LIVRE PREMIER
PREMIERE
HARMONIE
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Toi qui donnas sa voix à Toiseau de l'aurore, Pour chanter dans le ciel l'hymne naissant du jour^ Toi qui donnas son ame et son gosier sonore A l'oiseau que le soir entend gémir d'amour;
Toi qui dis aux forêts : Répondez au zéphyre! Aux ruisseaux : Murmurez d'harmonieux accords; Aux torrens : Mugissez; à la brise : Soupire! A l'océan : Gémis en mourant sur tes bords !
Et moi, Seigneur, aussi, pour chanter tes merveilles,. Tu m'as donné dans l'ame une seconde voix Plus pure que la voix qui parle à nos oreilles, Plus forte que les vents , les ondes et les bois î
Les cieux l'appellent Grâce, et les hommes Génie; C'est un souffle affaibli des bardes d'Israël, Un écho dans mon sein , qui change en harmonie Le retentissement de ce monde mortel î
Mais c'est surtout ton nom, 6 roi de la nature, Qui fait vibrer en moi cet instrument divin; Quand j'invoque ce nom, mon cœur plein de murmure Résonne comme un temple où l'on chante sans fin!
ET RELIGIEUSES. i3
Comme un temple rempli de voix et de prières, Ou d'ëchos en échos le son roule aux autels; Eh quoi ! Seigneur, ce bronze,etce marbre, et ces pierres Retentiraient-ils mieux que le cœur des mortels?
Non, mon Dieu, non, mon Dieu , grâce à mon saint partage, Je n'ai point entendu monter jamais vers toi D'accords plus pénëtrans , de plus divin langage , Que ces concerts muets qui s'élèvent en moi !
Mais la parole manque à ce brûlant délire. Pour contenir ce feu tous les mots sont glacés; Eh! qu'importe, Seigneur, la parole à ma lyre? Je l'entends, il suffît; tu réponds, c'est assez î
Don sacré du Dieu qui m'enflamme , Harpe qui fais trembler mes doigts.
Sois toujours le cri de mon ame, A Dieu seul rapporte ma voix :
Je frémis d'amour et de crainte Quand, pour toucher ta corde sainte,
i4 HARMONIES POÉTIQUES
Son esprit daigna me choisir !
Moi, devant lui moins que poussière, Moi , dont jusqu'alors l'ame entière N'était que silence et désir!
Hélas! et j'en rougis encore, Ingrat au plus beau de ses dons, Harpe que l'ange même adore , Je profanai tes premiers sons; Je fis ce que ferait l'impie , Si ses mains , sur l'autel de vie , Abusaient des vases divins, Et s'il couronnait le calice , Le calice du sacrifice, Avec les roses des festins !
Mais j'en jure par cette honte Dont rougit mon front confondu , Et par cet hymne qui remonte Au ciel dont il est descendu !
J'en jure par ce nom sublime Qui ferme et qui rouvre l'abîme ,
ET RELIGIEUSES. i5
Par l'œil qui lit au fond des cœurs , Par ce feu sacré qui m'embrase , Et par ces transports de l'extase Qui trempent tes cordes de pleurs !
De tes accens mortels j'ai perdu la mémoire, Nous ne chanterons plus qu'une éternelle gloire Au seul digne, au seul saint, au seul grand, au seul bon ; Mes jours ne seront plus qu'un éternel délire. Mon ame qu'un cantique, et mon cœur qu'une lyre, Et chaque souffle enfin que j'exhale ou j'aspire. Un accord à ton nom !
Elevez-vous , voix de mon ame , Avec l'aurore , avec la nuit !
Elancez-vous comme la flamme, Répandez-vous comme le bruit !
Flottez sur l'aile des nuages , Mêlez-vous aux vents, aux orages, Au tonnerre, au fracas des flots; L'homme en vain ferme sa paupière; L'hymne éternel de la prière
i6 HARMONIES POÉTIQUES
Trouvera partout des échos !
Ne craignez pas que le nmrmure De tous ces astres à la fois , Ces mille voix de la nature, Etouffent votre faible voix !
Tandis que les sphères mugissent , Et que les sept cieux retentissent Des bruits roulans en son honneur, L'humble écho que l'àme réveille Porte en mourant à son oreille La moindre voix qui dit : Seigneur !
