‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 140 sur 150 · POUR LA MASQUARAPE DE? CHASSEUR · texte numérisé non relu

POUR LA MASQUARAPE DE? CHASSEUR

STANCES âlX D.^^lt> '

Nous sommes six chasseurs de la belle Cypris, Nourris en ses forests de Paphos et d'Erice, Entre les jeux mignards, où nous avons appris De nature et d'Amour ce plaisant exercice Qui, par divers sentiers et par lieux inconnus. En chassant jour et nuit sommes icy venus,

1 Ces stances sont imitées, ou, pour mieux dire. Ir.iduil(-s d'un moiceau du Bernia, qui commence ainsi :

Noi siamo, ô belle donne, caccialori, Minisiri e servi a I' auiorosa dea, etc.

464 MASQi'Ar, Ani;s.

Itien fournis do courlaux, de limiors ol dn toiles, l'ouï" cliMssiM" aux fnrosts dos joimos (laiii(ii>,ol|(s.

On (lii (|iic loms taillis sont assez frequenioz, l.t que loiit ee lerioir est fort proi)re à la chasse; Los piqueurs seulemonl. no sont pas bion montez, Lonrs courlaux et leurs chiens sont de mauvaise race Ils n'ont jamais appris comme l'on doit chasser, Faire enceinte es devant, rombuschei- et lancer, liequester, redresser, mettre bien sa brisée ; Mais souvent redresser c'est chose mal-aisôe.

Ce n'est pas peu de cas de chasser comme il faul ; A la perlectiou mainte chose est requise. Les ))iqueurs bien rusez souvent sont en delfaul, Et sans plus redresser laissent leur entie|)riso. l'oureslre bon chasseur, il faul premicreinont F.slre ferme et lii(!n roide, et |)iquer vivenu'iit, C.ardoi- l'ordic cl le lans, et l'arl et la mesure, F.l non comme les foux courir à l'advanlure.

11 faut un bon limier pénible ot poi\rsuivant, Nerveux, le rable gros et la nai'ine ouverte, Qui roidisse la queue et s'allonge en avant. Si tost qu'il sent la besle ou qu'il l'a découverte; Et lors c'est le plaisir, quand un veneur parfait Le sçait tenir do court ou Iny laschcr le trait, L'arrester, récliauflor, comme il a connoissanco Un que la besle ruse, ou bien qu'elle s'avance.

Tous endroits pour courir ne sont pas approuvez, Et chacune forest n'est duisanle à la chasse: Les champs marescageux, qui sont trop abbiuvez. Bien souvent à nos chiens ont fait perdre la Ir.u-e; Les lieux, d'autre costé, raboteux et pierreux Sont faschcux à piquer et sont fort dangereux ; Qui veut que sans danger le plaisir l'acconi|)agno, 11 n'est que de chasser on la plaine campapiie.

MASQUARADES. 46S

Ces coustaux verdissaiis en gazons relevez, Qui commencent encor à pousser un herbage, Des chasseurs bien experts les meilleurs sont trouvez ; Mais ils veulent des cliiens qui soient de grand courage. Un cliien foible de reins se rompt soudainement; On a beau foihuer et sonner hautemeni, (Juand il a fait un cours, sa force diniinuë Et, sans plus requester, il va branlant la queue.

iNos chiens ne sont pas tels, mais, tousjours vigoureux. Echauffez du plaisir vont supportant la peine; Ils ne craignent l'hyver ny l'esté chaloureux, Un cry les resjouyt et les met en haleine, Et sans estre en défaut, légers comme le vant, Tousjours bien ameutez, le droit ils vont suivant; Et n'y a lieu si fort, ne si serré bocage. Qu'ils n'y mettent la teste et n'y trouvent passage.

Quel plaisir pensez-vous qu'un chasseur doit avoir, Poursuivant finement une beste rusée, Qui tournoyé en son fort, pensant le décevoir, Uu qui donne le change et fait sa reposée, Quand après grand travail il la voit commencer A se feindre le corps et sa teste baisser. Chanceler coup sur coup, à la fin renversée. Tomber à sa mercy toute molle et lassée':'

Dames qui, jiar vos yeux amoureusement doux. Rendez comme il vous plaist une ame assujettie. Sans perdre ainsi le tans chassez avecques nous, Et la chasse en commun vous sera départie; Prestez-nous setilement vos bois et vos forests. Nous fournirons de chiens, de courtavix et de rets; Et, bien que sur nous seuls la peine soit remise. Vous aurez le plaisir et le fruit de la prise.

fit: M \S(.M' m; A DE s.

