‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 57 sur 193 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Et ce funeste amour vous nuit encore plus (i) Que les crimes d'Œdipe et le sang de Laïus.

Quoi, mon amour, Madame ! Et qu'a-t-il de funeste? Est-ce un crime d'aimer une beauté céleste ? Et puisque sans colère il est reçu de vous , En quoi peut-il du ciel mériter le courroux ? Vous seule en mes soupirs êtes intéressée ; C'est à vous à juger s'ils vous ont offensée : Tels que seront pour eux vos arrêts tout puissans , (2) Ils seront criminels, ou seront innocens. (5)

(i) Et ce funeste amour vous nuit encore plus etc.

Pourquoi Antigone dit-elle à Hémon que les dieux le punissent d'être amoureux d'elle? C'est pour amener la réponse héroïque et galante d'Hémon , qui s'embarrasse peu de la colère des c'»cux , pourvu qu' Antigone soit favorable à son amour. Antigone paroît un peu trop résignée à la perte de son amant.

(■2) Tels que seront pour eux vos arrêts tout puissans , Indépendamment du faux et de la fadeur de la pensée, il y a ici embarras dans le style : tels que seront pour eux , est un tour pénible , obscur , incorrect : des soupirs qui seront criminels ou innocens , tels que seront pour eux les arrêts tout puissans , forment une phrase presque barbare.

(3) Ils seront criminels , on seront innocens.

Racine après ce vers, en avoit placé huit autres , qu'il supprima depuis :

Aussi , quand jusqu'ù vous j'osai porter ma flamme, Vos yeux seuls imprimoient la terreur dans mon anie 5 Et je craignois bien plus d'offenser vos appas , (lue le courroux des dieux que je n'offensois pas.

Antigone.

Autant que votre amour votre erreur est extrême ;

Que le ciel à son gré de ma perte dispose , (i)

J'en chérirai toujours et l'une et l'autre cause ,

Glorieux de mourir pour le sang de mes rois ,

Et plus heureux encor de mourir sous vos lois.

Aussi bien que ferois-je en ce commun naufrage?

Pourrois-je me résoudre à vivre davantage ?

F|Ji vain les dieux voudroient différer mon trépas,

Mon désespoir feroit ce qu'ils ne feroient pas.

Mais peut-être , après tout , notre frayeur est vaine ; (2)

Attendons Mais voici Polynice et la reine.

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