TREIZIEME
HARMONIE
ÎBmr.
Ah! si j'avais des paroles, Des images , des symboles , Pour peindre ce que je sens!
Si ma langue embarrassée
Pour révéler ma pensée , Pouvait créer des accens !
Loi sainte et mystérieuse !
Une ame mélodieuse Anime tout l'univers; Chaque être a son harmonie , Chaque étoile son génie , Chaque élément ses concerts.
Ils n'ont qu'une voix, mais pure, Forte comme la nature , Sublime comme son Dieu , • Et quoique toujours la même, Seigneur! cette voix suprême Se fait entendre en tout lieu.
Quand les vents sifflent sur l'onde, Quand la mer gémit ou gronde , Quand la foudre retentit, Tout ignorans que nous sommes.
Qui (le nous, eiifans des hoiiimes, Denuuide ce qu'ils ont dit?
L'un a dit : Magnificence !
L'autre : Immensité ! puissance !
L'autre : Terreur et courroux î L'un a fui devant sa face, L'autre a dit : Son ombre passe :
Cieux et terre , taisez- vous !
Mais l'homme, ta créature, Lui qui comprend la nature, Pour parler n'a que des mots, Des mots sans vie et sans aile, De sa pensée immortelle Trop périssables échos î
Son ame est comme l'orage Qui gronde dans le nuage Et qui ne peut éclater, Comme la vague captive
Qui bat et blanchit sa rive Et ne peut la surmonter.
Elle s'use et se consume, Comme un aiglon dont la plume N'aurait pas encor grandi , Dont l'oeil aspire à sa sphère , Et qui rampe sur la terre Comme un reptile engourdi.
Ah ! ce qu'aux anges j'envie N'est pas l'éternelle vie , Ni leur glorieux destin, C'est la lyre ! c'est l'organe Par qui même un cœur profane Peut chanter l'hymne sans fin.
Quelque chose en moi soupire , Aussi doux que le zéphyre Que la nuit laisse exhaler, Aussi sublime que l'onde ,
Ou que la foudre qui gronde; Et mon cœur ne peut parler!
Océan qui sur tes rives Epands tes vagues plaintives.
Rameaux murmurans des bois , Foudre dont la nue est pleine , Ruisseaux à la molle haleine, Ah ! si j'avais votre voix!
Si seulement , 6 mon ame !
Ce Dieu dont l'amour t'enflamme ,
Comme le feu , l'aquilon ,
Au zèle ardent qui t'embrase ,
Accordait, dans une extase,
Un mot pour dire son nom !
Son nom, tel que la nature Sans paroles le murmure , Tel que le savent les cieux; Ce nom que l'aurore voile ,
Et dont Tëtoile à l'étoile Est l'ëcho mélodieux.
Les ouragans , le tonnerre , Les mers , les feux et la terre , Se tairaient pour l'écouter; Les airs ravis de l'entendre S'ari èteraient pour l'apprendre, Les cieux pour le répéter.
Ce nom seul , redit sans cesse , Soulèverait ma tristesse Dans ce vallon de douleurs , Et je dirais sans me plaindre :
Mon dernier jour ^eut s'éteindre , J'ai dit sa gloire, et je meurs!
HARMONIES
POÉTIQUES ET RELIGIEUSES