‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 118 sur 193 · IC)4 ÉPITRE DÉDICATOIRE · texte numérisé non relu

IC)4 ÉPITRE DÉDICATOIRE

l'a reconnu pour Alexandre. Et à qui s'enrappoi tel a-t on , qu'à un Roi dont la gloire est répandue aussi loin que celle de ce conquérant, ( i ) et devant qui l'on peut dire que tous les peuples du monde se taise?it, comme l'Ecriture l'a dit d'Alexandre ? Je sais bien que ce silence est un silence d'étonnement et d'admiration ; que , jusques ici, la force de vos armes ne leur a pas tant imposé que celle de vos vertus. Mais, SIRE, votre réputation n'en est pas moins éclatante /pour n'être point établie sur les embrasemens et sur les ruines; et déjàVoiRE Majesté est arrivée au comble de la gloire par un chemin plus nouveau et plus difficile que celui par où Alexandre y est monté. Il n'est pas extraordinaire de voir un jeune homme gagner des batailles, de le voir mettre le feu par toute la terre. Il n'est pas impossible que la jeunesse et la fortune l'em- ^ portent victorieux jusqu'au fond des Indes. (3)

rO Le senre de flatterie qui rèfine dans cette épître , est excusé par l'enthousiasme qu'inspiroit k la nation française un jeune roi qui faisoit briller à ses yeux les quahtés des ■héros. Ce qui achève de justifier les hyperboles de Racme , c'est que le siècle de Louis XIV est aussi admiré dans la postérité que le siècle d'Alexandre.

(2) Tom- neuf et hardi pour la prose : cette épître est écrite avec beaucoup d'esprit et d'cîégance.

ÉPITRE DÉDICATOIRE. Iq5

L'histoire est pleine de jeunes conquérans • et l'on sait avec quelle ardeur Votre Majesté Ellemême a cherché lés occasions de se signaler dans un âge où Alexandre ne faisoit encore que pleurer sur les victoires de son père. Mais Elle me permettra de lui dire que devant (i) Elle, on n'a point vu de Roi qui , à l'âge d'Alexandre, ait f:;it paroitre la conduiîe d'Auguste • qui, sans s'éloigner presque du centre de son royaume, ait répandu sa lumière jusqu'au hout du monde , et qui ait commencé sa carrière par où les plus grands princes ont taché d'achever la leur. On a disputé chez les anciens si la fortune n'avoit point eu plus de part que la vertu dans les conquêtes d'Alexandre. Mais quelle part la fortune peut-elle prétendre aux actions •d'un Roi qui ne doit qu'à ses seuls conseils l'état florissant de son royaume, et qui n'a besoin que de lui-même pour se rendre redoutable à toute l'Europe.^ Mais, SIRE, je ne songe pas qu'en voulant louer Votre Majesté je m'engage dans une carrière trop vaste et trop difficile ; il faut auparavant m'essayer encore sur quelques autres héros de l'antiquité ; et je

(») Devant pour ayant n'est plus en usa^e.

ig6 épitre dédicatoire.

prévois qu'à mesure que je prendrai de nouvelles forces, Votre Majesté se couvrira Elle-même d'une gloire toute nouvelle ; que nous la reverrons peut-être, à la tête d'une armée, achever la comparaison qu'on peut faire d'Elle et d'Alexandre, et ajouter le titre de conquérant à celui du plus sage roi de la terre. Ce sera alors que vos sujets devront consacrer toutes leurs veilles au récit de tant de grandes actions , et ne pas souffrir que Votre Majesté ait lieu de se plaindre, comme Alexandre , qu'Elle n'a eu personne de son temps qui pût laisser à la postérité la mémoire de ses vertus. Je n'espère pas être assez heureux pour me distinguer par le mérite de mes ouvrages 5 mais je sais bien que je me signalerai au moins par le zèle et la profonde vénération avec laquelle je suis ,

Page 1