Oeuvres. Avec une introd. et des notes
Loisque après avoir quille Damiiit-ire el maiclié peiidaiil un quart d'iieure on laisse sur la gauche le village de Senlisse, allongé comme un ruban au pied de la colline, on arrive bientôt à une gorge, où une pelile rivière se prèci])ite de rochers en rochers. Avant de former ces cascalelles, sous des arbres centenaires, elle traverse plusieurs élangs considérables, que l'on pourrait, jusqu'à un certain point, nommer des lacs. Ils occupent en partie une grande vallée, dont les pentes montrent çà el à des blocs de grés mêlés à la verdure. On l'appelle les Vaux de Cernay, la petite ville de Cemay, construite sur un plateau, dominant son extrémité orientale. Au bord de la seconde nappe d'eau que l'on rencontre, se dressent les ruines d'une antique abbaye Son église spacieuse a perdu ses voûtes et son transsept; mais la nef encore debout, protégeant plusieurs files de peupliers, découpe sur 1 azur du ciel ses fenêtres vides, où murmurent tous les vents. Une aile de l'habitation destinée aux religieux subsiste aussi, mais transformée en maison de campagne.
(Je monastère eut poui- supérieur Philippe Liesportes, qui en loucha au moins trente ans les revenus, car la foi lune ne lit pas la prude envers lui et le combla tout jeune de ses faveuib. Huelques strophes bien senties, dans lesquelles il peint les Jieaulés des champs, lui furent sans doute inspirées par les sites d'alentour, les plus pittoresques, les plus frais, les plus accidenlcs que l'on trouve aux environs de l'aris et qui devaient, pendunl le seizième siècle, offrir un aspect bien préférable encore, uvic
M ni I II !■ n. m, M'hi. i is.
Ifuo IokHs ;iiilii|iii'^, Iriii |i(i|uiImII(iii iiioiii^ iiuiiilirciisc, le
cliaiiiii; lie li'ui- yiiUc iiiculle.
A Irois lieues environ ûe là, sur un luonionloire foiiiié pur le pluleiiu (le Cernay, on apcrroit le chàleau de lîévilliers, couvrant du son parc tout le mamelon, comme d'un manteau de verdure. Tliibaut Desportes, Irére du poète et grand audiencier lie France', y passait les beaux jours et empruntait à ce domaine le litre ([u'on lui donnait liabiluellemonl dans le monde, où chacun laiipelail le sieur de Cévillicrs. Le llurepois nous oll're dune les traces iialpables du séjour de cette Camille, témoignages (lue l'on aime à retrouver, car l'homme s'évanouit connue un songe; après un lajis de temps très-court, on examine avec intérêt les dernières preuves (jui attestent la réalité de son exislencc. Le llurepois confine d'ailleurs à la lieauce, où les deux Irères avaient vu le jour, aussi bien que leur célèbre neveu, Mathurin Régnier.
Tous trois étaient nés au centre même de la province, dans la ville de Chartres. En 1546, l'harmonieux poëte débuta, comme un simple mortel, jiar les cris perçants dont nous avons le privilège d'assourdir les témoins de notre arrivée en. ci; bas monde. Son père, Philippe Desportes, et Marie Edelinc, sa mère, imis lé'alement, appartenaient à la petite bourgeoisie. Desportes a longtemps passé pour \m entant do l'amour: les auteurs de la GkUki Christiinia l'avaient langé ])ar mèpiise dans cette tribu clandestine-. Dreux du Uadier combat victorieusement leur erreur au début île son article sur notre poète, inséré dans le i'.'iiiscrvidfitr du mois de septembre lia". Le témoignage de ïallemant des llèaux, que l'on ne coiniaissait pas au dix-huitième siècle et qui Tut imprimé pour la première l'ois en ISôi, est venu depuis confirmer l'argumentation du critique.