Élevez-vous dans le silence A Iheure où dans l'ombre du soir La lampe des nuits se balance, Quand le prêtre éteint l'encensoir; Élevez-vous aux bords des ondes Dans ces solitudes profondes Où Dieu se révèle à la foi !
Chantez dans mes heures funèbres :
Amour, il n'est point de ténèbres,
Point de solitude avec toi '
Je ne suis plus qu'une pensée , L'univers est mort dans mon cœur, Et sous cette cendre glacée Je n'ai trouvé que le Seigneur.
Qu'il éclaire ou trouble ma voie, Mon cœur, dans les pleurs ou la joie, Porte celui dont il est plein; Ainsi le flot roule une image , Et des nuits le dernier nuage Porte l'aurore dans son sein.
Qu'il est doux de voir sa pensée, Avant de chercher ses accens, En mètres divins cadencée, Monter soudain comme l'encens ; De voir ses timides louanges , Comme sur la harpe des anges , Eclore en sons dignes des cieux , Et jusqu'aux portes éternelles S'élever sur leurs propres ailes
i8 HARMONIES POÉTIQUES
Avec un vol harmonieux !
Un jour cependant, 6 ma lyre,
Un jour assoupira ta voix!
Tu regretteras ce délire
Dont tu t'enivrais sous mes doigts :
Les ans terniront cette glace
Où la nature te retrace
Les merveilles du saint des saints !
Le temps, qui flétrit ce qu'il touche,
Ravira les sons sur ma bouche.
Et les images sous mes mains.
Tu ne répandras plus mon ame En flots d'harmonie et d'amour.
Mais le sentiment qui m'enflamme Survivra jusqu'au dernier jour; Semblable à ces sommets arides Dont l'âge a dépouillé les rides De leur ombre et de leurs échos, Mais qui dans leurs flancs sans verdure Gardent une onde qui murmure
ET RELIGIEUSES. ig
Et dont le ciel nourrit les flots.
Ah! quand ma fragile mémoire, Comme une urne dont l'onde a fui , Aura perdu ces chants de gloire, Que ton Dieu t'inspire aujourd'hui, De ta défaillante harmonie Ne rougis pas , 6 mon génie !
Quand ta corde n'aurait qu'un son , Harpe fidèle, chante encore Le Dieu que ma jeunesse adore, Car c'est un hymne que son nom !
DEUXIEME
HARMONIE
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I.E jour s'éteiiit sur tes collines, O terre où languissent mes pas !
Quand pourrez-vous^mes yeux, quand pourrez-vous, hélas !
Saluer les splendeurs divines Du jour qui ne s'éteindra pas?
Sont-ils ouverts pour les ténèbres Ces regards altérés du jour?
De son éclat, 6 Nuit! à tes ombres funèbres Pourquoi passent-ils tour-à-tour?
Mon ame n'est point lasse encore
D'admirer l'œuvre du Seigneur ;
Les élans enflammés de ce sein qui l'adore
N'avaient pas épuisé mon cœur !
Dieu du j our ! Dieu des nuits ! Dieu de toutes les heures ! Laisse-moi m'envoler sur les feux du soleil ! Oli va vers l'occident ce nuage vermeil? Il va voiler le seuil de tes saintes demeures Où l'œil ne connaît plus la nuit ni le sommeil ! Cependant ils sont beaux à l'œil de l'espérance Ces champs du firmament ombragés par la nuit;
ET RELIGIEUSES. aS
Mon Dieu ! dans ces déserts mon œil retrouve et suit Les miracles de ta présence !
Ces chœurs étincelans que ton doigt seul conduit,
Ces océans d'azur où leur foule s'élance ,
Ces fanaux allumés de distance en distance,
Cet astre qui paraît, cet astre qui s'enfuit,
Je les comprends, Seigneur ! tout chante, tout m'instruit
Que l'abîme est comblé par ta magnificence.
Que les cieux sont vivans , et que ta providence
Remplit de sa vertu tout ce qu'elle a produit!
Ces flots d'or, d'azur, de lumière, Ces mondes nébuleux que l'œil ne compte pas,
O mon Dieu, c'est la poussière
Qui s'élève sous tes pas !
O Nuits, déroulez en silence Les pages du livre des cieux; Astres, gravitez en cadence Dans vos sentiers harmonieux ; Durant ces heures solennelles , Aquilons, repliez vos ailes.
oI\ HARMONIES POÉTIQUES
Terre , assoupissez vos échos ; Étends tes vagues sur les plages, O mer ! et berce les images Du Dieu qui t'a donné tes flots.
