‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 13 sur 150 · IN HENRICI · texte numérisé non relu

IN HENRICI

REGIS POLONI.K I N V ICT 1 S S 1 .M I :T l'OKT.Kl EJVS l'OKT.E E LEG A M'I SSl Ml

JO. AUUATL'S' l'OETA HEGIIS

Gdllia quem gciinil, qiiem omni pcrfecil (dumnum Yirliile HRMiituM : a.jiis niilricia qnondom Vrxm'ni maijna qnidein cepll, majora ned oliin Sperabal : regni nceplra ad moderanda Poluni

< Jean Dorai ou Daiiral, puëto et savaiil, ne dans le I.iijioiisiii, d'iiiio fa- II ille ancienne. Il s'appelait en léalilé Dincmanily, mais tlianfjea son nom. Après avoir lerniiné ses études à Limoges, il vint liaMter Paris, oii on lui confia l'éducation d'Antoine liaïf, et où ses vers lui firent iiromplement une répulalioji. Frantois 1" le clioisil pour instruire ses payes. Les guerres civiles le forcèrent à prendre les armes; mais il retourna aux travaux de la paix aussilôt que les circonstances le lui jjermirent. Il devint \r. maîlre de lionsard, le favori de Charles IX, et mourut le 1" novemijre 1388, à plu-s de quatre-vingts ans.

D.mittiî lacrimaiis, Thclis ni }i,(t miilcr Ach llem E.ijiin/iKnidd viria quxs'ilum ad Vrnj<imn Gratis lluucqnr secula foret Chironia amiai /iilclus Tcsliido aiirati, teros nhi ( id illd) per annos Myra iirgel mariti et lerrss lolerare lalmiei. y on lia lu, PoriTjiE, senex cn'i vesserit illc Seiii'ffr, cl pulsarc fidrx el diccre versus Jiim juveii'f : lequalem tu pêne xqualls Achillem l'roseqneris, cnnct'is caput ohjeclare pericUs Inirepidn.i, rébus prœsens et adessc gerendis Ass/duus, nova 7)iox scnbalur ni ///«s- a le In rcs IIexrici, qnas non reins lequel Acli'lles. Tu velnt Arglvx classis cornes Orpheus aller, Bi si oui a freins cilhara seclaris euntem £sonidcm : lu, dum (jelidi petit ostia Ponti, Lenibisque rias canin, el Sympleyadis ira^ Mulcebis fidibns, fujcsque natanlia saxa, Transvolct incolumis dum classis Jasova portau.

AM A>'TONn BAlFir

rilILiri'l l'UHTIl CÂRMIKA

Qui propenil, charo yulriam pro Principe l-nquens,

Inler Sauromalas omniu dura pâli, l'onnis, lios tilfi dal primas, o Franc'a, flores

Quos juvenis campis leyit in Aoniis.

I AiiUiine de Baïf, nù en 1S.-.2, à Venise, où son pèie renjplissnit les lomlions d'amliassaileiir. On l'envoya étudier à l'ilris sous les meilleuis iiKiilies. Il eul, en même lemps ijUe Ronsard, Doiat ])our piofesseur, et les deux élèves se lièrent d'amitié. Malgié la piotecllun du Cliailes l.X,il resta pauvre toute sa vie, el mourut en 1389^

.\(r plr lias (Iniilcr'fl cominniir Icrnmcii, Tiniiic lui ririK, luijiic lux palv.w.

Di.miiiir luis (ili^ciis i/riiliis cclrliruhrir, roiiii, GdH'd ciinnin li:is (jaiidcul uiiclu iiarin.

