‹ Œuvres badinesChapitre 81 sur 128 · SERMON CONTRE LE PÉCHÉ DE LA CHAIR · texte numérisé non relu

SERMON CONTRE LE PÉCHÉ DE LA CHAIR

O mes chers paroissiens! ô brebis déplorables ! S ecrioit un cure, prêchant contre la chair, Si ce peché qui vous met en enfer

Avait des moments plus durables ; . S'il pouvoit se perpétuer Cent ans, cinquante, dix, un seulement sans pause, Même pendant un mois sans discontinuer,

— Donner, mon bel ange, donnez; je parie d'avance que vous ne me demandez rien que de jusle.

— Mais je le crois, et quand monseigneur aura lu

— Inutile, tout à fait inutile... Et si vous étiez aussi favorable li ma demande que je promets de l'être à la vôtre.... A ces mots, l'intendant qui a laissé échapper le placet, se met en devoir d'usurper provisoirement les droits qu'il demande.

— Ramassez, ramassez donc ma supplique, monsieur l'intendant, vous verrez

— Rien ne presse, mon enfant, puisque je vous promets... Et les mains du galant gentilhomme prouvaient assez ce qu'il voulait obtenir,

— Eh ! mais, monseigneur, vous n'y songez pas ; si vous saviez ce que je vous demande

— Accordé.... accordé. Passons à ma requêle... Et monseigneur la poussait

— Au moins, monseigneur, ce n'est pas ma faute, dit la jeune fille après avoir été forcée de dire aussi Accordé en style de pantomine.

— Maintenant, ma petite, votre cause est gagnée irrévocablement, dit l'audacieux en se rajustant ; voyous le placet.

— Je vous le laisse, répondit le bel ange, qui prit aussitôt son vol.

M. l'intendant lut le papier... Que devint-il en voyant que c'était une plainte portée par la jeune fille contre un chirurgien ignorant!.. On devine le reste. Monseigneur chercha sur l'heure un Esculape plus adroit, et jura qu'on ne le prendrait plus h présenter ses placets aux belles suppliantes avant d'avoir vu les leurs.

DE PIRON 1 5l

Du moins ce seroit quelque chose ; Mais en bien moins de temps vous êtes condamnes. O nature fragile ! ô foiblesse de l'homme ! Savez- vous en combien votre arrêt se consomme ? Je vous en avertis, pécheurs infortunés : Et zague, zague, zague, et vous voilà damnés !....

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