‹ Œuvres badinesChapitre 64 sur 128 · LE MAL D'AVENTURE · texte numérisé non relu

LE MAL D'AVENTURE

Alison se mouroit d'un mal

Au bout du doigt, mal d'aventure.

— Va trouver le frère Pascal,

Lui dit sa sœur, et plus n'endure ; Il a fait mainte et mainte cure, Ses remèdes sont excellens; Il te guérira, je t'assure.

Il en a pour le mal de dents, Pour l'écorchure et pour l'enflure ; Il fait l'onguent pour la brûlure.

Va donc, sans attendre plus tard ; Le mal s'accroît quand on recule ; Et donne-lui le bonjour de ma part.

Elle va, frappe à la cellule Du révérend frère Frappart.

— Bonjour, mon frère, Dieu vous gard, Dit-elle, ma sœur vous salue,

Et moi qui suis ici venue Lasse à la fin de trop souffrir ; Mais ma sœur vient de me promettre Que vous voudrez bien me guérir De ce doigt qui me fait mourir ; Non je ne sais plus où le mettre.

— Mettez, dit Pascal, votre doigt Les matins en certain endroit

Que vous savez. — tlélas ! que sais-je ? Répond Alix, où le mettrai- je?

Dites-le moi, frère Pascal,

Tôt, car mon doigt me t'ait grand mal.

— O l'innocente créature !

Avez-vous la tête si dure ?

Certain endroit que connoissez ; Puisqu'il faut que je vous le dise, C'est l'endroit par où vous pissez.

Eh bien, m'entendez-vous, Alise ?

— Mon frère, excusez ma bêtise, Répond Alix, baissant les yeux ; Suffit, je ferai de mon mieux, Grand merci de votre recette ; J'y cours, car le mal est pressé.

— Quand votre mal sera passé, Venez me voir, Alisonette,

Dit le frère, et n'y manquez pas.

Soir et matin à la renverse, Suivant l'ordre du bon Pascal, Elle met remède à son mal.

Enfin l'abcès mûrit et perce ; Alison saine va soudain.

Rendre grâce à son médecin, Et du remède spécifique Lui vante l'étonnant succès.

Pascal, d'un ton mélancolique, Lui repart : — Un pareil abcès Depuis quatre jours me tourmente, Vous seriez ingrate et méchante Si vous me refusiez le bien Que vous avez par mon moyen ; Alix, j'ai besoin de votre aide.

Puisque vous portez le remède Qui, sans faute, peut me guérir, Eh quoi ! me verrez- vous mourir

Après Srie?

Non, dit Alix, non, sur ma \'ie,

Je ferois un trop grand péché ;

Tel crime... allons donc, je vous prie,

Guérissez-vous, frère Pascal,

Approche/ vite votre mal.

A ces mots don Pascal la jette,

Sans marchander, sur sa couchette,

L étend bravement sur le dos

Et l'embrasse. — O Dieu ! qu'il est gros !

Dit Alix ; quel doigt! Eh ! de grâce,

Arrêtez... je le sens qui passe.

— Ma chère Alix, attends un peu,

Je me meurs... souffre que j'achève.

— Ah ! reprit Alix tout en feu, Vous voilà guéri, l'abcès crève.

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