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(lu despotisme réglementaire. Paris les contraignait de fournir annuellement, à la corporation de ses vitriers, une certaine quantité de verres à vitres, au taux d'un tarif que l'autorité déterminait. Rouen, si habile dans la science de l'organisation du travail, c'est-à-dire dans l'art de faire surpayer les produits aux consommateurs, avait imité cet exemple. Turgot décida que les verriers normands vendraient leurs verres où ils voudraient, à qui ils voudraient, et au prix qui leur en serait offert'.
L'art de polir l'acier ne pouvait devenir une industrie distincte, par suite des prétentions contradictoires de ceux qui mettaient cette matière en oeuvre. Le ministre donna la liberté tout entière à chacune des communautés qui s'en disputaient un lambeau, en prononçant que toutes les professions qui travaillaient le fer ou l'acier auraient le droit de mettre la dernière main aux ouvrages qui ont ces métaux pour base^
Certains ports avaient seuls le privilège de commercer avec nos colonies de l'Amérique; Turgot l'étendit à plusieurs autres, en attendant le moment opportun de l'abolir *. Il consacra à l'amélioration des routes et de la navigation intérieure tous les fonds dont permettait de disposer l'état des finances. Les premières furent divisées en quatre classes, et leur largeur déterminée proportionnellement à l'importance industrielle des points du territoire qu'elles étaient appelées à desservir. La largeur des routes royales, fixée précédemment à 60 pieds, fut réduite à 42, avantage immense pour l'État, qui voyait baisser les frais de construction et d'entretien, en même temps qu'il s'enrichissait de tout le produit des terrains rendus à l'agriculture*. D'Alembert, l'abbé Bossut et Condorcet, tous trois membres de l'Académie des sciences, eurent, sous le titre d'inspecteurs-généraux de la navigation intérieure, la mission
1 Déclaration du 12 janvier 1776, II, p. 235. — On y lit que les vitriers deRoueu bénéticiaienl de 100 pour 400 sur le prix de fabrication.
^ Arr. du Cons. du 24 juin 1775; ibid., p. 227.
3 Arr. du Cons. des 22 décembre 177S et U mars 1776, ibid., p. 251 et 340.— Arr. du Cons. duf) fév. 1776; ibid., p. 465.
* Arr. du Cons. du 6 février 1776 , ibid., p. 46S.
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d'étudier tous les projets tendant à en améliorer le système; et l'on établit, pour former des ingénieurs, une chaire d'hydrodynamique, qu'occupa le second de ces géomètres. Le perfectionnement des voies de transport, tant par terre que par eau, alors dans une situation déplorable, fut opéré par le retrait de tous les privilèges concédés soit au fermier-général des postes, soit à divers sous-entrepreneurs de voitures publiques. Le ministre résilia les baux de tous ces exploitants, chargea une commission de liquider l'indemnité qui pouvait leur être due, et le monopole de la circulation des personnes et des choses passa alors de leurs mains dans celles de l'État \ Cette mesure, qui n'avait qu'un caractère provisoire, car Turgot réservait toujours les principes, quand les circonstances le forçaient d'y déroger dans l'application, produisit tout à la fois une amélioration importante dans le service et une bonification annuelle de 1,500,000 livres dans le Trésor. Il n'en était pas, d'ailleurs, de plus pressante : jusqu'à cette époque il n'existait dans le royaume que deux diligences, celles de Lyon et de Lille, lourdes machines que leur construction et les règlements sur la matière astreignaient à ne pas excéder la vitesse de dix à onze lieues par jour, prescription à laquelle les entrepreneurs ne manquaient pas de se conformer avec exactitude. L'administration royale des messageries pourvut toutes les grandes routes de voitures nouvelles, plus légères et plus commodes, et ce sont ces voitures, menées en poste, que le public baptisa du nom de Turgotines *.
* Arr. du Cons, des 7 août elil décembre i775 , ibid.^ p. 424 et 428.
* Cette innovation, si favorable à l'intérêl public, contraria vivement le clergé, par des raisons que nous laisserons exposer à l'un de ses membres : t Les entrepreneurs des anciens établissements, dit l'abbé Proyart, étaient tenus de procurer aux voyageurs la faculté d'entendre la messe les jours où il est de précepte d'y assister : la réforme des voitures entraîna celle des chapelains; et les voyageurs en Turgotines apprirent à se passer de messe, comme s'en passait Turgot. » {Louis XFI et tes vertus aux prises avec la perversité de son siècle.)
Les Turgotines provoquèrent encore cette colérique épigramme :
Ministre ivre d'orgueil, tranchant du souverain, Toi qui, sans l'émouvoir, fais tant de misérables, Puis$« ta poste absurde aller un si grand train, Qu'elle te mène à tous les diables!