Cependant l'assertion des bénédictins n'est peut-èlre pas enl ièrrment fausse. D'a"]irès une tradition conservée dans une ancienne famille bretonne, ce ne serait pas lui, mais son père qui seiait venu au monde par contrebande. Celle famille Desportes ou Des Portes, car on irouve son nom écrit en deux mots et en un seul, habitait la vicomte de llolian. Son plus ancien membre connu est Guillaume Desportes, écuyer, compagnon de Du Cues-
' liflicior do la clianccUeric, cliarjjé des rai)iiorls.
• \om le passage de la GcHiU C rislUma : « Philiiiiiiii DespoiUf, poelu rcijiiis, filins iiolhus PhiHpi>i Desp'rl cieiHci Carnoleiisia, et Muiia: île loitre rhol'jiM'jeim- u (l'Iiilii.!"* Wp■4^*''*.•^, itd'''<" Hu roi, lils bâtard de I'lulip|,c Dcbportos,dorcdoCli,jj,j ;v.,iKi,yi;.j(rtf . ,'■. ' • ; . ryuemiaiso). luiiic Mil. p. liOS.
l'UlLll'l'Ii UESl'OUTES. Ml
iliii |iLiiiluiil 5U1I piiliiiice et pendant toutes ses yueiies: il dut sa fortune au célt'bre capitaine et en reçut un legs de cent écus d'or. Son frère occupait un siège èpiscopal. Guillaume [lorlait d'argent aux trois coquilles de sable, deux et une. Dans le cours du dix-septième siècle, la l'ainille s'établit au Mans. Ses papiers ayant élc détruits à l'époque de la lièvolution, elle ne peut appuyer d'aucun acte décisif ses prétentions à une alliance naturelle avec le poète; mais elle revendique cet honneur par suite d'une tradition orale, (|uc de nouveaux reuscignenients conlirnieront i)eut-étre un jour '.
La fortune devait avoir assez bien traité les )iarents de notre auteur, car ils purent faire donner une éducation savante à leurs deux fils, quoiqu'ils eussent en outre six filles-. L'ne de ces tilles, Simone Des])ortes, fut épousée ])ar nu bouigeois de Cliarlies, un notable, puisqu'il était éciievin, et elle mil au inonde le poète Régniei'.
.^près l'achèvement de ses étuiies, rhilii>pe entra chez un procureur de l'aris. Le jeune clerc montra dès lors cette humeur galante, qui devait lui inspirer presque toutes ses poésies. L'homme de loi possédait une jolie femme, que ne tardèrent jiointà émouvoir les œillades de Desportes. 11 grilbnnait pentètre aussi des vers pour elle, car il fut tenté de bonne heure |jar le démon poétique ''. .Mais le gratle-papier remarqua leur penchant nmtuel, et, un jour que son auxiliaire était allé en course, il lit un paquet de ses bardes, nous dit Tallemant des Iléanx, les pendit au maillet de la porto qui l'erinait l'allée de son habitation, et mit annrè.s un avcrlissemenl ainsi coiii;u ;
' C'est f espérance de M. l'ernaiid llespcrles, nvocal el docteur en druil, le plus jeune représentant de ceUe famille.
- Dom Liron, dans sa Bihlinthique chartrain:, prétend fpie Phi!i|)pe avait \ui second frJre, nommé Joathiiu Desporles, et lui attribue un biicours sommaire du rèijM de Charles JX, de fa mort et de ses dernières piirolef, imprimé à Paris l'an 13"i, in-8. 11 est le seul écrivain qui p.irle de ce frère ; Jallemanl des l.éaux ne le mentionne pas. L.t ressemblance des noms de famille a trompé le bénédiclin, et Siceron l'a réfuté dan- ses Mémoires pour s.'rvirù l'Histoire des ho nmes illustres, t. X.W. Ce .(oachiin n'avait aucun lien de parenté avec noire poêle.
■"• In homme qui favait connu iiilimement l'atteste de ia matière la plus positive :
Si ini'encou's onfanl des vers il l'a(.oiina; Kt de sa riocli^ \oiN ne cbvuUn élomia. Si loin j>ar son savoir ! devjjiçoil sou âge I De sa grandeur futur'' nlaijii'd»; prés.-".;»;.
