‹ Œuvres badinesChapitre 25 sur 128 · TOUT EST BIEN COMME IL EST · texte numérisé non relu

TOUT EST BIEN COMME IL EST

Conte en romance

Au grc du sexe charmant, Amour cherchent un remède Au sombre ennui qui possède L'amante près de Pâmant.

Dans ce dessein, on assure Qu'un jour il prit le chemin De la forge où la nature Fabrique le genre humain.

La carte de Cupidon Met cette forge divine Sous une aimable colline Où croît le plus fin coton.

Deux jolis piliers d'ivoire, De l'ébène et du corail, Du sacré laboratoire Forment le petit portail

Les ris et les jeux badins, Par qui la flamme s'allume, Volent auprès de l'enclume Que bat le dieu des jardins ; Du cyclope infatigable Le marteau va jour et nuit, Et, par un sort admirable, Frappe sans faire de bruit.

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Quand à grand coup redouble Le fer est battu de reste, Et que la fonte céleste Dedans le moule a coulé, La nature prompte et sage, Qui, de la part du destin, Préside sur tout l'ouvrage, Y met la dernière main.

Le fils de Vénus entra Jusqu'au fond du sanctuaire, Où nul mortel.téméraire De ses jours ne pénétra.

Les forgerons de Cythère Reçurentjeur souverain, Comme Ton reçoit sa mère Dans les forges de Vulcain.

Bonjour, bel enfant, bonjour; Dans ces lieux dont je dispose, Puis-je pour vous quelque chose?

Dit la Nature à l'Amour.

Le dieu répond : Je désire, Sans différer un instant, Aux belles de mon empire, Rendre un service important.

Que l'homme puisse à son gré Se dessaisir en main sûre Du morceau de sa figure Que vous m'avez consacré.

Faites si bien votre compte, Que, tournant sur une vis,

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Cet endroit là se démonte, Et se mette à remotis.

Nature ayant sa leçon, Cupidon prit congé d'elle, Et sur le nouveau modèle L'homme est bâti de façon, Que le plus solide immeuble Des amants et des époux, N'est plus désormais qu'un meuble Le plus mobile de tous.

Mais tel étoit l'art divin, Que si l'affaire allongée N'étoit à son apogée, On tournoit la vis en vain L'envoi ne se pouvoit faire, Que l'Amour de son cachet, Et du grand sceau de Cythère, N'eût bien scellé le paquet.

L'homme étant ainsi formé, Le beau sexe en patience, Du nôtre soutint l'absence Et n'en fut plus alarmé; De ce qui rend infidèle L'absent n'étoit plus porteur, Et toujours avec la belle Marchoit le consolateur.

L'époux sortant de chez soi Laissoit à sa chère épouse,

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Nouvelle encore et jalouse, Cet otage de la foi :

Le passe-temps des fillettes, Grâce au vigoureux hochet, Quand elles restoient seulettes N'en souffroit aucun déchet.

Chacune de s'en munir, Basques de courir sans cesse :

Beaux paquets, à leur adresse, D'aller et de revenir.

Il n'est grêle ou vent qui puisse Retarder un tel envoi, Et la tourière et le suisse N'eurent jamais tant d'emploi.

Vous noterez qu'à ce jeu, Outre que celui qu'on tronque Ne trouve plaisir quelconque, Il risque encor son enjeu.

Un dépôt de cette espèce Ne se faisoirpas sans peur; Mais est-il rien qu'on ne laisse Partout où reste le cœur?

Aussi plus d'un accident, Et plus d'un tour de friponne Fit d'une action si bonne Repentir l'homme imprudent.

Tous les jours la négligence, Ou l'appétit déréglé, Coûtoit cher à l'indulgence De quelque absent mutilé.

Le beau rameau d'olivier, Qui fait la paix du ménage, Est par un mari volage Prêté pour le jour entier; Le soir hymen le réclame; La nuit, s'il ne revient pas, Du mari près de sa femme Imaginez l'embarras.

Par mégarde une autre fois, Une Agnès, au lieu du vôtre, Vous en renvoyoit un autre Où vous perdiez deux sur trois, Et bienheureux ceux qui purent En sauver encore un tiers; Mille honnêtes gens en furent Pour les gages tout entiers.

A l'affût de ce butin, Une mère de famille, Dans les joujoux de sa fille Furetoit soir et matin.

• La prude mal assistée Dans ses besoins importuns, De la belle accréditée Escamotoit les emprunts.

Le vieux jaloux désolé, Ne fermant plus la prunelle, Quelquefois dans la ruelle Trouvoit le drôle isolé.

Alors, ne vous en déplaise, L'impitoyable vieillard,

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Sans scandale et tout à l'aise, Vous faisoit un Abeilard.

A son galant morfondu La dame avec un sourire, En ctoit quitte pour dire :

Mon ami, je l'ai perdu.

Aussitôt affiche énorme :

Tout par son nom s'y nommoit ; Même on y gravoit la frrme Du bijou qu'on réclamoit.

Que dirons-nous du chagrin Et de la rumeur affreuse, Qui d'une grande emprunteuse Causa le trépas soudain?

Les commissaires posèrent Le scellé sur ses effets, Et sous le scellé restèrent Trente ou quarante paquets.

Messieurs les intéressés, Privés de tout exercice, Des longueurs de la justice Furent fort embarrassés ; Surtout ceux que la décence, Et l'honneur de leur état Réduisoient à l'impuissance De faire le moindre éclat.

Le cavalier effronté

Se plaint tout haut qu'on le vexe.

En fait juge le beau sexe Qui crie à l'iniquité.

La procédure s'achève, Nouvelle opposition; Enfin le scellé se lève, On fait exhibition.

Personne, à la vérité, N'y sauroit trouver à mordre; La défunte avoit de l'ordre, Tout est bien étiqueté.

Gens de cour et gens d'affaires, Gens de robe et gens de bien, Abbés et révérends pères, Chacun retrouva le sien.

Aussi n'est-ce rien au prix De ce qu'une Messaline Entreprit à la ruine De l'empire de Cypris.

Chez elle étoient en fourrière Bidets rares et communs; Elle étoit la trésorière De la caisse des emprunts.

Un beau matin, haut le pied, A son comptoir elle manque; Madame emporte la banque, Et fait rafle sans pitié Amour et galanterie N'eurent bientôt qu'à déchoir.

C'étoit une loterie ; Cent billets blancs pour un noir.

Cupidon sentit l'abus :

Pour en prévenir la suite, Ce dieu revolant bien vite A la forge de Vénus, S'en remit à la Nature De leur commun intérêt.

De là nous venons conclure, Que tout est bien comme il est.

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