‹ Œuvres badinesChapitre 40 sur 128 · I)K PIRON · texte numérisé non relu

I)K PIRON

Et doucement sous son corset se glisse. Y fait carnage et n'en veut déloger.

Fillettes sont bons morceaux à gruger : L'Amour en fait souvent son ordinaire.

Si, comme lui, je savois me venger, De par saint Jean ! je ferois bonne chère. Agnès enfin déchire son corset, Le jette au loin, arrache sa chemise, Et montre au jour deux montagnes de lait, Où sur chacune une fraise est assise.

Elle visite et regarde en tous lieux Où s'est caché l'ennemi qui l'assiège ; Mais il était déjà loin de ses yeux, Et lui mordoit une cuisse de neige.

Ce dernier coup accroît ses déplaisirs : Elle défait sa jupe, toute émue :

Au même instant mille amoureux zéphirs Vont caresser ce qui s'offre à leur vue, Et, combattant en foule à ses côtés, Pour une heureuse et douce préférence, Sauvent l'Amour d'une prompte vengeance Qui l'attendoit au sein des voluptés.

A la faveur d'un saut, d'une gambade.

Le petit dieu soutient sa mascarade, Aux barres joue, et sans cesse fend l'air. Il vient s'offrir de lui-même à la belle, Puis il échappe aussi prompt qu'un éclair, Et fait cent tours de vrai polichinelle. Pendant ce jeu, vers en certain taillis, L'Amour lorgnoit un portail de rubis, Fief en tous lieux relevant de Cythère, Mais que la belle, injuste et téméraire, Avec chaleur disputoit à Cypris.

Plus mille fois que la nature humaine,

Les immortels sont jaloux de leurs droits ;

Puis il étoit question d'un domaine

A faire seul l'ambition des rois.

Dans son enceinte aux alarmes fermée,

Régnoient en paix les délices des sens ;

Il y couloit une source enflammée

De pâmoisons et de ravissements.

Contre tel fort besoin est de courage;

L'Amour en a bonne provision;

Il fait l'attaque, il force le passage,

Et prend d'assaut ce charmant apanage.

Malgré l'effort de la rébellion.

Calmez, Agnès, ce courroux qu'on voit naître.

Ne craignez rien pour ce charmant séjour ;

Si le premier l'Amour s'en rend le maître,

C'est un tribut qui n'est dû qu'à l'Amour.

Vaines raisons ! on court à la vengeance;

Un doigt de rose à cet effet armé,

Tient lui tout seul l'ennemi renfermé,

Et, le pressant, l'attaque à toute outrance.

Cupidon fuit par un étroit sentier;

On le poursuit, l'attaque est redoublée;

Le doigt vengeur met l'alarme au quartier,

Et la demeure en est toute troublée.

Les citoyens de ce séjour heureux,

Les doux plaisirs, les charmantes ivresses,

Jusques alors oisifs et langoureux,

Par ce combat sortent de leurs mollesses ;

Chacun d'un vol badin et caressant,

S'empresse autour de son aimable mère,

Répand sur elle un charme ravissant,

Lui fait bientôt oublier sa colère.

DE i'IKON Ny

Ce doigt vengeur, au meurtre destiné, Fait sous ses coups naître mille délices, L'Amour lui-même en est tout étonné, Et se repent déjà de ses malices.

Il craint de voir son trône abandonné, Et ses autels prives de sacrifices.

De son palais enfin la volupté Sur l'œil d'Agnès pousse une sombre nue ; Elle se pâme, elle tombe éperdue :

L'Amour s'échappe, et court épouvanté Remplir Vénus d'une alarme imprévue.

De son extase à peine revenue, L'aimable enfant recommença ce jeu ; Elle y prit goût, et par elle, dans peu, Dans l'univers la rubrique en fut sue.

Mais nuit et jour chez le peuple nonnain Il fut en vogue, et cette heureuse histoire Fut aussitôt écrite sur l'airain, Pour en garder à jamais la mémoire.

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