\o';tv, à la lin du volume. le sieur Jacquc? de
.Vonicreul.
VIII !■ III i.i ri'i; iiKsi'oiiïKs.
'■ LniMpit' DcsiHUics rcvii'iiili;i, il ii';iiiiu iin'.i |ii(Miilic .sps landes cl ;'i s'i'ii aller. « Coiiynlié avrc aussi ])0u de coiririoiiio, lioii- Ifux sans dniilc d'appiTiHlrp sa mésavciilmo à sa lainillc, le j<Miiic luiKiiiic so vit dans l'obligation de clioiclier loilunc. La i(iui- venait justement de pailir pour ce tour de Ki'ance que f!allierine de Médicis faisait l'aire à Cliarles IX et (|ui dura ]irès de deux aus '. Uonsard escortait le |irince, composait pour lui ûv^ intermèdes et des bei'gerades. l.a euriosilé, l'espoii- de glaner Mir les pas de la liante noblesse ((uebine laveur, (|nel(|ne emploi lucratir, enirainéient Dcsporles dans la même direction"-. Il eut peine d'abord ù se tirer d'adaire. Hcduit aux plus durs expédients, il lut contraint d'aller faire pied de grue sur le jioiil d'Avignon, où l'on ne dansait jias toujours et où venaient, au contraire, se poster les valels sans maître qui désiraient entrer en place. Comme il restait là, livré à des préoccupations i)eu agréables et ne voyant pas venir d'amateurs; \ni jeune garçon •lit en causant avec ses camaratles : « Monseigneur l'évétpie du l'uy a besoin d'un secrétaire. « (le prélat était alors dans la ville. Desportes va sur-le-cbamp lui offrir ses services, et a le bonheur de lui plaire par sa physionomie, comme à l'aimable procureuse. Ce fut le commencement de sa haute fortune. L'évèque était d'une grande maison '" : Desportes fit chez lui des comiaissances utiles, se façonna aux Tïiaiiières du beau monde. Il y domia ti'ailleurs les ])remicrs signes avérés de son talent poétique. Xu rapport de Talleniant des Héanx, il éirivii alois sa belle ode louire nnr nnicl trop cla.rc :
0 iiuicl, j.ilouse nuict, coiilre moy conjui'i'e! ijui renllainiiics le ciel de nouvelle cldrté, 'I"ay-je donc aiijourd'huy tant de fois désirée Pour esire si contraire à ma félicité?
C'était mie imitation de r.4riostc*, mais il se garda de le dire et usa toute sa vie de la même réticence à l'égard de ses noni-
' La cour partit de Fontainebleau le !:> mars lo64, et ne tenu na son voyage qu'en décembre 1565. Elle parcourut le sud-est de la 1 raiicc pendant le premier automne.
- Ceci n'est qu'une hypothèse, mais elle a tant de vraisemblance qu'elle s'était déjà offerte à fespril deTallemant. «Des Portes prend son paquet et s'en va en Avignon (peut-être la cour élnit vers ce pays-l;(), » dit-il- Au moment où eut lieu ce voyage, le poêle avait dix-liuil ans, i'à^'e des premières amours et des premières aventures.
•■> Il appartenait à la famille de Senecteno.
* Voyez dans se. Poésies diversi'a le cliapilie \.i: le morceau il;ih ii délmtc p.ir celle stroplie :
0 ne' niiei daiini, c'c.
PHILIPPE DESPOl; TE S. IX
breux emprunts. Quoi qu'il en soit, la pièce fut merveilleusement bien accueillie du public. On y ajusta un air, et elle vohi de bouche en bouche. Son succès dura longtemps, car on la chantait encore sous la minorité de Louis XIV '.