I'(MI! I.A M\S(.ilIAll\I)i; IIRS CHEVALIERS AOl'IT/,

l'i.AiNn; i:\ ioii\tr: d'kciio

Où suis-jf? o inisoialilc! ou m'a .jcllé l'orage i" K.st-cp |)|aino, est-ce mont, est-ce l)ois ou rivage i.tiii lieniii me reçoit, et me va secourant Des naufrages d'Amour, le piteux demouranf.' Malheureuse ina vie à soull'rir condamnée! Quel destin me poursuit d'une liaiiic olislinée? Le ciel veut-Il nommer une mer de mon nom, Où si c'est le courroux de iinchinc autre Jnnon'.' - Nmi. iNon, dieux! qui me respoud'.'(|nel bruit me l'ait la guerre, Quoy n'auroy-je repos sur l'eau uy sur la terre'?

Mais, ù (ille de l'air! Echo n'est-ce point toy, Qui viens à ce besoin consolei' mon éinoy'/— Moy. .Narcisse à tes langueurs jiuisse estre secourable, belle et gentille nymphe, au\ amans favoral)le! I)y inoy que je dois estre en si grand déconl'orl .' — l'uil. (Miel remède est plus piopre au liavail ijue j'endure.' — bure lié! n'ay-je pasdiin'' lidellement servant? Ou'ay-je eu lin recueilly si loni; tans poursuivant '' — Vaut. Donc quedoy-je plus faire en ce malheui- extrême ' Aime, llelas! j'aime si fort que je m'en iiay moy-mème. Mais je n'avance lien, les destins trop constans (Àintre ma loyauté sont tousjonrs coinbaltans. — Allant. Et bien ! j'altendray donc, sans (jue tant de traverses. De Ilots, de vens, d'escueils et d'injures diverses, Dont fojble et sans secours je me trouve assailly. Puissent reiKJie un seul jour mon courage failly. INon que l'esiioir m'allège au mal que je supporte, L'esprit n'est )ias constant que l'espoir réconforte, Mais celny seulement qui sans rien espérer Peut d'un cœur invaincu tonte elvose endurer.

EPITAIMIKS

Hr. TlMOl-l-ON Ht; COSSF.

cnMTi: l'i: iiKi

n iiidil! lOiileiile loy! ioii cliar est liomiir D'une riche despouille et de trop belles armes ; Tu peux bien t'assouvir, si tu te pais de larnie> ; Héros ne fut jamais si justement pleuré.

Mars ne doit désormais se tenir asseuré, \ins redouter craintif et fuir les ailarmes, Voyant devant ;>es yeux, entre rnilln gensdarnics, Le jeune Mars yaulois palle et deliguré.

Mais, las! que seay-je, nioy, si Mars, esnieu d'euvit A point forcé la mort à le priver de vie! U Mars, s'il est ainsi, lu t'es bien abusé I

Car, s'il a remporté tynt d'honneur sur la lerre. Or' qu'il est immorlel, il sera plus i)risé. Et sera léveré comme dieu de la guerre.

' Ce jeime seigneur, d'une bravoure iiilripide, fui lue au siège de Wucidan, en l'érigord, le 28 avril 1569, ;i l'à^e de vingl-six ans. De là les justes ii-yrets auxquels Desportes servit d'inlerpr. te. Il était né en 1343 et senit de compasjnon. pendant son enfance, à Cliaiies IX, qui, devenu loi, le lit yentilliomine ordinaire de sa clianibre et colonel général de finfanterie française au delà des Alpes. Il débutai dans la carrière militaire, en 1362, au siège de Houeu, et combattit la uiênie année pour défendre l'aris. H sucourut Malte en 1365, et for^a les Turcs à se rundjaninti , les poursuivit même jusque sur le riv.ige.

468 I. l'i TA l'iiiis.

liK I.UV-MKSMH

Hrissac csloit sans pour, jeune, vaillaul cl lorl. : il tsl uiorl toulesfois. Passant ne l'on osloniu', Car Mars, le diou guorrior, pour inonslior sou cflor I, Se prend aux plus vaillans cl aux lasclies iianlonuo.

ur. m \ N !■; i>i': cossk

COMTI-^^l; lll', MAXM-KI.I) '

(Juantl lo soleil nous laisse ot que, (oui radieux, Il va luire à son tour parmy l'autre liciuispliore, Tout se couvre d'ombrage, ot ce qui souloil |)laire Prend un visage triste et se t'ait ennuyeux.