IN KJl'SDEM POEMA

Si luuliim untiijiiis Cutis luudalur Ap('Ue<,

lilnlise incœp'am malris oh cffujiem :

Qminlos iugeii'o super xlhcra nulus hunuid

jEvo l'onT^Ls posleriore ferci?

lie cu' pcrfcc'a quacumquc ex parle luheUa

Tant (locla hhilius phigilur arle puer, l'iufiuiihir l'uero, Mnirique innalii renusUi^,

Hisiis, (lel'vix yraliii. Manda, joeus : Cumquc arrii quas (elle Imit, qiias melle snijilluî;

ira, venena, dolus, vincula, jlumma, faces: Videril ul quisqu's I'oiît^i cannen, Amuris

El riilhim, el mores ip.c r'dere pulet. Sec lamquam ridisse salis, simul ipsa profundu

?\iim na cuni jlummis peclore fixa gérai.

J. GROJAMUi

' Personnage sur lequel on li cuve à peine quelf]ues mois dans i'HiMoir universelle de Jacques de Xliou.

ELEGIE

Œi;\RES DE MONSIEUU DESI'ORTES

Jfi n'aime plus les vers, et toute ma colère Est lie voir tant d'esprits, qui se meslent d'en faire. Nous brouiller des papiers que pour livres on vont, Et ce sont toutesfois des caprices de vent : Os causeurs, despourveus de forces naturelles. D'un plumage empr\mté se façonnent des aile:-. Et comme oiseaux Idessez ils s'élèvent en haul, Et puis tout à la fois la force leur défaut.

Il ne peut qu'une mère, en cnfans trop féconde, N'en mette de boiteux ou de bossus au monde: Entre tant de lymeurs, que la langue a tous fails, On ne doit s"csbahir s'il en est d'imparfaits; Par le trop d'ornement sa gloire est oppressée, Comme par trop d'espis la moisson est versée. Les Muses ont perdu toute leur chasteté, Et comme on voit en tout nostre siècle effronté, A ceste heure chacun met la main sous leur robe, Entre dedans leur temple et leurs secrets desrobe.

En ces figes naissans pleins de rusticité. Où les premiers mortels en leur simplicité Veirent d'un cœur contant, ainsi que de fontaines. Découler le nectar des montagnes hautaines, Et, sans chaud et sans froid, un aimable ijrintans Joindre la fleur, lafueillc et le fruit en tout tans; Lors que sans nul travail, aux hommes inutile, La terre aux plus oysifs se moniroit plus feiiile; i>ux qui du mont l'amasse au ciel poavoieni mon'. Du peuple é'oient tenus enfans de Jupiter,

tlnmmp ("s ornclrs sainis croyiinl ;'i lonis |),-inilp?, I.ours iina{,'i>s csliiinU dos aulios los idoles ; On voyoit en k>ui' noiii des temples élevez, r.l pour f;arder Icnis corps on lenoil leservez Des toinl)e;uix enrichis de pilliers el d'arcades, Ijiii souslenoicnl les lys et les l'oses muscades, Tandis que leurs esprits alloient en d'autres lieux, Où des astres pins nets csdairoienl ' à leurs yeux.

Depuis que de ce Dieu la nourrice secrette L'eut tiré doucement de sor, antre de Crète, VA qu'il nous cul donné par des mois si divery-, Apres de doux piintans, de si laciieux liyvcis; Que l'on n'eust désormais plus de finit sans semence, Et qu'il fallut des loix i)our garder l'innoccuce. Tous ces pi'emiers honneurs, que l'on avuil rendus A cet art tout divin, l'urenl presque peidus; Les Roys pouilant encoi- y mettoient lenrestude. Mais, depuis qu'une laui;ue esl hors de servitude. Et qu'il est tant de mots que chaciui ])eut iiarler, Ce grand nombre de vers, qm' sont bons à brûler. Des sçavans et des grands les esprits iinpoi'lnne Et leur fait mespriser cesle gloire commune; Pour dédaigner l'objet qui nous est le jilus cher. C'est assez quand beaucoup en osent api)rocher.