L'èvèque du l'uy avait une nièce. Desportes s'éprit d'elle, et, avec son tempérament, ne pouvait guère s'en dispenser. Mais je ne ciois pas le moins du monde qu'il l'ait chantée sons le nom lie Cléonice-: la personne désignée par ce nom imaginaire fut la troisième de ses maîtresses; elle occupe ce rang dans toutes les éditions de ses œuvres. L'intlammable poète, ayant à peine de la barbe au menton quand il devint secrétaire du prélat, quelles auraient été les deux premières jeunes filles divinisées par lui de sonnets en sonnets? Dreux du lîadier nous apprend d'ailleurs qu'il avait trente-deux ou trente-trois ans à l'époque où il rima ces vers; enfin le livre de Cléonice porte pour second titre: Dernières amours.
Le patron île Desportes l'emmena au delà des Alpes. Sur cette terre des Césars, que le christianisme avait seulement rajeunie à moitié, le néophyte aspira, en quelque sorte, à pleins poumons les influences qui dominaient alors notre littèialure, le goût des anciens, l'imitation de leurs modernes continuateurs. Ce fut à Rome rnèine qu'il apprit la langue du pays ^. 11 serait curieux de savoir comment il passa son temps parmi les Italiennes, mais nous n'avons pas le moindre détail concernant ce voyage. Colletet a omis Desportes dans son Histoire niauiiscrile des l'oêles français, que possède la bibliothèque d u Louwe : on doit regretter vivement les faits précieux et maintenant perdus pour jamais, qu'il nous eut révélés*. Au delà des Alpes, le jeune écrivain eut sans doute mainte aventure galante.
' Du P.adier ajoute à ce délai! que nous lui enipninlons : «Furetièredans son Boinan bourgeois, cite celte chanson comme fort connue, et Pii'gnier, dans sa satire X, avoit dit en parlant d'une nuit obscure :
Croyez qu'il n'estoil pas : ô nuict, jalouse nuici '. Car'il sembloit qu'on eust aveuglé la nature, Et faisoit un noir brun d'aussi bonne leinlure Que jamais on en vit sortir des Gobelins.
Ce qui fait voir que le premier vers de Des Portes avoit passé en proverbe, preuve indubitable du mérile d'un ouvr.ige et de l'accueil que le public lui a fait; Je ne connois point de pièce de Malherbe à qui on ait fait cet honneur. » Voici le passage de Furetière que mentionne du Radier : « A son geste et à son regard parut assez son mécontentemeni; sans doute que dans son Ame elle dit plusieurs fois : 0 nu t, jalouse nuit! »
- C'est Tallemant qui avance ce fait improbable.
- Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illuslrei, t. XXV. ' J'ai vérilié moi-nirme sur le manuscrit l'absence de cette notice.
X l'Il ll.llM'i: DISI'OI'.IKS.
Los Kran(;;iis ('tairiil alors liV-s-lucn accueillis ilp la iiopulalioii ((■•minino. « Là so Irouvaiont on conlacl, d'une pari, la galantei ic IVauçaiso.vivo, légoro.cnjouéo; do l'aulro, la sensualilo nii-ridinnale,(|ui, combinée avec nncceilaineconliaiiile cxli'ricuro et nu eoinnieno moins libre entre les sexes, fait do ranionr lanlôt une |i:is>ion liiriense, laiilùl une science et un calcul. De là, clicz nous, des conséiiuenees (|ui se développèienl avec le leiniis: pour les l'emnies, des leçons de coquetterie, dos modes provoquantes el voluptueuses que les maîtresses de François l", la duchesse de Cliàteaubrianl et la belle Ferronnière, introduisirent à la couido Franco; pour les hommes, les enseignements et les frniK (l'un libertinage auquel le souvenir et le nom de l'Italie resteront toujours attachés '. » Ces mœurs convenaient ]iarfailomenl aux goûts et au caractère de Desporics. Non-seulenioul la nature lui avait donné des iienciianls amoureux, mais il épiouvail dos passions violentes : c'étaient mémo les seules qui eussent du ciiai'me pour lui. Ses œuvres nous renseigneni complètement à cet égard: les tiédes afTections, dit-il, uo pouvaient lui plaire. Il lui faut des cris, des serments, des transports, dos fureurs ; la volupté doit fondi'e sur lui comme un orage.