Ainsi, chaste Diane, en quittant ces bas lif ux. Pour faire luire au riol la llainmc ai'dante et claire, Que! nuage de pleurs, quelle horreur solitaire. Quelle ombre et quelle nuit laisses-tu sur nos yeux''

Uelas! ton occident d'autant plus nous ennuie Qu'il vient devant le soir, et ((ue ta belle vie Presque dès le matin nous couvre sa clarté.

Mais, que dis-jc! ali! je faux, tant l'enuuy me trauspurlc .' Ta vertu luit tou.sjours, la mort n'est assez forte Pour faire que son jour nous soit jamais ostc.

1)H MADAME LA M A lî F- Sf'.ll A Ll.E DE DRlSSAf;-

De patine et de lauriers tout autour soit plante Ce sacré monument : car le corps tpi'il enserre

I Une des Irois remines de l'ienelirnesl de Mniisleld, prince ,illernun,l, né le -20 jviillet 1517, njorl le îî iiuii lOni. Pcnd.nil lonle l,i première pai-' lie de sa carrière, il servit l'Espagne conire la l'rance. Mais, ayanl amené, en 1509, des seconrs à Charles IX conUe les proleslanls, il fit dn lels exploits pendant la baluille de Monleonlonr, que le roi lui écrivit de sa propre main une lettre Irès-llalleusc. lieliré, snr la lin de sa vie. à Luxembourg, il s'y occupa uniquemeni des sciences et des aris, qn il .ivail loujours aimés; il se lit conslniirc nn palais magnifique, où il rassemlib toutes les antiquités que l'on liouvait dans la province el dans les pays liinilrojjhes. Celte Diane est l'héroïne des Premii'ies Amours- Voyez ma préface.

- Femme d'Arlus de Cessé, comte de lirissac, nonnné maréchal de lYance en 1567. Il élail surintendant des linances depuis 1365. En 1557, il commanda l'année conire les calvinistes, sous le duc d'Anjou. Arrèlé, condnil à la Bastille peu de leinps avant la mori de Charles IX, sons prélevie

l•:^'lï.vl•lll■;^. 40!)

Eu vivant trioinplia des vices de la teirc, Kl l'oi lia de vertus, d'iionneurs el de bonté.

Itrissac fut son espoux, ce guerrier indoiiilé, Qui tut des ennemis la foudre et le toinierie; Brissac fut son enfant, cet astre de la "fuerrc. Qui trop tost des François relira sa clarté.

Tant que des faits gaulois durera la mémoire, De ces preux chevaliers sera vive la gloiie. Elle donc, mère et femme à deux si grands guerriers,

Qui sema de lauriers et de palmes la France, Doit avoir son tombeau, pour digne recompanse. Au lieu de belles lleuis tout semé de lauriers.

DE SEBASTIEN DE LlXEMBOlllt;

DUC DE MAllIlGtES

Cekiy que la moil inesme en vivant redouloil, Lors qu'il ouvroil les flancs de la mutine aimée, El qui, cliaud d'un beau sang et de gloire animée, Sans crainte de la moit aux dangers se jelloil.

Celle futaie sœur qui toujours l'aguettoit, D'envieuse fuieur et fl'ire envenimée.

Se meslanl dans l'cstain d'une balle entlammée, Perça son front vaimiueur, où la gloire babitoii.

Puis, se resjouyssant d'un si pileux ouvrage : — Voy, ce dil-elle alors, que te sert ton courage.' Et comme les plus foits sont sujets à ma loy.

— Tu l'abuses, dit-il, o mort pleine d'envie! (^ar je laisse un renom qui n'a point jieur de toy, El vay revivre au ciel d'une immortelle vie.

DU SIE un DE SILLAC

C'est en vain désormais que la mère natuie Travaille à faire voir des ouvrages parfaits, Puis qu'ils sont par la mort si promplemenl dcfaitii. Et que le plus parfait est celuy qui inoins dure.

