I.III
Bien qu'une fièvre tierce en mes veines boiiillnnne, De cent troubles divers mon esprit agitant, Médecins abusez, ne dites pas jiourtant Qu'une humeur cholericq' ces tempestes me donne.
Je suis trop patient, je n'offence personne. Et vay de mes amis le courroux supportant. Tout paisible et tout coy, sans qu'en me despitant Je remasche un venin, qui le cœur m'empoisonne.
Celle dont l'influence altère mes humeurs. Qui fait par sa rigueur qu'avant l'âge je meurs. Est cause de ma fièvre, et non pas la colère.
Las! je n'ay point de fiel! car je voudroy donner Cent baisers, en mourant, à ma belle adversaire. Pour inonstrer que ma mort je sçay bien pardonner.
S'il n'y a rien si froid ne si glacé que celle Qui me fait par ses yeux sans pitié consommer. D'où peut-elle en nos cœurs tant de flammes semer, Veu que le sien est pris d'une glace éternelle?
C'est un eslrange cas que l'ardeur immortelle Qui a source en ses yeux, ne la puisse allumer; Semblable au beau soleil qui peut tout entlamer, Bien qu'il n'ait point en soy de chaleur naturelle.
Seroit-ce point Amour, le tyran sans mercy, Qui, frappant de ses traits sur son cœur endurcy, Fist saillir tout ce feu pour consommer nos âmes?
Comme on voit un caillou refrapé maintesfois Par force avec du fer, servir d'amorce au bois, Et sans devenir chaud faire jaillir des fiâmes.
Vous n'estes point mes yeux, ô trompeuse lumière Par qui le trait cl'Vmour dans le cœur m'est venu;
l'it i.r. S ,\>i(u 11- Il II 1 1' l' Il 1, V n .
Si vous osliez iiu's yeux, vous n'eussiez iiiesconiiu Cellp qui lienl mon nino ;i son gré prisonnière.
I.iis vous estes mes yeux ! mais la faute première, Kl l'emuiy (pie ]iar vous je sois serf ilevenu, lleiul vostre ariinnt désir sagement retenu, Kt vous fait abaisser pour ne voir ma guerrière.
C'est trnii tard, pauvres yeux, c'est trop tard allindii l.a sagesse vous vient lors(|iie tout est perdu, Un conseil tout divers désormais il faut jirendre.
Rei;ardez-la sans cesse, admirez ses beautez, r.l llamme dessus llannne en mon cœur apportez, Afin que sans languir je sois réduit en cendre.