Qu'on ne nie prenne pas ponr.iiiner liédenienl. l'our garder ma raison, pour avoir lame saine; Si comme une bacchanle Amour ne me pounnènc, .le refuse le litre el l'Iionneur fl'un .-niianl. .le teux toutes les nuicLs soupneren dormant, Je veux ne trouver rien si plaisant que ma peine. Savoir goutte <lo sang qui d'amour ne soit pleine. I)t, sans savoir pouri|UO\ , me plaindre incessamment. Mon coMir me déplairoil. s'il n'étoil tout de llamme. L'air el le mal d'auiour autrement n'ont point d'ame ; .4mour est un enfant sans prudence et sans yeux. Trop d'avis el d'égard sied mal à sa jeunesse. .\iix conseillers d'Etat je laisse la sagesse, J'our m'en servir comme eux, lorsque je serai vieux.
Ayant obtenu, dans son âge mùr, les bonnes grâces d'une .jeune dame moins fougueiise que lui, quelque blonde sans doute, aux regaids timides, à l'esprit inquiet, il se fâcha de s:i réserve el de ses ajqiréhensions. Il l'assura qu'elle n'avait rien à oraindre de son mari :
Quand même il vous verroil en mes hras toute nue. Il ne crniroit jamais la chose estre advenue.
' liallieiy, Influence de l'Italie sur les Lellres françaises, p. 81 et S.".. L'auteur cite de curieux témoignages contemporain-; relativemenl à la licence de nos soldats en Italie
l']| I I I l'I' K IlIMMir.TKS. XI
Oi'il-ollft courir «les iH-ril? d'ailloiirs, il faut monlnr on ainoui' autant de vaillance que les soldais pendant la guerre. Aussi, dr-s les premiers mots, le poète brusque-til la prudente el calme l>t''cl)eresse, de manière à la déconcerter :
Que serviroil nier chose si reconnue?
.le l'avoue, il est vrai, mon amour diminue,
Xon pour objet nouveau qui me donne la loi,
Mais t'est que vos façons sont trop froides pour mo .
Vous avez trop d'ég.ird, de conseil, de sagesse;
Mon humeur n'est pas propre à si liJde maiiressc :
.le suis inipaliont, aveugle et furieux.
Poursuivant du même ton, il lui dil commenl il vnndr.iil qu'elle fut pour lui plaire :
f) une tièche trop mousse Amour vous a hiessée. Il faut âmes fureurs quelque amante insensée, (Jui, mourant chaque jour, me livre cent trépas. Qui m'ote la raison, le somme et le repas, Qui craigne de ine perdre et qui me fasse craindre. Qui toujours se complai^nc ou qui m'écoute plaimhi'. Qui se jette aux dangers et qui m'y jette aussi. Qui transisse en l'absence et que jeu sois ainsi, Qui m'occupe du tout, que tout je la retienne, Kl qu'un même penser notre esprit entretienne. Voilà les passe-temps que je cherche en aimant: .l'aime mieux n'aimer point que d'aimer liédcnieni.
Une ardeur si vive ne permettait pas au salant poêle d'agir avec circonspection. 11 nous aiqirend lui-même qu'il avait les mœurs et l'audace des coureurs d'aventures, qu'il ballait le pavé toutes les nuits, sans craindre les rivaux, les jaloux, les dél rousseurs de passants, les averses, le froid et le brouillard.
Quand je suis tout de llamme et que, chargé d'ennui--, Par la ville à grands pas j'erre toutes les nuits, Toujours une déesse à mon secours se montre. Les batteurs de pavé, qu'aux détours je renconin'. .Ne m'otent point ma cape, et leur fer rigoureux -\e se trempe jamais dans mon sang amoureux. I.e froid des nuits d'hiver ne me poite nuisance, -Ni le serein, ni l'eau qui tombe en abondance, le ne me sens de rien, tout aide à ma santé, l'ourvu qu'à la parfin, ayant bien écoute. Lasse de mes travaux, celle qui m'est si belle, Ijilr'ouvranl la fenêtre, à basse voix m'appelle.