Peintres mal avisez, qui, par vostre peinture

qu'il fa^oiisait le duc d'Aleui.o:i, il y resta dix-sepl mois. Henri III lui ouvrit les portes de sa prison et lui offrit des lelties-palenles qui atli-sleraienl son innocence. » Trouvez bon, sire, que je les refuse, dit-il ; un Cossé doit croire que personne ne l'a supposé coupable. » Il niinail la table et oncoïc plus \o.s femmes. Il mourut en Anjou, au mois de lévrier I58i.

no I ITIA l' Il lis.

Kiiites la iikhI sans \rii\, idni mkv. vos |iimrUail>. Tousjuiirs ail plus dcau Iml elle uiJri'ssi; ses lrail>, El n'en lire jamais un sr.'ul à lavanlmc.

Lllc a choisi Sillac eiilro mille soklars, Sillac, cliiiisi d'Amour, d'Aiiollon oL de Mars, Kl, d'un COU]), de liois dieux l'allenle elle a ravie

Mais, las ! elle est sans yeux, car s'elle cust veu les pleura i,)u'onl lespaiidu sur luy les beaux yeux de ses so-'uis, r.lle eusl esté couliainte à luy rendre la vie.

1)K CI.AlDr. I»l'; I! \ST AI!.\A\

>ii:i I', d'a.mdn

lusle posLerilé, ipii liias la vaillance Ite lanl de grans liuerriers à jamais glorieux, ijui ]iar le fer vain((ueur se sont ouvert les cieux. Achetant de leur sang le repos de la France,

Honore incessamment l'heureuse souvenance liii vaillant Baslarnay, digne race des dieux, ijui, dès le doux printans de ses ans gracieux, S'olfrit pour son pays d'une helle asseurance.

Pour le récompenser de sa fidélité, l.es dieux bénins luy ont le corps moilel oslr, l.uy donnant dans le ciel une gloire immortelle.

Car il luit maintenant en astre transformé. Kt sera bien-heureux à bon droit estimé ijiii naisti'a drsoimais sous planellt^si belle.

A 1 A TRAMIK

bu sommeil (pii te clost les yeux et la )iens(''e. Sus reveille-loy, France, en cesle extrémité! Voy le ciel contre loy par toy-mesme irrité, Ft regarde en pitié comme tu t'es blessée.

C'est assez contre loy ta vengeance exercise, ("est assez en ton sang ton bras ensanglanté, FI (juand ton cœur félon n'en seroit contenté, l'ourtant de t'afTollei' lu dois estre lassée.

Toy q\ii lus autrefois l'elfroy de l'estranger, Mr' tu es sa risée et soumise au danger. Tandis que dessus toy tu t'acharnes cruelle.

Qu'il sorte |i(inr donder ton creur enveiiiméi

tt lasse coiiiiiic on voit un gr:iiid loup allaiiiiV Oui (.le tout un troupeau spjiare la querrllc '.

DE GILLES liOlliDliN

l' r, o c. V n E L r, gène r. a i, d v n u y -

liouiiliu t'ul un espilt veillanl incossaïunicnt El un corps endormi, chargé d'àj;e et de L;iais.se : L'esprit i)ronL se plaignoitdu corps tousjours donnant, Le corps lourd, de l'esprit qui n'avoit jjoint de cesse. Le ciel, pour appaiser ces étranges discords, A l'ail venir la uiort ce|)endant (|u'il sommeille, (Jui d'un somme éternel a fait dormir son corps Aliii que son esprit plus à son aise veille.

liE BUE VET

ElMlIijrE ET CHANTRE EXIIEI.M N r

V \]ON>u;rn mcolas, SEcnEiwinE m i;oy

l»ans ce tombeau loul parfumé de roses, D'un Ampliion les cendres sont encloses, Qui tout divin les rochers esmouvoit, Qui de sa voi.v leur inspiroit des âmes, <Jui, comme Orphée, ettoit hay des femnir-, Et mieux que luy les travaux decevoil.

Peut eslre, ami, ta voix mélodieuse Dans ce tombeau soupire une chanson Pour -Nicolas : mais la terre envieuse De tes fredons nous dérobe le son.

I liiiilé d'un sommet de Guidicciou, (lui déijute pai- ci' vci > : bal pigro e grave sonno ove sepolla, elc.

