SECOND COMMENCEMENT
« Cette noble Dame qu'Amour pleure, était venue dans ma pensée au moment où la puissance de sa vertu vous poussa à regarder ce que je faisais.
» Amour, qui la sentait dans ma mémoire, s'était réveillé dans mon cœur fatigué, et disait aux soupirs: « Sortez ; » c'est pourquoi, tristes, ils se pressaient pour s'échapper.
» Pleurant, ces soupirs sortaient de mon sein avec un son qui conduit ordinairement les larmes aux yeux tiistes.
» Mais ceux qui s'échappaient avec le plus de peine arrivaient en disant : a 0 noble intelligence! ce joui* complète Tannée dans laquelle tu es montée au ciel. »
Quelque temps après, comme j'étais en un lieu où je réfléchissais au temps passé, je me sentais accablé par de si douloureux souvenirs, que mon visage trahissait les sentiments terribles dont j'étais agité. M'étant aperçu de ce trouble, je levai les yeux pour voir si quelqu'un ne me regardait pas, et j'aperçus une noble et jeune Dame fort belle, qui du haut d'une fenêtre observait mes traits avec tant de compassion, qu'il semblait que la pitié tout entière fût en elle. Comme il arrive aux malheui-eux d'être prompts à pleurer quand les autres semblent s'intéresser à leur sort, alors je sentis que mes yeux voulaient se mouiller de lai-mes3 mais, honteux de laisser voir mon triste état, je me dérobai aux regards de la noble Dame, et je disais en moimême : « Il n'est, pas possible qu'avec cette Dame coropa-
tissante il ne se trouve pas le plus noble amour. » C*cst pourquoi je résolus de faire un sonnet pour le lui adresser, et où je raconterais tout ce que je viens de dire. Le voici * ;
« Mes yeux ont vu quelle compassion s'est manifestée sur votre figure, quand vous observiez Tair et les habitudes que la douleur me fait prendre si souvent.
» Alors je me suis aperçu que voits éikt occupée du tilste état de ma vie ténébreuse, et la peur me vint de laisser voir rabaissement où je mis tombé.
1» Je me suis dérobé à vos regards^ sentant que les larmes allaient surgir de mon cœur troublé par votre prédence^
» Puis je disais : « Cet amour qui me fait aller ainsi pleurant est certainement avec cette Dame, n
11 arriva que partout où cette Dame me voyait,- sott expression devenait compatissante, et sa figure d'une couleur pâle, presque comme celle d'Arafour; ce qui fut cause que plusieurs fois cela me fit souvenir de ma très-noble Dame, qui se montrait à moi avec une couleur semblable. Et souvent, ne pouvant pleurer ni me débarrasser de mon chagrin, j'allais potir voir cette Dame compatissante dont la vue semblait tirer les larmes de mes yeux. A ce sujet il me vint encore la volonté de dire des paroles en ni'adressant à elle, et je fis ce sonnet * :
« Couleur d'amour et expression de pitié ne se sont jamais peintes plus admirablement sur le visage d'une Dame attentive à des plaintes douloureuses,
r> Que sur le vôtre, lorsque vous voyez mon visage empreint de douleur. L'eft'et en est si pénétrant, que, par
* Ce soraiel e«t si clair, que je n'en donnerai pas les dlTisions.
' Ainsi que le précëdenit) si simple^ celui-ci n'a pas besoin d'être divisé*
votre présence, il me vient à l'esprit une chose qui me fait craindre que mon cœur ne se déchire.