Savez -vous son nom? La nature Réunit en vain ses cent voix, L'étoile à l'étoile murmure :
Quel Dieu nous imposa nos lois?
La vague à la vague demande :
Quel est celui qui nous gourmande ?
La foudre dit à l'aquilon :
Sais-tu comment ton Dieu se nomme?
Mais les astres , la terre et l'homme Ne peuvent achever son nom.
Que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon ame î Tombez , murs impuissans , tombez !
Laissez-moi voir ce ciel que vous me dérobez !
Architecte divin , tes dômes sont de flamme !
Que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon ame ! Tombez , murs impuissans , tombez '
Voilà le temple où tu résides !
Sous la voûte du firmament Tu ranimes ces feux rapides Par leur éternel mouvement !
Tous ces enfans de ta parole , Balancés sur leur double pôle, Nagent au sein de tes clartés , Et des cieux oii leurs feux pâlissent Sur notre globe ils réfléchissent Des feux à toi-même empruntés!
L'Océan se joue Aux pieds de son Roi ; L'aquilon secoue Ses ailes d'effroi ; La foudre te loue Et combat pour toi; L'éclair, la tempête , Couronnent ta tête D'un triple rayon ; L'aurore t'admire, Le jour te respire , La nuit te soupire , Et la terre expire
D'amour à ton nom !
Et moi, pour te louer, Dieu des soleils, qui suis-je? Atome dans l'immensité , Minute dans l'éternité.
Ombre qui passe et qui n'a plus été, Peux-tu m'entendre sans prodige?
Ah ! le prodige est ta bonté !
Je né suis rien , Seigneur, mais ta soif me dévore ; L'homme est néant , mon Dieu , mais ce néant t'adore,
Il s'élève par son amour ; Tu ne peux mépriser l'insecte qui t'honore. Tu ne peux repousser cette voix qui t'implore, Et qui vers ton divin séjour, Quand l'ombre s'évapore , S'élève avec l'aurore , Le soir gémit encore , Renaît avec le jour.
Oui, dans ces champs d'azur que ta splendeur inonde.
Où ton tonnerre gronde,
Oii tu veilles sur moi , Ces accens, ces soupirs animés par la foi, Vont chercher, d'astre en astre, un Dieu qui me réponde, Et d'échos en échos, comme des voix sur l'onde.
Roulant de monde en monde,
Retentir jusqu'à toi.
TROISIÈME
HARMONIE
j^î)mtu*bu iUatin.
Pourquoi bondissez-vous sur la plage ëcumante, Vagues dont aucun vent n'a creusé les sillons? Pourquoi secouéz-vous votre écume fumante En légers tourbillons?
3o HARMONIES POÉTIQUES
Pourquoi balancez-vous vos fronts que Taube essuie, Forêts, qui tressaillez avant l'heure du bruit? Pourquoi de vos rameaux répandez-vous en pluie Ces pleurs silencieux dont vous baigna la nuit?
Pourquoi relevez-vous, 6 fleurs, vos pleins calices. Comme un front incliné que relève l'amour? Pourquoi dans l'ombre humide exhaler ces prémices Des parfums qu'aspire le jour?
a\hî renfermez-les encore, Gardez-les , fleurs que j'adore , Pour l'haleine de l'aurore , Pour l'ornement du saint lieu!
Le ciel de pleurs vous inonde.
L'œil du matin vous féconde, Yous êtes l'encens du monde Qu'il fait remonter à Dieu.
Vous qui des ouragans laissiez flotter l'empire. Et dont l'ombre des nuits endormait le courroux
ET RELIGIEUSES. 3i
Sur l'onde qui gémit , sous l'herbe qui soupire , Aquilons, autans, zépbyre, Pourquoi vous ëveillez-vous?
Et vous qui reposez sous la feuillée obscure, Qui vous a réveillés dans vos nids de verdure? Oiseaux des ondes ou des bois , Hôtes des sillons ou des toits , Pourquoi confondez-vous vos voix Dans ce vague et confus murmure Qui meurt et renaît à la fois Comme un soupir de la nature ?
Voix qui nagez dans le bleu firmament, Voix qui roulez sur le flot écumant , Voix qui volez sur les ailes du vent, Chantres des airs que l'instinct seul éveille, Joyeux concerts, léger gazouillement.