•i Gilles Uourdin i'tail né à Paris en IjI". Il fut slICces^iveJnellt lienleiiaiil général des eaux et forêls de France, avocat général an parlement de Paris, procureur général, et mourui d'apoplexie le 23 janvier 1370. En 1545, il avait écrit nn commentaire grec sur les Thehfliophores d'.\rislopl)ane; son savoir le rendait intéressant pour la ])léiade. Les langues hébraïque, arabe, grecque et latine, lui étaient familières. On conserve en manuscril, à la bibliolliéque nation.ile, ses Méinvires sur les lUn'rtés de l'Église ijulHcane- Il semblait toujours dormir à l'audience, ce qui ne l'empêchait pas d'écouter attentivement. Sa piété, son érudition et sa droilnre lui avaient acquis l'est ime généi aie-

474 i:rri Ai'Hiis.

HK LA liAlllUCllK I>E MADAME 1>K VlLI.KltOY

CiUlo tliieiiiie, au vif cdiilrefaile, Kstoil ili' lieaulé si |)ail'ailc, Qu'on ne voit onc rien de si beau :

Le iioil Manc dont flio fut riclic «

Liionoia du nom <le Darbiclie, Nom qui n'est point clos du tonilieiiu.

Car une si;avante déesse, Qui fut icy bas sa inaistresse, Lui fait part de sa deïlé, Et par mille vers mémorables, Et mille portraits honorables La sacre à l'immortalité.

Apres qu'elle eut passé sa vie, De mille délices suivie, Bien aimant, bien aymée aussi, Baisant le beau sein de sa dame Doucement elle rendit l'.imc :

Qui ne voudroit mourir ainsi'.'

Or, si le ciel, qui tout embrasse, (lomme jadis au.x chiens fait place, Il ne faut douter nullement Que cette Barbiche si belle Bien tost d'une clarté nouvelle Ne flambe au haut du firmament.

DE JEAN DES JARDliS'S''

Ml LLCI^ DL IIOV, ijll MOI'RIT btUITKMEM

Apres avoir sauvé par mon art secourable Tant de corps languissans que la mort menaçoil, Et chassé la rigueur du mal qui les pressoit, Gaignant comme Esculape un nom toujours ihuaiilc;

Geste fatale sœur, cruelle, inexorable.

Voyant que mon pouvoii' le sien ainoindrissoil, Un jour que le courroux contre moy la j)ous.-5oil, Finit quant et mes jours mon labeur profitable.

Passant, moy qui pouvois les autres secourir, Ne dy point qu'au besoin je ne me peu guarir

I Femiue du secrétaire d'Etal de ce nom. Voyez la luéfaic. • \ Oyez la note de l;i page 2».

EPITAPIIKS. i73

Car la mort qui ilouloit l'efl'ort de ma scienco,

AiiiAi que je pienoy sobrement mon repas, .Me print en trahison, sain et sans desfiance, Ne me donnant loisir de penser au trespas.

ni-: DAMOISELI.E JEANNE DE I.dYNTS

I Oin V. SOIIKAC, MIN MAIIV

Helas! ciel inhumain, et toy, dur monunieiil, Vous avez entre vous partagé ma richosse! L'un a ravy l'esprit de ma chère maistresse, L'autre enserré son corps qui luy sert d'ornemenl.

Désolé que je suis! pour tout allégement Mes yeux noiicisde pleurs en ces deux parts je ihes'ir. ih' je les levé au ciel, et or' je les abbaisse Vers ce lieu qui retient mon seul contentemenl.

Las! si mes justes cris se peuvent faire entenilrc, i l'uis que mon cher thresor vous ne voulez me rcnih. , (!iel et lombea»i, de grâce, octroyez-moy ce bien :

Ciel, ravis mon esprit comme cil de ma dame, Assemble-les ensemble, et toy, cruelle lame. Sers de tombe à mon corps comme tu fais au sien .

DE M AD U(E MARGrERlTE

ni'CHESSE DE SAVOYE '

Tu nous veux perdre, ô Dieu plein do venpeaiii e! Tu nous veux perdre, et ton cœur despité Comme \m torrent respand sa cruauté.

Noyant du tout nostre foible espérance.

Il ne resloit rien d'entier de la France, De pur, de saint, d'une antique boulé, Que MAncrEniTE, liumaine deîté, Et ta rigueur couvre cette inlhiance.