» Je ne puis empêcher mes yeux presque éteints de vous regarder souvent, à cause du besoin qu'ils éprouvent de pleurer;
» Et vous, vous avez tellement augmenté ce désir, qu'ils se sont consumés tout à fait en désirant ; mais ils ne savent pas pleurer devant vous. »
Par la vue de cette Dame, ] 'en arrivai à ce point que mes yeux commencèrent à prendre trop de plaisir à la voir. J'en éprouvai du chagrin; Je condamnai ma faiblesse, et plusieurs fois même je blasphémai (je maudis) la vanité de mes yeux. Je leur disais au fond de ma pensée : « Vous aviez coutume de faire pleurer ceux qui voyaient votre triste état ; et maintenant il semble que vous vouliea l'oublier à cause de cette Dame qui vous regarde, mais qui votis regarde seulement parce que la glorieuse Dame que vous avez l'habitude de pleurer lui pèse. Tenez bon autant que vous pouvez, parce que je vous rappellerai souvent ma Dame, yeux maudits dont les larmes ne devraient jamais avoir cessé de couler, si ce n'est après votre mort. » Et après avoir ainsi parlé à mes yeux en dedans de moi-même, des soupirs longs et douloureux vinrent m'assaillir. Et afin que chacun, outre le malheuretix qui avait éprouvé cette bataille intérieure, en eût connaissance, je pris la résolulion de faire un sonnet qui comprît tout cet horrible conflit. Je dis donc ce qui suit ^ :
ft 0 nies yeux! le» pleurs amers que vous avez versés
' Ce sotmet a deux i^arties. Dans la première, je m'adresse à mes jeul, comme fi c'était mon coBur qui parlât. Dans la seconde, j'exprime quelques dootes, d«* mandant qui ou quelle cho.o parle. Celte partie commence à : € Ainsi dit mon cœur, etc. »
Ce somaei pourrait admettre encore plasiears divisions ; mais elles sont imillleS| À cause de l'explication qui préiM««
pendant si longtemps faisaient pleurer les personnes compatissantes, comme vous l'avez vu.
» Maintenant, il me paraît que vous Toublieriez, si, de mon côté, j'étais assez lâche pour ne pas vous distraire de cet oubli par tous les moyens, en rappelant à votre mémoire celle que vous pleuriez.
» Je ne puis m'empêcher de réfléchir sur votre vanité; et je m'en étonne au point de craindre beaucoup une Dame qui vous regarde.
» A moins que vous ne soyez morts, vous ne devriez jamais oublier votre Dame qui est morte. Ainsi dit mon cœur, et il soupire. »
La vue de cette Dame produisit un tel changement en moi, que souvent je pensais à elle comme à une personne qui me plaisait trop; et je pensais d'elle ainsi : Cette Dame est noble, belle, jeune et sage, et elle est apparue, peut-être par la volonté d'Amour, pour donner quelque repos à ma vie. Et souvent je pensais plus amoureusement, tellement que le cœur consentait avec le raisonnement que je faisais; mais quand nous étions d'accord, comme si j'eusse été m4 par la raison, je pensais et disais en moi-même : « Ah ! quel penser est celui qui prétend me consoler d'une manière si basse, et ne me laisse presque pas d'autre idée dans l'esprit? » Et puis une autre réflexion se présentait tout à coup, qui disait : « Maintenant que tu es plongé dans un si grand chagrin d'Amour, pourquoi ne chercherais-tu pas à échapper à tant d'amertumes? Tu vois bien que c'est un souffle d'Amoiu* qui le vient d'une part agréable, des yeux de la Dame qui s'est montrée si compatissante envers toi. » Après avoir longtemps combattu ainsi en dedans de moi-même, je voulus encore écrire quelques paroles; et comme dans la bataille des pensées, celles qui militaient pour la Dame étaient victorieuses, il me parut convenable de m'adrcsscr à elle, et je fis ce sonnet :
« Noble pensée * qui parle de vous vient souvent demeurer avec moi, et elle raisonne si doucement d'amour, qu'elle fait consentir le cœur avec elle.
» Alors TAme dit au Cœur : « Qui est celui qui vient pour consoler notre esprit? Sa vertu est si puissante, qu'elle ne laisse aucune autre idée s'arrêter en nous. »
» Le Cœur répond : « 0 Ame pensive ! c'est un nouveau petit esprit d'Amour qui apporte devant moi ses désirs.