Comme une fleur scci-ette, une odorante rose, Qui seule seure:nent sur l'espine repose. Dans un jaidin bien clos, ou dans qnehiue verger, Qui n'est veu des troupeaux ni cognu du berger; Le soleil en fait cas et, rayonnant sur elle, Accroist de ses presens sa beauté naturelle; L'aube, sur l'orient déployant ses habis, Sur elle de son sein fait tomber des rubis; Ceste fleur en passant est de tous désirée, La lille en veut parei' sa perruque - dorée; Le rosier, la cachant, montre de ne faillir A repousser la main qui la viendra cueillir. Mais, si par les troupeaux sa couleur est fanée, Et par l'œil des bergers sa beauté ju'ofanée. Ses feuilles sans odeur tombent sons l'églantier, Et perd en un instant son ornement enlicr.

Ces pudiques beautez, à la fin trop fâchées De voir de gens de peu leurs faveurs recherchi'es, Leurs saints ruisseaux troublez, cl |inr iinpuniié

I li.nyoïinaicMit.

- CheveUiri'.

Tout le monde attonter ;i lour virginiu-, Laissent le temple ouvert, et toutes en colère, En retournant s'asseoir aux costez de leur père, Abandonnent leur art sans honneur et sans pris, Profané par la voix de tant de bas espris.

Ainsi par les saisons tout fleurit et s'efface, Les choses pour un temps l'une à l'autre font place, Et toutes à la -fin cèdent au changement, Quand il n'est plus i!e lieu pour leur accroissemenl. Lorsque du plus liant ciel les Muses descendues Pi'avoicnt qu'en peu d'esprits leurs flammes espandue De leurs chastes amours les premiers inspirez Ouvrirent des trésors de la France admirez; Mais, rien n'estant jamais parfait de sa naissance, Ils ne peurent trouver, parmy tant d'ignorance, Ce qu'avecque plus d'art les autres ont cherché. Voyant ])ar les premiers le chemin défriché.

Quand de si peu de mots la France avoit l'usage, C'estoit estre sçavant que d'avoir du langage; Rien ne se peut former et pollir à la fois, Et faut beaucoup de mots pour en faire le chois. Ces esprits emportoient la gloire toute entière. Si tonsjours la façon eust suivi la matière ; Mais souvent à leurs vers defailloit la beauté, Connne aux corps qui n'ont rien qu'une lourde sanlé. A ces vieux bastirnens ils étoient comparables. Dont le fondement ferme et les portes durables De l'orage et des vents mesprisent les efforts. Mais qui, sans ornement et dedans et dehors, i\'ont nul esclat riant où l'œil se puisse plaire ; L'émail des chiffres d'or dans les chambres n'esclaire ' Ny des marbres divers la luisante clairté. Et n'ont rien qui ne soit pour la nécessité ; Non plus que ces guerriers vestus d'amies pesantes. Qui les pourroient avoir et boimes et luisantes; Mais voulant aux combats seulement s'asscurer, Ont soin de se couviir et non de se parer.

Les derniers, qui vouloient s'esloigner de ces vices, Ont assis Apollon au throsne des délices. Mais de trop de liens contraint sa majesté. Luy qui, comme un grand Dieu, n'a rien de limité. Qui dessus tous les arts estendaut son empire, De pompe et d'appareil par tout souloit reluire, En cet âge dernier, cliassé de sa maison.