' Fille de François I", moric à Turin en l.'lTl, « an grnnd ieL;nl iln il;.i et (le tous les gens de bien, dit l'Esloiie. Entre ses pcrfeclions, elle esloil tellement craignant Dieu, poursuit il, et révolue d'une si héroïque cli.irité. que, s'eslans quelquefois rencontrés des gentilshommes framois qui, s>' Irouvans en nécessité, la faisoient prier de leur vo' loir prester de l'orgenl, non-seulement leur en donnoit plus qu'ils ne deniandoient, mais li'^ consoloit et leur disoit : «Je vous donne de bon cœur ce que vous m'avez « demandé à presler, car je suis tille de roys si grands et si libéraux, quiK « m'ont appris, non à presler, mais à donner libéralement. »

I m Al' Il i:s.

l.Hii' li'idii— iioii«, n cliclirs' (l<'s(iiinai~ • l.'appuy (Ips lions, lo rcroni-s cl la paix lifvdlo au uiol, sa promioïc origine.

Ton cœur, l'i DIph! ilrvoil p>Iio assonxy Un sang gaulois, iln roy silosl ravy, Sans ai'rarlirr relie piaule divine.

«rn LES cŒuns ni-, Mi;ssiEur.s i.f.s c.Miinwi \

PE I.OnRAINE ET HE CUiSF. '

T-m i; MAinMi' m; .s. iMKniir, i.r.rr. sii:ii;

Deux crnnrs saci'oz à Dieu soiU rios sous eelte pien i lies (lenx jilus giaiiils prélats qup l'F.nrope ail eoiinns Lrnr sœur pour tout Ihrosor se los os! retenus, Oui, quand et ces eœur^ morts, le sien vivant enserr.

Quel désert si eaché, quel recoin de la tei re N"est plein de leurs combats poui' la foy sonstenu-r l'ii quel lieu lems travaux ne sont-ils jiarvenus. Leur constance, leur zèle et leur fulelle guerre?

En vain de vostre lans, alhlelcs glorieux, ijui pour pris olympique ave/, acquis les eie\i\, Tant de monsli-es cruels l'Eglise oui, eombalMë.

llonoiant vostie toiube, on doit jieindre en ee lien La foY, la vérité, l'aidante amour de Dieu, Et. sioiidant sous vo- pieds, l'Iiei-esie alialu' .

si;r, LA i\ior.T de Lins dl i;ast

MM>IHi: ]>V. €\Ml' 1)1 l,\ C.M.llK M 1;1IV

.Ne semez point des tleurs sur la tombe sacrée Du valeureux le Oast, vive llame de .Mars,

I Le cardinal de Lorraine (Charles de Cuise) était né à Joinville le 1" février 1525. Il fnt minisire sous I'Yan(,ois II, sous Charles IX, et sarra Henri lit. Adversaire rtéelaré de la tolérance, il essaya d'inlrodnire chez nous l'inquisition et provoqua le fameux colloque de Poissy. La ligue u'eiii p,is de chef plus zélé 11 aiinail, protégeait néanmoins les savants el les litléraleurs. Le 25 déeemhre l,ïTi, il termina sa funesie carrière. Le cardin.d de Guise (Louis I" de Lorraine) vint au monde le 21 oclohre i:,î'. Sa haute naissance lui ouvrit le chemin des honneurs. « C'estoil, dit l'Kstoile, un hon homme, peu remuant. On l'appeloit le cardinal des bouteilles, parce qu'il les aimnit fort el ne se méloil gueres d'autres affaires que de celles de ta cuisine. »

- Louis Céranger du CuasI, favori de Henri III, fui enivré p,-u- sa haute for-

E l'I iA l'IlKS. i-.i

Mai> lies iiianiut^s ^le giieni», otpus, lances elilaids; Aiiliv ornement fnnehrp à sa ct-iiflre n'agrôo.

Qu'on n'entenile à i'enfoni' les accens miseï n)j|i-> Dps nymphes, des pasteurs, des Amours lamentau';; Mais que la forte voix des meilleurs comlKiltans rdelire son obseque el ses faits mémorables.

Jamais le ciel ne mit plus d'addresse et de giacf , \i de force en nn coriis. ny cœur plus as>ruré; Et s'il ne l'eust si-tost d'entre nous lolirt!-, l.a France auroit son Mars aussi bien que la Thrat ,•.

Dés sa première enfance, en vertus accomplie. Ayant d'un beau désir le courage embrasi', 11 s'estoil comme un but en l'esprit proposé Que pour aimer la gloire il faut haïr la vie.

En cent et cent combats, dont France est trop feitil. Soustenant de son roy le fidelle parly, Cent fois les plus vaillans son effort ont senti, F.t l'estimoient des siens le rampart el l'Achile.