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Le rétablissement des finances s'alliait à ces opérations et à une foule d'autres, toutes très-utiles, qu'il faudrait un volume pour rapporter * .
Il résulte des comptes dressés par Turgot, qu'au 1" janvier 1775 la situation du Trésor se résumait par les termes suivants :
Le revenu de l'État s'élevait à 377 millions; mais, déduction faite des rentes perpétuelles et viagères, des dépenses de la maison du roi et des princes, et de diverses autres charges, il ne restait de libre que la somme de 213 millions pour les services publics, qui s'élevaient à celle de 235. Il y avait donc un déficit de 22 millions. En outre, les anticipations, c'est-à-dire les avances faites par les financiers sur le produit des exercices postérieurs, constituaient un découvert de 78 millions, et un autre, qui montait à 235 millions, était représenté par la dette exigible , qu'on appelle aujourd'hui dette flottante ^ Voilà l'héritage, qu'après une série de banqueroutes infâmes, l'abbé Terray laissait à son successeur. Entre le caractère et les mœurs de ces deux hommes, il existait un abîme ; il y en eut un également entre l'esprit de leur administration ^ Terray, qu'il faut juger par ses actes, et non par ses rapports officiels ou par les éloges qu'il a reçus de plusieurs écrivains, n'avait montré, dans la gestion de la fortune publique, que le savoir-faire d'un traitant et l'audace d'un misérable , que Maupeou ne craignait pas de blesser en lui adressant ces paroles : «: Vabbé, le contrôle-général est vacant; c'est une bonne place où il y a de l'argent à gagner : je veux t'en faire pourvoir. » De plus, sa
* Les déclarations, édits, arrêts du Conseil, publiés pendant les vingt mois du ministère de Turgot, comprennent plus de 320 pages de la nouvelle édition de ses œuvres.
^ Dupont de Nemours. — Anquetil-Duperron, Collection des Comptes-Rendus^ de 17o8àl787.
3 Ce contraste si tranché entre Turgot et Terray se reproduisait même dans l'ordre physique. « Une figure sombre, repoussante, dit Montyon, signalait la dureté de Tàme et l'insensibilité de l'abbé Terray. La figure de Turgot était belle, majestueuse ; elle avait quelque chose de cette dignité remarquable dans les tètes antiques, » (Parlicularilés et Observations sur les Ministres des finances.) — Voyez page 376 de ce volume.
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science financière, simple combinaison du vol avec les absurdes pratiques de la vieille fiscalité \ n'avait abouti, et cela sans réclamation sérieuse de sa part, qu'à épuiser les ressources des contribuables pour accroître les prodigalités de la favorite et les profusions des courtisans. Mais celle de Turgot, qui avait la justice et la raison pour bases, procéda d'une autre manière, et marcha vers un autre but.
Respecter les engagements légitimes contractés par l'État, les acquitter dans la proportion des ressources du Trésor, accroître celles-ci par un meilleur système d'administration , soumettre au régime d'une économie sévère les dépenses de la cour et du gouvernement, éteindre les anticipations et la dette exigible pour échapper à la dépendance ruineuse des financiers; enfin délivrer l'industrie d'une foule de taxes très-vexatoires et sans importance réelle pour le fisc, tel fut le plan du nouveau contrôleur-général. Son application lui permit de porter à près de 67 millions les recettes extraordinaires de l'année courante, de rembourser 15 millions sur la dette exigible, 28 sur les anticipations, et de gagner l'exercice 1776 avec un déficit qui était tombé au-dessous de 15 milHons. Il est vrai que, dans les recettes ci-dessus, entrait un encaisse de 19 millions trouvé dans le Trésor, et une contribution de 16 millions fournie par le clergé ; mais le surplus était le résultat d'augmentations normales obtenues dans la recette, de diminutions effectuées dans la dépense , et de traités plus avantageux faits avec les fermiers ou les régisseurs de l'impôt. Au nombre des opérations de cette dernière espèce, l'on doit citer la réforme de la régie des hypothèques, la cassation du bail des domaines et celle du bail de^ poudres.
L'abbé Terray avait accepté de la régie des hypothèques, établissement dont il était l'auteur, des conditions fort dures pour l'État. Pour une avance de 8 millions, cette régie tou-
• Terray multiplia les maîtrises, et avait même conçu le projet de les rendre héréditaires. L'édit fut signé en 1771, mais on en abandonna l'exécution. On peut voir, dans V Histoire financière de la France, par M. Bailly, une juste appréciation du ministère de l'abbé.