» Et sa vie ainsi que sa puissance viennent des yeux de cette personne compatissante qui se troublait à la vue de nos douleurs. )>
Un jour, vers l'heure de None, il s'éleva en moi, contre cet adversaii'e de la Raison, une imagination puissante. Je crus voir cette glorieuse Béatrice, vêtue de rouge comme anciennement, jeune et à Tâge où je la vis la première fois. Alors mes pensées se reportèrent sur elle, et, en rappelant son souvenir d'après l'ordre des temps, mon cœur commença à se repentir douloureusement du désir auquel il s'était lâchement laissé aller pendant quelques jours, au mépris de la constance que lui conseillait la raison. Dès que le coupable désir fut chassé, toutes mes pensées se reportèrent vers leur très-noble Béatrice; et à compter de
' J'ai dit noble pcnsce, parce que je m'adresse à une Dame nobUf car d'ailleurs celte pensée était basse. Dans ce sonnet, je fais deux parties de moi-même, selon que la nature de mes pensées était dilTérente. J'appelle l'une, Coeur; c'est le désir, Tapiiétit; j'appelle l'autre. Ame, c'est la raison; et je dis comment l'un parle avec l'antre. Et quant à la convenance d'appeler Tappétit, cœur, et la raison, âme, elle est roanifcstc à ceux à qui il me plaît que cela soit manifeste et clair. Il est vrai que, dans le sonnet qui précède, j'oppose la partie du cœur à celle des yeux, ce qui parait contrarier ce que je dis à présent ; c'est pourquoi je dis que par l'appétit j'entends le cœur, parce que j'avais un désir encore plus vif de me souvenir de ma très-noble Dame, qne de voir l'autre Dame, quoique j'en eusse quelque appétit, bien qne léger. D'où il suit qu'une proposition n'est pas contraire à l'autre. Ce sonnet a trois parties. Dans la première, je commence par dire à cette Dame comment mon désir se tourne tout entier vers elle ; dans la seconde, je dis comment l'àme, c'est-à-dire la raison, parle au cœur, c'est-à-dire l'appétit; dans la troisième, je dis comment celui-ci répond. La seconde commence à : < LÀme dit, etc.; > la troisième, à : € Le Cceur répond, etc. >
ce moment, lorsque je m'occupais d'elle, mon c^Bur était tellement pénétré de honte, que je manifestais fort souvent cette disposition pai' mes soupirs, qui, en sortant, semblaient dire ce qui s'agitait en dedans de moi-même, c'est-à-dire le nom de cette noble personne, et comment elle s'est séparée de nous. Et bien souvent il arrivait que chaque pensée contenait tant de douleur que j'oubliais ma pensée même et ne savais plus où j^étais. Cette recrudescence de soupirs augmenta tellement mes solennelles lamentations, que mes yeux semblaient être détix choses qui ne désirassent fahe que pleurer; d'où il résultait très-souvent qu'en continuant ainsi de verser des larmes, ils étaient entourés d'une couleur de pourpre, comme on le voit à ceux qui éprouvent de vives souffrances. En recevant cette juste récompense de leur vanité, mes yeux, depuis ce moment, ne purent plus se ûxer sur une personne qui les regardait^ et n'y puisèrent plus d'idée semblable à celle que J'avais eue. Désirant donc que ce coupable désir, cette (n^guetUeuse tentation, parussent détruits au point que les vers que J'avais composés précédemment ne pussent faire naître aucun doute, je résolus d'écrire un sonnet qui exprimât cette disposition de mon esprit, et je dis :
« Hélas ^ ! par la force des nombreux soupirs qui naissent des pensées contenues dans mon coeur, les yeux sont vaincus et tfosent plus s'exposer au regard de personne.
» Ils paraissent être devenus deux désirs de pleurer et do témoigner de la douleur. Et souvent ils versent tant de larmes, qu'Amour les entom'e de la coui'onne des mai*tyi*s,
1» Ces pensées, ces soupirs que j'exhale, deviennent si douloureux dans le cœm-, qu'Amom* s'y évanouit en se plaignant;
* Je dis hilas ! fiarcc que j'étais honteux de co que mes yeux nravatent fait coinmeltie une erreur. Je ne divise point ce sonnet, dont le sujet est très^clair.
