croit qu'on emporte avec sa chaîne
Ses bras qu'il ne sent plus souffrir !
Ah ! laisse aux sens, à la matière, Ces illusions du tombeau !
Toi , crois-en à ta vie entière , A la foi qui fut ton flambeau !
Crois-en à cette soif sublime , A ce pressentiment intime Qui se sent survivre après toi !
Meurs , mon ame , avec assurance ; L'amour, la vertu, l'espérance.
En savent plus qu'un jour d'effroi !
Qu'était-ce que ta vie? Exil, ennui, souffrance.
Un holocauste à l'espérance , Un long acte de foi chaque jour répété! Tandis que l'insensé buvait à plein calice , Tu versais à tes pieds ta coupe en sacrifice. Et tu disais : J'ai soif, mais d'immortalité !
Tu vas boire à la source vive
D'où coulent les temps et les jours, Océan sans fond et sans rive, Toujours plein, débordant toujours!
L'astre que tu vas voir éclore Ne mesure plus par aurore La vie , hélas ! prête à tarir , Comme l'astre de nos demeures Qui n'ajoute au présent des heures Qu'en retranchant à l'avenir!
Oublie un monde qui s'eftacCy Oublie une obscure prison, Que ton regard privé d'espace Découvre enfin son horizon !
Vois-tu ces voûtes azurées Dont les arches démesurées S'entr'ouvrent pour s'étendre encor.* Bientôt leur courbe incalculable Te sera ce qu'un grain de sable Est au vol brûlant du condor!
Tu vas voir la céleste armée
Déployer ses orbes sans fin ,
Comme une poussière animée
Qif agite le souffle divin !
Ces doux soleils dont ta paupière
Devinait de loin la lumière
Vont s'épanouir sous tes yeux ,
Et chacun d'eux dans son langage
Va te saluer au passage
Du grand nom que chantent les cieuxl
Tu leur demanderas les rêves Que ton cœur élançait vers eux.
Pendant ces nuits où tu te lèves Pour te pénétrer de leurs feux !
Tu leur demanderas les traces Des êtres chéris dont les places Restèrent vides ici-bas, Et tu sauras sur quelle flamme Leur ame arrachée à ton ame En montant imprima ses pas 1
Tu verras quels êtres habitent
Ces palais flottans de l'ëther
Qui nagent, volent, ou palpitent,
Enfans de la flamme ou de l'air.
Chœurs qui chantent, voix qui bénissent,
Miroirs de feu qui réfléchissent,
Ailes qui voilent Jéhova!
Poudre vivante de ce temple.
Dont chaque atome le contemple.
L'adore et lui crie : Hosanna !
Dans ce pur océan de vie Bouillonnant de joie et d'amour, La mort va te plonger ravie Comme une étincelle au grand jour!
Sor flux vers l'éternelle aurore Va te porter, obscure encore, Jusqu'à l'astre qui toujours luit, Comme un flot que la mer soulève Roule aux bords où le jour se lève Sa brillante écume, et s'enfuit !
Détestais-tu la tNiannle,
Adorais-tu la liberté, De l'oppression impunie Ton œil était-il révolté; Avais-tu soif de la justice, Horreur du mal , honte du vice ; Versais-tu des larmes de sang Quand l'imposture ou la bassesse Livraient l'innocente faiblesse Aux serres du crime puissant;
Sentais-tu la lutte éternelle Du bonheur et de la vertu , Et la lutte encor plus cruelle Du cœur par le cœur combattu ; Rougissais-tu de ce nom d'homme Dont le ciel rit , quand l'orgueil nomme Cette machine à deux ressorts , L'un de boue et l'autre de flamme, Trop avili s'il n'est qu'une ame , Trop sublime s'il n'est qu'un corps ;
Pleurais-tu quand la calomnie
lo HARMONIES POÉTIQUES
Souillait la gloire de poison, Ou quand les ailes du génie Se brisaient contre sa prison; Pleurais-tu lorsque Philomèle, Couvant ses petits sous son aile, Tombait sous l'ongle du vautour; Quand la faux tranchait une rose.
Ou que la vierge à peine ëclose Mourait à son premier amour;
Et sentais-tu ce vide immense Et cet inexorable ennui.
Et ce néant de l'existence , Cercle étroit qui tourne sur lui; Même en t'enivrant de délices Buvais-tu le fond des calices , Heureuse encor n'avais-tu pas Et ces amertumes sans causes , Et ces désirs brûlans de choses Qui n'ont que leurs noms ici-bas?
Triomphe donc, amc exilée;
ET RELIGIEUSES. ii
Tu vas dans un monde meilleur, Oîi toute larme est consolée , Où tout désir est le bonheur !
Où l'être qui se purifie N'emporte rien de cette vie Que ce qu'il a d'égal aux dieux, Comme la cime encore obscure Dont l'ombre décroît, à mesure Que le jour monte dans les cieux.
Là sont tant de larmes versées
Pendant ton exil sous les cieux,
Tant de prières élancées
Du fond d'un cœur tendre et pieux
Là tant de soupirs de tristesse ,
Tant de beaux songes de jeunesse!
Là les amis qui t'ont quitté,
Épiant ta dernière haleine,
Te tendent leur main déjà pleine
Des dons de l'immortalité !
Ne vois-tu pas des étincelles
Dans les ombres poindre et flotter?
N'eutends-tu pas frémir les ailes De l'esprit qui va t'emporter?
Bientôt, nageant de nue en nue, Tu vas te sentir revêtue Des rayons du divin séjour, Comme une onde qui s'évapore Contracte en montant vers l'aurore La chaleur et l'éclat du jour!
Encore une heure de souffrance, Encore un douloureux adieu!
Puis endors-toi dans l'espérance Pour te réveiller dans ton Dieu !
Tel sur la foi de ses étoiles Le pilote pliant ses voiles Pressent la terre sans la voir , S'endort en rêvant les rivages Et trouve en s'éveillant des plages Plus sereines que son espoir.