Plaintes, accords, tendre roucoulement, Qui chantez-vous pendant que tout sommeille?
La nuit a-t-eile une oreille
Digne de ce chœur charmant?
3u HARMONIES POÉTIQUES
Attendez que l'ombre meure , Oiseaux, ne chantez qu'à l'heure Où l'aube naissante effleure Les neiges du mont lointain.
Dans l'hymne de la nature , Seigneur, chaque créature Forme à son heure en mesure Un son du concert divin; Oiseaux, voix céleste et pure, Soyez le premier murmure Que Dieu reçoit du matin.
Et moi sur qui la nuit verse un divin dictame, Qui sous le poids des jours courbe un front abattu. Quel instinct de bonheur me réveille? O mon ame, Pourquoi me réjouis-tu?
C'est que le ciel s'entr'ouvre ainsi qu'une paupière, Quand des vapeurs des nuits les regards sont couverts; Dans les sentiers de pourpre aux pas du jour ouverts,
Les monts, les flots, les déserts
Ont pressenti la lumière.
Et son axe de flamme, aux bords de sa carrière, Tourne, et creuse déjà son éclatante ornière, Sur l'horizon roulant des mers.
Chaque être s'écrie :
C'est lui , c'est le jour !
C'est lui, c'est la vie!
C'est lui , c'est l'amour !
Dans l'ombre assouphe Le ciel se replie Comme un pavillon; Roulant son image, Le léger nuage Monte , flotte et nage Dans son tourbillon ; La nue orageuse Se fend et lui creuse Sa pourpre écumeuse En brillant sillon; Il avance, il foule Ce chaos qui roule Ses flots égarés; L'espace étincelle,
La flamme ruisselle Sous ses pieds sacrés; La terre encor sombre Lui tourne dans Tombre Ses flancs altérés ; L'ombre est adoucie, Les flots éclairés, Des monts colorés La cime est jaunie; Des rayons dorés Tout reçoit la pluie; Tout vit , tout s'écrie :
C'est lui , c'est le jour !
C'est lui , c'est la vie !
C'est lui, c'e t l'amour î
O Dieu, vois dans les airs! l'aigle éperdu s'élance
Dans l'abîme éclatant des cieux ; Sous les vagues de feu que bat son aile immense, Il lutte avec les vents , il plane , il se balance ; L'écume du soleil l'enveloppe à nos yeux : Est-il allé porter jusques en ta présence Des airs dont il est roi le sublime silence
Ou l'hommage mystérieux?
O Dieu , vois sur les mers ! le regard de l'aurore Enfle le sein dormant de l'Océan sonore, * Qui, comme un cœur d'amour ou de joie oppressé Presse le mouvement de son flot cadencé,
Et dans ses lames garde encore Le sombre azur du ciel que la nuit a laissé ; Comme un léger sillon qui se creuse et frissomie Dans un champ où la brise a balancé l'épi , Un flot naît d'une ride; il murmure, il sillonne L'azur muet encor de l'abîme assoupi ; Il roule sur lui-même, il s'allonge, il s'abîme;
Le regard le perd un moment :
Oîi va-t-il? Il revient revomi par l'abîme. Il dresse en mugissant sa bouillonnante cime, Le jour semble rouler sur son dos écumant. Il entraîne en passant les vagues qu'il écrase , S'enfle de leur débris et bondit sur sa base ; Puis enfm chancelant comme une vaste tour, Ou comme un char fumant brisé dans la cari'ière,
Il croule, et sa poussière
En flocons de lumière
Roule et disperse au loin tous ces fragraens du jour
La barque du pêcheur tend son aile sonore Oîi le vent du matin vient déjà palpiter, Et bondit sur les flots que l'ancre va quitter; Pareille au coursier qui dévore Le frein aui semble l'irriter !
Le navire, enfant des étoiles, Luit comme une colline aux bords de Fhorizon , Et réfléchit déjà dans ses plus hautes voiles La blancheur de l'aurore et son premier rayon.
Léviathan bondit sur ses traces profondes, Et des flots par ses jeux saluant le réveil, De ses naseaux fumans il lance au ciel les ondçs Pour les voir retomber en rayons du soleil.
L'eau berce , le mât secoue La tente des matelots;
L'air siffle, le ciel se joue J3ans la criinère des tlots; Partout 1 écume brillante D'une frange étincelante Ceint le bord des flots amers :
Tout est bruit, lumière et joie , C'est l'astre que Dieu renvoie.