En fin demeuré sauf des guerres plus cruelles, Durant qu'en tans de pais il se va moins gardant. En soir on le massacre, et tombe en respandant Plus d'honneur que de sang de vingt playes mortellc'-

0 rigoureux deslins dont France est condialnë ! Mars au discord commun luy ravit ses enfans. Puis, ceux qu'on voit rester vainqueurs et 11 ionfiii^, An gii'on de la paix laschemenl on les du".

DE LUy-MESME

Le Ga^t. qui sous Brissac, nourriture avoit pi i<c. Et qui seul imita ses desseins généreux, Eut le cœur grand et beau, l'esprit avantunnix, Pour luy du plus haut ciel basse esloit l'entreprise.

En ce tans triste et feint il vescut sans feintise, Yeslima les plus grands, mais les plus valeureux; D'argent il fit jonchée, et ne fut désireux Pour loul bien que de gloire ouvertement acquise.

time au point de I raiter avec insolence les plus grands personnages, jl n'épargnait pas les dames de la cour et diffamait puliliquement la reine Marg^ièrilede Navarre. Cette princesse, d'accord Mvec le duc d'Alençon, le Ut tuer dans son lit par le baron de Viteaux, alors caché au monastère des Auguslins pour éviter les conséquencee d'un meurtre précédent. Il avait luimême tué beaucoup de scliismaliques pendant la Sa;nl-Uarlhélemy. Pa morl eut lieu le 51 octobre 1373, à dix heures du soir. L'assassin lut recueilli pirle duc d'Aleiuon et condamné seulement à des doinmages-in[êrêls..r.e idi lit enlerrer pompeusement son mignon.

iTfi I. !• 1 1 A !■ H f; s

Il ;ii(1a SCS amis, ses oiinciiiis cliassi, l'.l tousses oonipafrnons en lavoiirs Ml^(>a^^M. lut, fidelle à son niaisli't* el sairH-'» son ('onraL'i".

l'n lin, la nuict, au licl, t'oilile et mal dispox'. Se voit meurtrir de ceux qui n'eussent pas ose Fn ]tlein jour seulement regarder son visage.

ru. m: M Y itr.i.LEAr '

0 qu'un grand reliquaire, est clos en peu d'c^|iace! Viateur, prens-y garde : en ce lieu si sacré Avec un seul I5f:i.i.KAi; tu peux voir enlerré Plio^bus, Amour. Mercure (^t la idus clicre firaïc

J'avois crcu ,jus(iu'icy ([ue lareleste race S'e\einptoil du passage aux mortels préparé, .Mais ,je voy par sa fin le contraiie avéré, Voyant mourir en luy tout le chœur de Parnass*'.

Jamais plus rare esprit d'un corps ne fut vestii; Ce n'esloit que douceur, que s(,'avoir, que vertu, Pont mainte graml' lumière en terre estoit randnë.

Maintenant d'un cercueil tous ces hiens sont enclos; Non, je faux, le tomlicau n'enserre que les os, Ft par loni l'univers sa gloire est espanduë.

srii I.A M OUÏ l)K .lACni'l-S 01'. I.EVV

>iia 11 ouEi.i's -

i,)i r,ii>, que la naluie avoil lait pour plaisir. Comme une œuvre accomplie, admirable et divine, l'orloit Amour aux yeux et Mars en la poitrine; Mien d'égal, entre nous, ne se pouvoil choisir.

I e voyant, on hrùloit d'envie on de désir;

I Voyez la noie de la p.ige 21.

- .Mignon de Henri Ht, mort à la suite d'un duel. I,e 27 avril 11178, pour vider une querelle l.'gére qu'il avait eue, le jour précédent, avec d'Entngues, protégé des Gujses, il se rendit, à cinq heures du matin, .m mnrché aux chev.iux, prés de la Bastille. Maugiron et l.ivarot lui servaient de seconds : liiliemc et Schomherg accompagnaient son antagoniste. Maugiron et Scliomijer.i demeurèrent morts sur la place; liiberac décéda le lendemain; Livarot fut six semaines au lit et guérit; Quelus reçut dix-neuf coups, languit trente-trois jours et expira le 9 mai, au grand désespoir du roi Le prince avait fait tendre des cliaiiies dans la rue Sainl-Anloine [lOur le préserver du bruit des voitures. « Il aidoit à le panser et le servoit de ses propres mains, » dit l'Fsloile.

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