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L'HOSPITALIERE

Sœur Luce, jeune hospitalière, Pour un jeune convalescent Sentoit tout ce qu'un cœur ressent Dans l'accès d'une ardeur première.

Je laisse à penser la manière Dont fut servi l'adolescent.

Mille soins font sur son visage Renaître les plus belles fleurs, Et le brûlent de mille ardeurs Pour la belle qui le soulage.

Un matin donc qu'il se livroit Au doux espoir d'être aimé d'elle, Et qu'à ses charmes il revoit, Au moment accourut la belle.

Qu'il en sentit croître son feu !

La Nature, à l'Amour ridelle, Dans le moment joua son jeu; Et pendant que l'amant rappelle La formule d'un tendre aveu :

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« Mon cher enfant, s'écria-t-elle, « Pour guérir ma crainte mortelle, ce Parlez, de quoi soupirez-vous?»

Là, sa voix craintive s'arrête, Et toute tremblante elle apprête Sa main à lui tâter le pouls.

Mais que l'Amour a de malice!

Qu'il sait bien conduire un dessein !

Le convalescent prend la main De la sccourable novice, Et la conduisant doucement Où la santé se manifeste, Par un subit attouchement Fait voir qu'il en avoit de reste.

La belle se déconcerta, Rougit de honte et de surprise, Et voulut même lâcher prise :

Mais en vain elle le tenta, Son heureux amant l'emporta :

Et, pour marquer que son audace A ses yeux devoit trouver grâce, Voici ce que l'Amour lui dicta :

« Chassez la frayeur ridicule « Que vous inspire un vain scrupule, « Belle Luce, et ne pensez pas « Faire de vos mains un usage « Qui déshonore vos appas.

« Ces marques de convalescence « Je les dois à votre présence ; « Mais vous devez à mon amour.

« J'acquitte ma reconnaissance, « Acquittez-vous à votre tour.

« Nature prépare une crise

« Qui couronne votre entreprise.

« Vous seule pouvez me guérir,

« Voulez-vous me laisser mourir ? »

Sœur Luce, d'un si doux langage,

Sentoit la pressante douceur,

Et l'Amour dans son jeune cœur

En disoit encor davantage.

Son amant tout près d'être heureux,

A l'aide de mille étincelles.

Filles d'un désir amoureux,

Lut dans ses humides prunelles

Qu'elle brûloit des mêmes feu>c.

D'un bras qu'Amour guide, 11 l'enlève;

L'Amour lui-même la soulève,

Et tire le rideau sur eux.

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