LA TIE IfOinrELLE. 80
» Parce (jiie ces douloureux (les pensées et les soupirs) ont écrit en eux le nom de ma Dame et beaucoup de paroles relatives à sa mort. »
Après ce chagrin (c'était au moment où la foule va pour voir l'image sainte que Jésus-Christ nous a laissée de sa belle figure, que regarde glorieusement ma Dame ), il arliva que quelques pèlerins passaient par la rue située presque au milieu de la ville où naquit^ vécut et mourut la très-noble Dame. Et à ce qu'il me parut, ces pèlerins marchaient tout pensifs. En les observant, je dis en moimême : « Ces pèlerins, selon toute apparence, viennent de bien loin d'ici; ils n'ont sans doute jamais entendu parler de cette Dame; ils ne savent rien de ce qui la touche, et leurs peusées, au contraire, sont portées sur tout autre chose que ce qui se passe ici. Peut-être pensent-ils à leurs amis que nous nous ne connaissons pas. S'ils étaient voisins de ce pays, ajoutais^je, le trouble et l'émotion se peindi^aient sur leur ûgure en passant au milieu de cette ville affligée. Oh! si je pouvais les entretenir un instant, je les ferais pleurer avant qu'ils sortissent de cette ville, car je dirais des paroles qui aiTacheraient des larmes à quiconque les entendrait. Après ces réflexions, et quand les pèlerins furent déjà loin de ma vue, je résohis de faire un sonnet où j'exprimerais ce que j'avais dit en moi-même; et, afin qu'il parût plus touchant, je supposai que j'avais adressé la parole aux pèlerins. Je dis donc :
a Ah ! pèlerins % qui marchez pensifl^ en vous occu-
* J*ai dit pèkrim dans U plot large aooeptioB de ce mot, ear pèUfim peut s'entendre dans un sens général ou rettreint. Dans le sens gënëral, en ce que est pèlerin quiconque est bors de sa patrie ; dans le sens particulier, on n'entend par pè erin que celui qui Ta i l'église de Saint Jacques de Compostelle, ou qui en revient. Car il faut que Ton sache que l'on désigne de trois manières difTércntcs les gens qui vont au service de Dieu. On les appelle Palm j«rs quand ils vont outre mer, d'où ils rapportent souvent des pabnes. On les appelle Pèlerins quand ils vont en Galice, parce que saint Jacques est celui de tous les apôtres qui a été lo plus loin de son pays. Enfin on appelle Bomiem ceux qui vont h Rome. Ce sonnet n'a pat besoin d'être divisé, parce que le sujet en est parfaitement clair.
pant peut-être de choses étrangères à ce qui vous entoure, venez-vous de si lointain pays, comme votre apparence l'indique,
» Que vous ne sentiez pas vos larmes couler en traversant au milieu de cette triste cité, comme des personnes qui ne comprennent rien à ce qu'elle a éprouvé de douloureux ?
D Si vous vous arrêtez ici de vous-mêmes ou pour m'écouler, le cœur, asile des soupirs, me dit que certainement vous ne sortirez pas de cette ville sans avoir pleuré.
y> Cette cité a perdu sa Béatrice, et les paroles que l'on peut dire de cette Dame ont la vertu de faire pieu, rer ceux qui les entendent. »
Deux Dames nobles envoyèrent ensuite vers moi pour me prier de leur faire tenir de ces paroles rimées; et, en réfléchissant à leur noblesse, je me proposai de les leur adresser et de faire une chose nouvelle, afin de répondre de la manière la plus honorable à leur demande. Je fis donc im sonnet qui fait connaître mon état, et je le leur envoyai accompagné d'un autre qui commence par : 0 eœurs élevés y venez entendre mes soupirs, etc. Quant au dernier que je fis, le voici * :
* Ce sonnet a en lui cinq parties. Dans la première, je dis où va ma pensée, la désignant par le nom de l'un de ses effets ; dans la seconde, je dis pourquoi elle va en haut, et qui l'y fait aller; dans la troisième, je dis ce qu'elle vit, c'esl-è^ire une Dame honorée là-haut. Et alors je l'appelle pensée-pèlerine, parce que spirituellement elle va là-haut comme pèlerin, et hors de la portée de la vue humaine ; dans la quatrième, comme ma pensée voit cette Dame, c'est-à-dire dans de telles ccmditions, que mon intelligence ne le peut comprendre, car notre intelligence est, à regard de ces âmes bienheureuses, comme notre faible vue est à l'égard du soleil : c'est ce que dit le philosophe (Aristote) dans le second livre de la Métaphysique; dans la cinquième, je dis que, bien que je ne puisse voir là jusqu'où la pensée m'attire (je veux dire l'admirable mérite de ma Dame], j'entends au moins cela, que telle est la pensée de ma Dame, puisque j'entends souvent son nom dans ma pensée* Et, à la lin de cette cinquième partie, je dis : Mes chères Dames, pour faire comprendre que ce sont des Dames à qui je m'adresse. La seconde partie commence à {
« Au delà de la sphère qui tourne plus largement^ s'élance le soupir soilant de mon cœur ; c'est la nouvelle intelligence qu'Amour en pleurs met en lui et qui le fait monter si haut.
