‹ Œuvres badinesChapitre 71 sur 128 · LE CHAPELIER · texte numérisé non relu

LE CHAPELIER

En Avignon étoit un chapelier

Des mieux tournés et plus beau cavalier

Qu'on nous peint le Dieu de la guerre. En le voyant femme ne tardoit guère

A se prendre en si beau lien.

Une comtesse en devint amoureuse;

Elle souhaita d'ctre heureuse, Ce qui lui fit employer ce moyen :

Elle envoya chercher Montagne, Sous mine de faire un chapeau A son mari le comte d'Oripeau

Qui, pour lors, étoit en campagne.

L'Adonis n'étoit pas si novice en ce point, Qu'il ne jugeât fort bien que l'aventure Simplement n'aboutiroit point A. prendre d'un chapeau la burlesque mesure. Aussi, dès qu'il eût vu parler Les yeux mourans de la comtesse.

Il crut qu'au fait il pourroit droit aller

Sans blesser sa délicatesse.

Pourquoi tirant du bosquet de Paphos Ce dieu que dédaignoit Saphos, Il l'offre aux regards de la belle.

Le compagnon lui plut si fort Qu'elle voulut en orner sa chapelle.

La galante n'avoit pas tort; Le compagnon étant de taille énorme, Foula comme il faut le castor. La comtesse fournit la coiffe avec la forme, Moyennant quoi le mari fut coiffé

D'un castor fort bien étoffé.

— Quoi ! c'est là tout le stratagème?

Dit un valet, voyant le drôle à l'atelier : Ma foi, sans être chapelier, J'aurois coiffé monsieur de même.

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