Se voit dedans l'onclos d'une cslroite prison, Kt réduit sous le j'our^ de pointes rij,'ur(''es, SoullVe contre son ji'é ses bornes mesurées Par des jeunes esprils, dont le foiijle ecrveau Vent proiI\iire à la cour un lanf;age nouveau, Oui i>luist aux i^uoraus, et nostre langue infecte De rymes et de mots i)risen leur dialecte. Kt comme ces pourtraits de lou','-tans commencez , D'un pinceau délicat ciaintivement jioussez, Qui ne sont relevez (pie par la patience, Moustrent en leur douceur i)lus d'art que de science Leurs vers ont |)ar tiavail idus de subtilité Que de force requise à l'inunortalité, Semblables aux muguets plus soigneux du visage Que des cflets d'honneur cpii partent du courage. Car, comme ces beaux fils, remplis de vanité, Uecherclient le parfum premier (pie la sauté, Ces ignoraus, fardez de paroles dt'yointes, Pi'cmier que leur sujet vont reclicrcher les pointes ; Si bien que les premiers sont trop près du berceau, Les derniers en naissant ont trouvé leur tombeau. Desportes, tout remply de lumière et de gloire, Qui de l'éternité limite sa mémoire, Ny trop près de la fin ny du commencement, Seul quand et la fureur a eu le jugement. Car, pour estre tousjours à lui-niesme semblable, Il empesche qu'auciui ne luy soit comparable. Et sans monter trop haut ny trop bas dévaler, Fait qu'estant tout égal on ne peut l'égaller. li'Amour n'auroit sans luy ny flamme ny cordage; l"t comme cet Amour débrouilla le nuage De la masse confuse où tout le monde estoit. Lors que cliasque élément sans ordre combatoit. De tant d'esprits confus cet esprit nous dégage, Et la France luy doit la reigle du langage. On devient tout sfavant, quand on sçait l'admirer. Et cet œuvre si net ne se peut comparer Qu'à ce chemin de laict que marqua dans la niie Ceste belle Junon, quand, doimant toute mie, Et sur un lict d'œillets ses nymphes attendant, Hercule à ses tetins elle trouva pendant. Et veit à son réveil une sente blanchie. Des perles de son laict à jamais enri(;hie, Et des lys argentez, que la teiTe coneeut De la blanche liqueur, qu'après elle re(;eut. Esi>ril, qui des plus grans les louanges surpasses,

Dormant ilwlans lo soin des Muses et des Giares,

Tu nous fis un chemin nrt et délicieux,

Oui peut, en le suivant, nous mettre dans les rieux.

Ces paroles d'amour ([u'Amour t'a révélées,

Plus pures que les lis qui croissent es vallées,

Sont lis pris sur un mont où personne n'alteint,

Qui ne perdront jamais la couleur de leur teint;

Car aux jardins du ciel ils ont eu leur naissance,

Et plantez en la terre, à l'honneur de la France,

D'une immortelle main, la mère des Amours

Les va d'une eau de Meurthe arrouser tous les jours.

Escrire encore après ces paroles divines. C'est hien auprès des lys approcher les espines ; Si ce qu'on peut de mieux, c'est de les imiter, Puis qu'il est impossible, il ne faut plus chanter.

Piare exemple d'amour et des aines fidelles. Qui mets dans nos esprits des créances nouvelles De ton sexe, tenu plein d'infirtellité.

Belle Anne, qui fais honte à la pudicité D'une qui, la perdant', la rendit éternelle. Et fit quitter aux Pioys leur terre paternelle; Qui portes sur le front un printans de beauté?.. Ouvrant devant nos yeux des fleurs de tous costez ; Je ne laisseray pas, belle et chaste maistresse, Avant que de mourir d'acquiter ma promesse, Sans espoir du renom des autres attendu. Et tandis que je vay chercher ce qui t'est deu, Comme un, mii de l'Amour comme moy tributaire, Se rencontre en resvant sur une eau solitaire, Et parmy tous les lieux d'un désert écarté, Sont;eant tousjours aux yeux, roys de sa liberté, Voit dedans le crystal de ceste onde de verre Les monts, les prez, les bois, comme il fait sur la terre ; Dans ce livre, tout plein de nos affections. Contemple mon tourment et tes perfections.

Des Yvete.mx '.

' Perdant la honle-

* Nicolas Vaiiquelin, seigneur des Yveleaii.';, lils du célèbre Vauquelin de la Fresnaie, vint au njonde en 1339, et mourut à quatre-vingt-dix ans. Il éleva le ùuc de Vendùme, lils de Henri IV el de Gabrielle d'EsIrées; plus tard, il devint précepteur de Louis XllI ; mais ses inanirs licencieuses le tirent renvoyer de la cour. Il mena dés lors la vie la plus étrange, dans une lielle maison du faubourg Saint-Germain, el passa Irenle-cinq ans avec une joueuse de harpe qu'il avait trouvée évanouie à sa porte. Il a écril d.'ç stances, sonnets, et autres poésies fugitives.

Il)

Page 1