‹ Œuvres badinesChapitre 44 sur 128 · LEÇON A MA FEMME · texte numérisé non relu

LEÇON A MA FEMME

Ma femme, allez au diable, ou vivez à ma mode. Ma morale n'est pas d'un Caton, d'un fâcheux :

Je suis pour la vertu commode, Et la vôtre s'oppose à tout ce que je veux.

J'aime à passer la nuit à table, Et vous qui devriez avoir un air ouvert, Animer la débauche et la rendre agréable, Vous faites la grimace et sortez au dessert ; Votre pudeur ne peut soutenir la lumière,

La seule obscurité contente vos désirs;

DE PIRON <j5

Et pour rendre ma joie entière, Il faut que le grand jour éclaire mes plaisirs Sous une longue jupe, avec soin étendue, Vous cachez ce qu'on doit découvrir aux maris. Je ne trouve que des habits là je cherche une femme nue.

Au lieu de me donner des baisers ragoûtants, Vous me donnez des baisers de grand'mère ; Vous demeurez sans voix, sans mouvemens, Loin de me seconder dans l'amoureux mystère. Et quand, pour m'exciter au doux jeu de Vénus, J'ai besoin de vos mains, vous faites la sucrée, Vous vous fâchez, et n'y touchez non plus Que si c'étoit chose sacrée.

Je ne puis souffrir cet abus.

Tandis que le sommeil fermoit les yeux d'Ulysse, Malgré sa mine prude et ses airs réservés, Pénélope, pour exercice, Avoit toujours la main où vous savez.

Lorsqu'Hector et sa femme, en leurs humeurs lu-

[briques, Usoient des droits d'hymen, ainsi que de raison, C etoit comme un signal à tous les domestiques, Et l'on etoit en rut dans toute la maison. Si quelquefois il me prend fantaisie, Comme Ton dit, de tourner le feuillet,

Vous me le refusez tout net A son mari la sage Cornélie Accordoit cette courtoisie.

Porcie encor l'accordoit à Caton.

Avant que Jupiter eût ravi Ganimède, Junon permettoit sans façon Qu'il la traitât par intermède,

Comme il traita depuis son aimable échanson; Mais puisqu'enfin une austère sagesse A pris sur vous tant de crédit, Soyez ailleurs une Lucrèce, Je veux une Laïs au lit.

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