D Arrivé là où Amour le désire^ il (le soufMr) voit une Dame entourée d'honneurs, et dont Téclat est si resplendissant, qu'à l'aide de tant de lumières l'esprit pèlerin la contemple et l'admire.
» nia voit telle que, quand il m'en rapporte des nou- \elles, je ne le comprends pas; car il parle à mon cœur désireux de l'entendre un langage que ne saisit pas mon intelligence.
D Je sais cependant qu'il parle de cette noble personne, puisqu'il rappelle souvent le nom de Béatrice, de telle façon, mes Dames, que ceci, je l'entends très-bien. »
Après avoir terminé ce sonnet, j'eus une vision extraordinaire pendant laquelle je fus témoin de choses qui me firent prendre la ferme résolution de ne plus rien dire de cette Bienheureuse jusqu'à ce que je pusse parler tout à fait dignement d'elle. Et, pour en venir là, j'étudie autant que je peux, comme elle le sait très-bien. Aussi, dans le cas oii il plairait à Celui par qui toutes choses existent que ma vie se prolongeât, j'espère dire d'elle ce qui n'a jamais encore été dit d'aucune autre; et ensuite qu'il plaise à Celui qui est le seigneur de la courtoisie que mon âme puisse aller voir la gloire de la Dame, c'est-à-dire la bienheureuse Béatrice, qui regarde glorieusement en face Celui qui est per omnia sœcula bcnediclus, Laus Deo.
€ Cest la nouvelle intelligence, etc.; > la troisième, à : « Arrioi ià,- etc. ; c la qna* tiième, h: € Je $ais cependant^ etc. > On pourrait Taire encore d'autre» divi'slunt mais cela serait superflu.
Malgré de nombreuses répétitioDS que le plus mince écri? ain de nos jours éviterait au lecteur, et bien que certaines digressioospédantesques et une glose courante donnent aujourd'hui un caractère étrange à la Vie nouvelle, je serais fort étonné si cette composition brillante de beautés poétiques^ et qui présente de rintôrêt dans ce sens même que le drame en est touchant, n'avait pas lu vemcnt sollicité l'attention de ceux qui viennent d'en terminer la lecture.
A bien considérer ce livre, c'est un roman sous la forme de mémoires^ de confessions même, dans lequel l'auteur, après avoir exprimé ses sensations avec énergie, prend un soin particulier pour en rechercher la cause et en analyser les effets. En un mot, la VU nouvelle est le type du roman moderne, le modèle de ce genre de composition où, le sentiment de l'amour étant donné comme s^jet principal, l'auteur s'observe et se décrit lui-même aussi minutieusement que s'il parlait d'un autre, ou qu'il fût question d'un seii" timcnt qui lui est étranger.
Celte forme n'a point été trouvée par Dante, puisqu'elle fut mise assez fréquemment en usage par les prophètes hébreux, et que Boëcc, dans sa Consolation de la philosophie, ainsi que saint Au« gustiu dans ses Confessions, l'avaient déjà employée. Mais il est évident que le poète florentin l'a singulièrement modifiée, qu'il lui a même donné un caractère tout nouveau^ en l'appliquant à un sujet d'amour. La littérature italienne, à laquelle on a reproché parrois de n'avoir pas produit de romans, possède cependant deux modes de compositions qu'il serait injuste de ne pas classer dans