LIVRE PREMIER
Je vous offre ces vers qu'Amour m'a fait escrire, De vos yeux, ses flambeaux, ardemment apité, ÎNon pour sacrer ma peine à l'immortalité; Car à si haut loyer ma jeunesse n'aspire.
C'est le but de mes vœux, que je vous fasse lire- Le variable estât de ma captivité.
Célébrant vos honneurs si je suis bien traité. Accusant vos rigueurs si je sens du martire.
Je n'agrandiray point, riche d'inventions. Vos beaulez, vos dédains, ma foy, mes passions : 11 suffira qu'au vray mon crayon se rapporte.
Et puis je n'escry pas pour gloiie en acquérir, Ains plutôt je m'écrie au mal qui me transporte, Ainsi qu'un patient qui 4anguit sans mourir.
Le pcnsor qui m'ciKliaiili' fl. f|\ii, le plus soiiveiil, Srlon SOS ino\ivoiiipns m'altirn ou iiio ropoussp, Jlo l'avissanl au inonde, un jour, il'uno secousse Jusqu'au troisième ciel m'alloit haut élcvani ;
Et comme je tAchoy de voiler plus avant, Amoui', qui m'apperroit, contre moy se courrouce, r.t choisit de vos yeux la llainnie heureuse et douer Pour m'empescher l'entrée et se mettre au devant.
Je ne pus passer outre, étonné de la llamme. Qui de ses chauds rayons hrùla toute mon ame, Qui m'esblouyt la viic et me lit fiéhuclier.
Mais, bien que de vos ye\ix ce malheur me procède, Tousjours je les désire et m'en veux aii|ir(i(her, En la cause du mal reclierciiaul le renii'de.
Je me laisse brûler d'une llamme couverte. Sans pleurer, sans gémir, sans en l'aire semblaul ; Quand je suis tout en feu, je feins d'estre tremblaul, Et, de peur du péril, je consens à ma perte.
Ma bouche, incessamment aux cris d'amour ouverle, N'ose plaindre le mal qui mes sens va troublant. Bien que ma passion, sans cesse redoublant, Passe toute douleur qu'autresfois j'ay soufferte.
Amans, qui vous j)laigne7, de votre ardent vouloir. D'aimer en lieu trop haut, de n'oser vous douloir, N'égalez vostre cendre à ma flamme incogniie.
Car je suis tant, par force, ennemy de mon bien, Que je cache ma peine à celle qui me lue. Et, quand elle me plaint, jedy que ce n'c^t rien.
Le jour que je fus né, l'impitoyable archer, Amour, à qui le ciel rend humide obéissance, Se trouva sur le point de ma triste naissance, Tenant son arc bandé tout prest à décocher.
Aussi-tost qu'il me vit, il se mit à lâcher Un trait envenimé de toute sa jiuissance, Et m'atteignit au cœur de telle violance. Qu'il eust pu de ce coup percer tout un rocher.
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M'ayaut ainsi bk-ssc':, tout joyeux, il s'adrosse A la crainte, aux regrets, au dueil, à la trislesse. Qui m'assistèrent tous à ce malheureux point.
'< Voilà, (lit-il, pour vous; je vous le reconimanth ; Suivoz-lo tout par tout, ne l'abandonnez point, Et laites (jue tousjours il soit de voslie bande. -.
Voicy du gay printans l'Iieureu?; advenement, Qui fait que l'Iiyver morne à regret se relire : Déj<à la petite herbe, au gré du doux zéphyre, Navré de son amour, branle tout doucement.
Les forests ont repris leur vert accoustremeni. Le ciel rit, l'air est chaud, le vent mollet soupire; Le rossignol se plaint, et des accords qu'il tire, Fait pâmer les esprits d'un doux ravissement.
Le dieu Mars et l'Amour sont parmi la campagne; L'un au sang des humains, l'autre en leurs pleurs se bagne; L'un tient le coutelas, l'autre ])orle les dars.
Suive Mars qui voudra, mourant entre les armes 1 Je veux suivre l'Amour, et seront mes allarmes, Les courroux, les soupirs, les pleurs et les regars.
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0 grand démon volant, arrestc la meurtrière Qui hiit devant mes pas, car pour moy je ne puis ; Ma course est trop tardive, et plus je la poursuis, Lt plus elle s'avan(,'e, en me laissant derrière.
Ou fay que son vouloir s'accorde à ma prière. Ou ne me laisse plus en Testât que je suis; ' Rends moy comme j'estois, sans dame et sans ennuis, r.t délivre ma vie, en ses yeux prisonnière.
Si iu es juste. Amour, tu me dois délier, Ou par un doux edbrt ceste dure plier ; Mais, las! que mon attente est folle et miseialilr'
J'importune un tyran, qui de nos maux se piaisl, Qm s'abreuve de pleurs, qui d'ennuis se repaist. Et plus il est prié, moins il est pitoyable.
0 lict! s'il est ainsi que tu sois inventé Pour prendre un doux repos, quand la nuict est venue, D'où vient que dedans toy ma douleur continue.
l.t iiuo je scn> par tny mon tourmonl aiiginoiiliV.'
Je ne l'ay (|ii(' louninr il'uii ol d'aiilre cosU'", Jft choisi tous les coings, .j(^ clirrclic ol irifi l'omiin; Kt mon co^ur qui resseniiilc à la inarint! ' osmûc, D'ennuis et depcnsers psI tousjours ayilé.