In soupirant de ce caractère, que semblaient avoir embr.ifé les feux du soleil italien, devait réussir au delà des Alpes. i.e« cluTiniqni'ur* litli'Tairrs ne nou« apprennent p,i< commenl
XII l'Illl.ll'l'K lii:.scn|;TES.
Dcspoi'tes fui inlroduil, à la roui'; mais sos œuvres coiilicnni'iil à ocl l'yard les imlicalions les plus pircinusps.
11 sf liailclrés-liouiicliouiT cl ilelainauii'Tola plus inliiiKi avec nu liouiiTio (Micoie iilus jeune, (pii oceuimit uiw position lirillanle. Claude de I.atihespine, fds du célèbre Claude de I.aul)esi)ine,serrétaire d'I'.tat sous François 1"', Ileiu i II, 1 rançois 11 el Cliarle.i IX \ élail lui-inèuie secrélaire des coniniiuidenients de ce ilernier piince. Il senilile avoir réuni les gràics du eorps aux mériles de l'inlellii^'ence. La iiahire, suivant Desportes, l'avait t'ait giand, beau, agile, aimalde; il n'avait ni ambition ni dissinmlalion, mais, d'un cœur imr et d'une àme droite, ne songeait qu'à rendre service. Les jeunes gens s'éprirent l'un pour l'autre d'une amitié qui les lionore tous les deux. Le poêle fui sans doute présenté à la cour, mis en lelalion par l.anbcspiue avec Cliarles IX el les plus grands personnages, notamment avec le duc d'Anjou et le marquis de Villeroy, principal ministre, qui n'avait lui-même (pie vingt-sept ans. 'fous trois lui témoignèrent une égale faveur. Le ministre le logea même dans sa maison et le prit pour secrétaire particulier'. C'était un coup de fortime. .\ussi dans le prélude du poème de Roilomiinl, que Desporles dédia bientôt à son protecteur, le nomme-t-il son support, c'est-à-dire son appui. Laubespme avait pu l'introduire facilement chez le ministre, (jui avait épousé sa sœur et d(!vait en outre sa hante fortune à son père, comme Villeroy lui-même nous l'apprend dans ses Mémoires^. Le poète se trouva, pour
' Ce ministre, originaire de Bourgogne, mourut jeune encore, le 11 novembre 1SG7. Il passait pour un des plus liabiles négociateurs de l'Europe, et fut employé par la cour de France dans toutes les opérations diplomali- «(ues de son temps. Il signa, par exemple, le traité de Càlenu-Cambrésis, la paix de Ilardelot et assista aux conférences de La Marck. Il était baron de Cliâteauneur. La veille de sa mort, il donna d'utiles avis à Catherine de Médicis, qui était venue le ronsuller.
2 Son admission comme secrétaire cbez le marquis de Villeroy est conslatée par un document aullientique : le privilège de la première édition de ses œuvres; on y lit en eflel :
o Par lettres patentes du roy, données à Paris, le vingl-tiuiclième jour de juillet 1573, signées par le roy, le roy de Pologne, son frère, et lieutenant général présent, de Neufville (c'est le marquis de Villeroy); et scellées du grand sceau en cire Jaune sur simple queue : Il est permis à maistre Philippe Iles Portes, secrétaire de la chumbre dudicl <<ei(jneiir, de faire imprimer, » etc.
3 « J'eus cet honneur, quoy qu'indignement, mais favorisé de la protection delà feue royne mère, que Dieu absolve, et des services trés-recommandables que feu M. de Laubespiue, mon beau-père, avoit rendus à Sa M;ijeslé, d'estre pourvu à l'aage de vingt-quaire ans, i)ar le feu roy Charles, mon premier maisire, de l'office de secrétaire d'Fslal qu'exenoil ledirl fiMi