‹ Œuvres badinesChapitre 69 sur 128 · JOUISSANCE · texte numérisé non relu

JOUISSANCE

Amour! qu'injustement j'ai blâmé ton empire! Des maux que j'ai soufferts ai-je dû m'offenser,

Quand tu viens de récompenser D'un moment de plaisir un siècle de martyre? J'ai fléchi mon Iris après de longs soupirs.

Ce cher objet de mes désirs, Cette insensible Iris, cette Iris si farouche, Dans mille ardents baisers vient de plonger mes feux Mon âme toute entière a volé sur sa bouche ;

J'ai savouré la fraîcheur

De ses lèvres demi-closes;

Sa bouche avoit la couleur,

Son haleine avoit l'odeur

Et le doux parfum des roses.

Je ressentis alors une douce langueur S'emparer de mes sens et couler dans mon cœur. D'amour et de plaisir nos yeux étincelèrent, Mon cœur en tressaillit, nos esprits s'allumèrent, Et livrés l'un et l'autre à nos emportemens,

Nous cherchâmes le sort des plus heureux amans. Sans voix, sans mouvement, mon Iris éperdue Laissoit mille beautés en proie à mon ardeur;

Comme elle oublioit sa rigueur,

J'oubliai lors ma retenue,

Et je me souvins seulement

Que, dans ce bienheureux moment, Par un excès d'ardeur nos forces suspendues, Nos corps entrelacés, nos âmes confondues, Nous ont laissé livrés aux plaisirs les plus doux, Inconnus aux mortels moins amoureux que nous.

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