J'assemble bien souvent mes paupières lassées, J'invoque le sommeil pour guarir mes pensées. Mais il luit de mes yeux, et n'y veut deineuier
IVun seul bien, o mon licl! mes langueiu'S tu consoles, Je m'ouvre tout à toy, laits, pensers et paroles, Kt je n'ose autre j)arl seulement resiiirer -.
"^ Si la toy plus certaine en une ame non feinte,
.-• 4 'T Un désir téméraire, un doux languissement, i-i Une erreur volontaii'e, et sentir vivement,
Avec peur d'en guarir, une jirotonde atteinte; Si voir une pensée au Iront toute dépeinte, Une voix empeschée, un morne estonnement, De honte ou de l'rayeur naissans soudaiuemenl, Une pasle couleur, de lis et d'amour teinte;
Bref, si se mespiiser jjour une autre adorer. Si verser mille pleurs, si toujours soupirer. Faisant de sa douleur nourriture et breuvage;
Si, loin estre de flamme, et de près tout transi. Sont cause que je meurs par défaut de mercy, L'offense en est sur vous, et sur moy le dommage.
Dès le jour que mon ame, amoureuse insensée, Se rendant à vos yeux, les fist Iloys de mon cœur, 11 n'y a cruauté de barbare vainqueur.
Qu'amour n'ait dedans moy fièrement exercée.
Las! je tire mon feu d'une roche glacée. Qui n'a ny sentiment, ny pitié, ny rigueur : Elle ignore sa force et ma triste langueur, Et du mal qu'elle fait n'a soucy ny pensée.
1 Mer.
2 liiiilù d'un sonnet italien qui commence par celle siroplie :
l.ello, se per uuiete e dolce pace ïrovalo fosli ua l'in^'egno liumano llor perclie il corpo niio li coica in vano, E sen/a reipiie m le lue j>iiinie giace?
Elle est toute de marbre, a\irmi Irait ne la poiiil, Elle verse la tlamrae et ne s'échaullb point, Et, n'ayant point d'amour, elle en peuple la lerre.
0 beauté, dont les traits sont si victorieux, Apprenez par ma mort les efforts de vos yeux, Et voyez désormais à qui vous laites guerre !
Je suis chargé d'un mal qui sans fin me travaille ; Quelque part que je tourne, il me suit obstiné : Tout conseil, tout secours sans profict m'est donné, Car tousjours plus au vif sa rigueur me tenaille.
Le lict en mes pensers est un champ de bataille; Si je saute du lict, j'en suis plus mal mené ; Si je sors, le tyran, qui me tient enchaisné, A toutes les fureurs pour conduite me baille.
Ici Tardant désir m'anime à bien aimer. Plus près le desespoir me veut faire abismer; Je suis en mesme tans tout de flamme et de glace.
Sans fin mesmes discours je refaits et desfails. 0 misérable esprit ! quel amour, quelle paix D'un chaos si confus débrouillera la masse'?
Du bel œil de Diane est ma flamme empruntée, En ses nœux blonds dorez mon cœur est aiTcsté, "Sa main victorieuse a pris ma liberté. Et sa douce parole a mon ame enchantée. - Son œil rend la splendeur des astres surmontée, Ses cheveux du soleil ternissent la beauté, Sa main passe l'yvoire, et la divinité De ses sages discours à bon droit est vanlée.
Son bel œil me lavit, son poil ' doré me lient, La rigiieur de sa main mes douleurs enlrelienl, Et par son doux parler je sens croistre ma flame.
Ainsi tourne ma vie, et n'ai plus de repos Depuis l'heure qu'arnour m'engrava dedans l'aine Son œil, son poil, sa main, et ses divins propos.
Vallon, ce Dieu tyran, qui me fait endurer Tant de vivantes niorls, qu'immortel jesupporle.
Nous a liiM>; iliMix rnnuiv, |iri'si|ur iii l,i iiicsiin' surir, F.t ]irpS(|n'iin inrMiii' iiinl nous CDiilr.'iiiil sciiipiii'i .
Ainiaiil (niiinir lu lliis, lu no dois pspricr On'anonn ;illi';:i lucnl (os omniis roconlbilr ; Aininnt coninii' Je lay, mon csporanco rsL niorli' : Cai' ce n'ost aux inoilcls d'y piMisor asjiiiTr.
Tous dnnx nous ondnions luilli' ol iiiillo dcslrossos, 'Ions deux nous adorons on ospiit nos niaisliossos, K'osans loin' doconvrirnos sfiueys riyouioux.
Consoh'-loy, Vallon, conmiojo nio consoir; r.ncor osUcc un confort à l'iiomnie nialhonronx, D'avoir un conipa^uon au mallionr qui l'alVolo.
Mil
Durant los jjiaud's ciialcnis, j'ai vu conl, niillo lui-;, (Ju'ou voyant un ('■clair llandxiyor ou la niu', Soudain cunnno (ransio cl nu]ilo dovouno, Tu pordois lonl à coup la parole cl la vois.
Do jtouls ny doconloiu- tant soit iiou tu n'avois, ' I"t, Dion que do l'cIVroy tu fusses levonno, Si n'osois-tu ])onrlant diossor en haut la vno, Voiro un lony-lans apios pailor tu no ])onvois.
Donc si, ([uand un propos devant toy je connnenco. Tu nio vois en troniblant changer de contonanco, Doniouror- sans esiu il, paslo et tout hors de nioy:
iSe t'en estonno point, hoilo et cruelle dame. C'est loi'squo los éclairs do tes heanx yeux je voy, nui in'eshluûissonl loiit do leur perçante flame.