C'est l'aurore sur les mers.
O Dieu, vois sur la terre! Un pale crépuscule Teint son voile flottant par la brise essuyé, Sur les pas de la nuit l'aube pose son pié, L'ombre des monts lointains se déroule et recule
Comme un vêtement replié.
Ses lambeaux décbirés par l'aile de l'aurore Flottent livrés aux vents dans l'orient vermeil , La pourpre les enflamme et l'iris les colore; Ils pendent en désordre aux tentes du soleil , Comme des pavillons quand une flotte arbore Les couleurs de son roi dans les jours d'appareil.
Sous des nuages de fumée,
Le rayon va pâlir sur les tours des cités ,
Et sous l'ombre des bois les hameaux abrités ,
Ces toits par 1 innocence et la paix, habités,
Sur la colline embaumée,
De jour et d'ombre semée, l'ont rejaillir au loin leurs flottantes clartés.
Le laboureur répond au taureau qui l'appelle, L'aurore les ramène au sillon commencé , Il conduit en chantant le couple qu'il attelle , Le vallon retentit sous le soc renversé ;
Au gémissement de la roue Il mesure ses pas et son chant cadencé , Sur sa trace en glanant le passereau se joue,
Et le chêne à sa voix secoue Le baume des sillons que la nuit a versé.
L'oiseau chante, l'agneau bêle.
L'enfant gazouille au berceau , La voix de l'homme se mêle Au bruit des vents et de l'eau , 1/air frémit, l'épi frissonne,
L'insecte au soleil bourdonne , L'airain pieux qui résonne Rappelle au Dieu qui le donne Ce premier soupir du jour; Tout vit, tout luit, tout remue, C'est l'aurore dans la nue , C'est la terre qui salue L'astre de vie et d'amour î
Mais tandis, 6 mon Dieu, qu'aux yeux de ton auron Un nouvel univers chaque jour semble éclore, Et qu'un soleil flottant dans l'abîme lointain Fait remonter vers toi les parfums du matin , D'autres soleils cachés par la nuit des distances. Qu'à chaque instant là-haut tu produis et tu lances. Vont porter dans l'espace à leurs planètes d'or Des matins plus brillans et plus sereins encor. Oui , l'heure où l'on t'adore est ton heure éternelle ; Oui, chaque point des cieux pour toi la renouvelle, Et ces astres sans nombre épars au sein des nuits N'ont été par ton souffle allumés et conduits Qu'afîn d'aller. Seigneur, autour de tes demeures ,. L'un l'autre se porter la plus belle des heures,.
4o HARMONIES POÉTIQUES
Et te faire bénir par l'aurore des jours y
Ici, là-haut, sans cesse, à jamais, et toujours.
Oui , sims cesse un monde se noie
Dans les feux d'un nouveau soleil,
Les cieux sont toujours dans la joie;
Toujours un astre a son réveil.
Partout où s'abaisse ta vue
Un soleil levant te salue,
Les cieux sont un hymne sans fin !
Et des temps que tu fais éclore.
Chaque heure, o Dieu, n'est qu'une aurore.
Et l'éternité qu'un matin !
Montez doue, flottez donc, roulez, volez, vents, flamme, Oiseaux, vagues, rayons, vapeurs, parfums et voix! Terre , exhale ton souffle ; homme , élève ton ame ! Montez, flottez, roulez, accomplissez vos lois!
Montez, volez à Dieu; plus haut, plus haut encore : Dans les feux du soleil sa splendeur vous a lui;
ET RELIGIEUSES. l\i
Reportez clans les cieux l'hommage de l'aurore , Montez, il est là-haut; descendez, tout est lui!
Et toi, jour dont son nom a commencé la course, Jour qui dois rendre compte au Dieu qui t'a compté , La nuit qui t'enfanta te rappelle à ta source, Tu finis dans l'éternité.
Tu n'es qu'un pas du temps, mais ton Dieu te mesure. Tu dois de son auteur rapprocher la nature; Il ne t'a point créé comme un vain ornement, Pour semer de tes feux la nuit du firmament. Mais pour lui rapporter, aux célestes demeures, La gloire et la vertu sur les ailes des heures , Et la louange à tout moment!
QUATIUÈME
HARMONIE
Cil Camp? îiu Semplr ,