‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 7 sur 60 · APRES LA. DESTRUCTIOIV DU G L O R E · texte numérisé non relu

APRES LA. DESTRUCTIOIV DU G L O R E

Est-ce toi, terre inanimée?

Est-ce toi que j'ai vue, iiélas ! il n'est qu'un jour! Des doigts de Jehova l'élancer enflammée

Comme une étincelle allumée Au foyer de vie et d'amour?

Les étoiles tes sœurs pâlirent

De honte et de ravissement ; Tu passas dans le ciel et les astres jaillirent, Et les vagues d'azur sous ton poids s'assouplirent

Pour bercer ton globe écumant !

Sur ton front qui venait d'éclore Ta lune et ton soleil combattaient de clarté ; Plus pur que ton midi , plus doux que ton aurore, Le regard de ton Dieu te vêtissait encore

De vie et d'immortalité !

Quels destins tu portais! — Etouffés dans leur gornic, Que d'êtres immortels ton sein devait nourrir! Où sont-ils? Est-il vrai? ce peu de cendre enferme

Ce qui ne dut jamais mourir?

Et d'une étoile, hélas! tu n'es plus que la cendre, Que le noyau d'un fruit que le ver a rongé,

Qu'un rocher qui va se fendre

Dans le feu qui l'a jugé!

Ah! pleurez avec moi, planètes ses compagnes, Etoiles qui semiez ses tentes de mille yeux , Soleils dont les rayons vêtissaient ses campagnes , Nuages qui jetiez l'ombre sur ses montagnes: Pleurez ! la mort est dans les cieux !

Quand tu flottais comme un navire Dans l'écmne de feu de l'aurore ou du soir, Quand tes mers, se gonflant comme un sein qui respire, Venaient lécher du flot le bord qui les attire Et polir sous tes caps leur onduleiix miroir ! Miroir où tes tableaux que ridait le zéphire Brillaient et s'effaçaient comme un léger sourire Que l'œil voudrait fixer et ne fait qu'entrevoir !

Quand tes cimes portaient le palais des nuages . Et que, fendant soudain leur cintre divisé. Les rayons se mêlant aux lueurs des orages.

Sur les flancs des rochers sauvages

Ruisselaient de plages en plages, Comme un éclair perçant sous im dôme brisé; Que ce jour faux et teint d'une couleur qui change,

Flottant au gré de l'aquilon , Comme un reflet de feu des ailes d'un archange , Glissait en colorant ton magique horizon, Et frappant tour à tour ta crête ou tes abîmes, Faisait étinceler tes neiges sur tes cimes , Tes cascades pleuvant dans leurs gouffres poudreux , Tes hameaux blanchissant sur un fond ténébreux , Tes fleuves engouffrés sous leur arche arrondie, Et tes mers écmnant comme un vaste incendie, Et les toits des cités resplendissant de feux !

Oh! qui pouvait te voir sans palpiter d'extase, Sans tomber à genoux devant ton créateur? Oh ! qui pourrait te voir sans qu'un poids ne l'écrase, Un poids comme le mien, de honte et de malheur?

Que d'êtres animait ton amc intarissable. Depuis l'humble fourmi dans ses cités de sable

Jusqu'à l'aigle du ciel qui dormait sur le vent' Dans tes jeux infinis que de force et de grâce , Depuis le cygne blanc qui vogue sur la trace

Du cygne sur l'onde glissant, Depuis le doux ramier dont le cou s'entrelace

Au cou du ramier gémissant, Depuis le paon superbe où l'aube peint sa roue. Depuis le lévrier dont les flancs sont la proue, Depuis le fier coursier au cœur obéissant, Jusqu'au lourd élépbant, tour vivante et mobile Que la voix d'un enfant par l'amour rend docile,

Jusqu'au lion frémissant Qui d'un ongle courbé creuse en vain la poussière , Fait dans ses sourds naseaux rugir l'air menaçant , Et de son cou gonflé secouant la crinière , Renvoie obliquement l'éclair de la lumière Et n'a dans sa paupière Que des feux et du sang!

Et quelle vaste intelligence S'élevait par degrés de la terre au Seigneur, Depuis l'instinct grossier de la brute existence, Depuis l'aveugle soif du terrestre bonheur,

Jusqu'à l'ame qui loue, et qui prie, et qui pense,

Jusqu'au soupir d'un cœur, Qu'emporte d'un seul trait l'immortelle espérance

Au sein de son auteur!

O race aveugle ! 6 race à sa perte obstinée ! Hommes qui n'avez rien conquis que le trépas!

Qu'aviez- vous à faire ici-bas?

Jouir, aimer, bénir, c'était leur destinée! L'ange enviait leur sort , il ne leur suffit pas '

Et le voilà, cet enfant de lumière!

Et le voilà , cet héritier des cieux ! Pas un souffle, un soupir! muet comme la pierre!

Et toute cette poussière

Se crut une fois des dieux!

Il dit; et remontant aux voûtes éternelles, Il secoua de loin la poudre de ses ailes. Pour la revoir encore une fois s'abaissa. Puis son ombre divine à jamais s'effaça.

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