‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 49 sur 150 · C.llANSiiN · texte numérisé non relu

C.llANSiiN

Que vous ni'allez touinientant De m'estimer inlidelle !

Non, vous n'estes point plus belli- Que je suis ferme et constant.

l'uur bien voir quelle est mu toy, Hegardez-moy dans vostre anie; C'est comme j'en fay, madame :

Dans la mienne je vous voy.

Si vous pensez me changer, Ce miroir me le rapporte; Voyez donc de mesme sorte En vous, si je suis léger.

Pour vous, sans plus, je fus né, .Mon cœur n'en peut aimer d'antin :

Las ! si je ne suis i)lus vostre.

A (pii m'avez-vous donné'/

Que je luty l'inconstance et que j'estime fous Ceux qui chassent par-tout d'une queste incertaine! Quand on n'a point d'amour tel pourchas n'est que painr La seule atfection, c'est ce qui le rend doux.

De moy, je me plais tant à n'aimer lien que vous, Que la plus grand' douleur ne peut in'estre inhumaine, Pourveu que vous cioyez ([ue ma loy soit certaine

lit que pour l>i('n aiinor je sois iirisé dn tous.

A vos yeux srnlcmont mon es|)iit t'ait lioninia^'o, Kl d'autre que de vous, j'en ,juro vostre image, Le (U'ïton de Vénus ne |)ourioil m'enilamer:

Je suis depuis vin^t ans sous vosire oheissaiice, Connnen^'aul à conlei' du point de ma naissance, Car le ciel me lisl iiaislre aliu île vous aimer.

l.Wil

OiiMud j'ailniirr. i'Ioihk', xn^ire lieaulé jiarl'.iilp, Une l'esprit M'ulemcnl ne s(,auroil concevoir, Mon cœur, mauvais devm du mal qu'il doitavoii, Croit que rien de rigueur n'y iieul Caire retraite.

Sur la plus belle Idée au ciel vous fustes laite, Voidaut nature un jour mnnstrer tout son pouvuii-, Depuis vous luy serve/, de l'orme et de miroir, lit toute autre beauté sur la vostr(; est portraitc.

Beaux yeux qui rendez serfs tous ceux que vous voyez, Yeux qui si doucement mon espoir foudroyez. Sans qui du faux .\mour la trousse est dépourveué :

Non, j'atteste en jurant vostre effort nompareil, Kt vos douces fieriez, que je prise ma veuë Plus pour vous regarder que pour voir le soleil.

Un verra défaillir tous les astres aux cieux, Les poissons à la mer, le sable à son rivage. Au soleil ses rayons bannisseurs de l'ombrage, La verdure et les Heurs au printans gracieux :

Plustost que la fureur des rapports envieux Efface en mon esprit un trait do vostre image ; Elle est trop bien emprainle au roc de mon courage, Pour craindre que le sort en soit victorieux.

Bien que j'aye en aimant la fortune contraire. Que tout soit conjuré pour de vous me distraire, .le demeureray vosire en despit des jaloux.

En vous gist mon salut, ma foy, mou espérance. Le ciel me lit pour vous, pour vous je pris naissance. Pour vous je doy mourir ; aussi je meurs pour vous.

Si j'aime autre que vous, que l'honneste pensée Qu'.Amour loge en m.on cœur s'en puisse departirj

Et que vosLie beauté, qui in'a rendu martyr, .Ne me soit jamais plus que fiere et courroucée !

Si ce n'est de vostre ctil que mon ame est blessée. Jamais d'allégement je n'y puisse sentir. Qu'à regret je vous serve, et, taschant de sortir, Que de plus pesans fers ma raison soit pressée!

Si j'ayme autre que vous, Amour, tyran des dieux. Les feux croisse en mon ame et les pleurs en mes yeux, El que vostre rigueur mon service rejette !

Las ! je n'aime que vous, ny ne sçaurois aimer ; Je despite autre amour qui me sçeut enflamer : Mon cœur est une roche à toute autre sagette.

Pendant que mon esprit mille douceurs conçoit, Et qu'en vous adorant, tout ravy je soupire, Amovir, par vos regars, mille lleches me tire Et captive mon cœur qui ne s'en apperçoit.

Car, voyant vos beautez, le grand heur qu'il reçoit Eait qu'il est insensible au plus cruel martire Et croit que tout le ciel n'a pouvoir de luy nuire : Tant l'excez du plaisir quelquefois nous déçoit!

Mais, quand je suis forcé d'éloigner vostre veuë, Trop tard je m'apperçoy de ma perte advenue. Mon œil se change en source et mon ame en flambeau.

La mort mesme à l'instant m'oste toute puissance, Et je mourrois heureux, si j'avois asseurance Que mon cœur si fidelle eust vos yeux pour tombeau.

Chaste sœur d'Apollon dont je suis esclairé, Le jour comme la nuict deïté redoutable, Que la force d'Amour a connue indontable, Amour des autres dieux tant craint et révéré !

Voy ce pauvre Acteon sans pitié dévoré Par ses propres pensers d'une rage incroyable, Pour avoir offensé d'erreur trop excusable, Si le feu de ta haine estoit plus modéré.

11 fut audacieux, mais sa haute entreprise Avec tant de rigueur ne doit estre reprise, Ains mérite plustost loyer que chastiment.

Toulesfois si Ion ire autrement en ordonne. Bien, il souffrira tout : s'escriaiit au tourment. Que trop douce est la mort quand Diane la donne.

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